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About Michel Collart

Michel Collart Après une vingtaine d'années de copywriting et de direction créative dans des agences comme DDB, LOWE TROOST, Y&R et O&M entre Bruxelles, Paris et Montréal, j'opère comme créatif et consultant indépendant depuis 1995 sous le nom de MC*COLLART. De "La vie est nulle sans bulles" pour Spa à "Nous tenons vos promesses" pour DHL ou "Une télé vous a enfin compris" pour le lancement de Club RTL à "Cette fois c'est moi" pour le Lotto, j'ai signé de nombreuses campagnes à succès. Depuis 2007, j'assure en plus les cours de conception-rédaction à la HELHa- Section Pub à Mons. J'ai fermé mon bureau de création en ce début d'année 2013 et, bien que je sois retraité, je continue à enseigner et à écrire, plus que jamais, tant que mes neurones le permettent. Je partage sur ce blog mon humeur du jour. À propos de tout et de rien, de tous et de riens.

Raté ?

« Jean d’Ormesson était un écrivain merveilleusement raté, qui ne méritait pas cette cérémonie d’adieux aussi inopportune que grotesque »*.

Que de fiel déversé sur les réseaux sociaux en ces lendemains de funérailles ! Cette encre au vinaigre est celle du porte-plume de Laurent Sagalovitsch, écrivain que je ne connais pas, qui ne voit dans l’hommage rendu à l’académicien philosophe et romancier que «Fadaises ! Farce ! Imposture ! ». Jean d’Ormesson fut à ses yeux bien plus un courtisan qu’un grand écrivain, un penseur éminent ou un poète mémorable. Il peut le penser mais était-il indispensable de l’écrire aussi durement et surtout aussi tôt après sa disparition ? Quand on a du mépris, on n’est pas forcément obligé de le cracher. Par respect pour ceux qui aiment et qui sont nombreux, on a pu le constater.

Moi, je fais partie de ceux-ci. Les quelques livres que j’ai lus de Jean d’Ormesson m’ont soulevé et parfois illuminé. J’allais presque écrire – emporté par le momemtum – « allumé mon feu ». Que ce soit Au plaisir de Dieu, Histoire du Juif Errant, C’est une chose étrange à la fin que le monde ou encore Guide des Égarés, ces lectures appartiennent à celles qui ont balisé mes réflexions et mes émotions sur la vie et ce qui lui succède… ou pas. Et la littérature de mon point de vue n’est rien d’autre que les livres qui m’aident à respirer.

Mais je ne suis sans doute qu’un lecteur raté car dans ma grande ignorance, je n’ai jamais rien lu de Laurent Sagalovitsch.

*Slate- Sagalovtisch-d’Ormesson

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Silence

Après les motos, les riffs, les cris, les larmes, les hommages, les témoignages, les commentaires, le tapage… les flocons tombent en douceur en ce lendemain de funérailles. Les vivants se taisent. Enfin.

Le silence est la plus belle preuve de l’amour (Amélie Nothomb – Péplum éd. Albin Michel)

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Foot gelé

Ce matin, 8h30, sur les bords d’un petit terrain de foot dans le Brabant flamand.

C’est aujourd’hui le dernier match de la saison d’Awen et de son équipe. Tous les joueurs sont hyper-motivés, c’est sûr ils vont gagner. Le froid pince les joues mais, ouf, pas de neige dans le ciel. Avec deux papas et la maman du jeune coach, infirmière et nounou de toute la troupe, je prends un café dans la buvette pendant que les gamins investissent le vestiaire pour se mettre en tenue.

Mais au moment où ils montent sur le terrain pour s’échauffer sous la conduite de leur coach, les arbitres décident de reporter le match par mesure de sécurité : la pelouse est dure par endroits comme de la brique. « On ne va pas prendre le risque d’écorcher voire de casser des petites jambes » décrètent sagement les responsables. Ils ont raison mais les enfants ne comprennent pas. Ils devront attendre un mois, le temps de la trêve hivernale, avant de rechausser leurs crampons

Quelques larmes de déception et de colère se mêlent aux chocolats chauds avant le retour à la maison. Dans les discussions des gamins, il semble pourtant tellement simple de poser des toits au-dessus des terrains ou d’installer des tuyaux de chauffage sous les pelouses pour les rendre toujours praticables.

Dommage que ce ne soit pas eux qui aient été en charge de la construction du stade national pour l’Euro 2020.

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St Nicolight

– Alors Cyril, Saint Nicolas est venu dans ta classe ?

–  Oui

–  Et il t’a parlé ?

–  Pas beaucoup

–  Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

– De rien

– … ???

– Il m’a donné un paquet de bonbons, j’ lui ai dit merci et il m’a répondu « de rien »

–  Et ils sont bons les bonbons ?

–  J’ sais pas

– Tu ne les as pas goûtés ?

– Non, je mange déjà trop de sucre

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Pour moi la vie

Tout le monde a au moins un souvenir heureux lié à une chanson de Johnny.

Moi, c’est celui de mes 15 ans. Nous habitions alors au petit cinéma Le Stuart dans le vieux quartier de Nivelles. Chaque soir pendant l’entracte entre les deux films, mon père tenait la buvette qui servait aussi le dimanche de local pour le patro.

Au fond de la salle, trônait un juke box que je pouvais – mon frère Jean-Pierre m’avait montré comment – faire fonctionner sans pièce de monnaie. Je me souviens encore précisément des trois chansons que je préférais : Kili Watch des Cousins, Rock-a-hula Baby d’Elvis Presley et Pour moi la vie va commencer de Johnny Hallyday. Quand je les entends aujourd’hui, c’est à dire très, très rarement, c’est pour moi comme une madeleine de Proust. Un vent de bonheur soulève la mèche de cheveux que je n’ai plus depuis trois siècles et mes pieds se mettent à danser comme lors de mes premières surprises parties autour de ce juke-box avec mes copains Angelo et Jean-Marie.

Ce matin à 6h30, quand j’ai entendu à la radio un extrait de Pour moi la vie va commencer, j’ai compris qu’elle venait de s’achever pour Johnny.

Et une grande nostalgie m’a envahi.

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Merci

Merci pour les beaux moments de lecture que vous m’avez offerts, Monsieur d’Ormesson. Extrait de mon billet du 8 février 2017* :

… je ne sais pas pourquoi, j’ai continué ma route jusqu’aux ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville où j’ai décidé, sans raison, de me balader pendant deux heures. Une promenade soudaine et sublime où je me suis laissé imprégner des pages de Jean d’Ormesson que j’avais lues la veille et qui tentent comme le dit la quatrième de couverture de son livre de répondre à la question « Qu’est-ce que je fais là ?» à nous qui sommes tous des égarés qui ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous deviendrons après la mort.

Quand j’ai refermé le livre hier avant de m’endormir, je venais de terminer le chapitre consacré au « temps », sujet-fétiche de quasi toute l’œuvre de d’Ormesson. À « ce temps si peu vraisemblable où le présent est toujours absent », lui qui n’est que la transition fugace entre un passé aussitôt disparu et un avenir inconnu. Et Jean d’Ormesson cite des poètes qui définissent si bien ce temps présent qui n’existe pas ou si peu, dont Boileau : « Le moment où je parle est déjà loin de moi ».

Je pensais à tout cela en me promenant au pied des ruines, respirant l’air humide et froid, en essayant de me concentrer intensément sur l’instant présent afin de le savourer pleinement. Et je me remémorais une autre citation de Jean d’Ormesson, une de ses plus belles et plus connues : « Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu ». Cet après midi, l’inattendu était cette promenade improvisée, cette beauté mystérieuse autour de moi, surnaturelle et quasi sacrée, d’une brume, d’une bruine et d’une ruine.

*https://michelcollart.wordpress.com/2017/02/08/brume-bruine-et-ruine/

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Émotions

Au Super-Palace, pendant le bal du réveillon auquel prend part la foule des skieurs, Maud Amabric, fille d’un multimillionnaire et d’une Américaine, lance un défi : elle promet un baiser à l’audacieux qui lui ramènera un bouquet d’edelweiss… Un jeune homme se lancera à l’assaut de la montagne enneigée mais à la tombée de la nuit il ne sera toujours pas de retour… De semaine en semaine, les lectrices de Marie-Claire suivent les aventures de Maud et de Gabriel. Il y est question de soleil, de fleurs, de frissons mais aussi de crevasses, de blizzard et d’angoisses.

Je suis tombé hier par le plus grand des hasards sur un gros livre cartonné constitué de Marie-Claire reliés datant de 1938. L’époque où ma maman avait une belle vingtaine d’années et faisait probablement partie du cœur des lectrices.

J’ai survolé quelques pages du « grand roman inédit » publié par épisodes et écrit d’une plume élégante par une auteure dont les traces ne figurent même plus sur internet : Camille Danjour. Une histoire d’amour fleur-bleue et de baisers prudes.

Les larmes me chatouillent le coin des yeux : j’imagine avec émotion les sentiments et les rêves de ma maman à la lecture de ces phrases rocambolesques. Derniers nuages d’insouciance avant les années de tempête et de malheur.

« Déjà, vers le nord, le ciel virait au bleu sombre… Précédant la nuit, un vent glacé, frisson mortel, courait sur la peau de la terre ».

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