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About Michel Collart

Michel Collart Après une vingtaine d'années de copywriting et de direction créative dans des agences comme DDB, LOWE TROOST, Y&R et O&M entre Bruxelles, Paris et Montréal, j'opère comme créatif et consultant indépendant depuis 1995 sous le nom de MC*COLLART. De "La vie est nulle sans bulles" pour Spa à "Nous tenons vos promesses" pour DHL ou "Une télé vous a enfin compris" pour le lancement de Club RTL à "Cette fois c'est moi" pour le Lotto, j'ai signé de nombreuses campagnes à succès. Depuis 2007, j'assure en plus les cours de conception-rédaction à la HELHa- Section Pub à Mons. J'ai fermé mon bureau de création en ce début d'année 2013 et, bien que je sois retraité, je continue à enseigner et à écrire, plus que jamais, tant que mes neurones le permettent. Je partage sur ce blog mon humeur du jour. À propos de tout et de rien, de tous et de riens.

Balance ?

#balancetonporc On ne peut qu’applaudir cette vague de libérations  sur Twitter qui permet aux femmes de se débarrasser – un peu – des souvenirs odieux de sales mecs qui les ont harcelées ou violées. On ne peut qu’applaudir, compatir, supporter.

Et en même temps, en ce qui me concerne, regretter.

Regretter parce qu’en tant qu’homme, comme tous les hommes, je me sens un peu sali alors que je suis clean. Même si on me dit: t’es pas concerné. Mais qui le dit, en fait, à part quelques femmes courageuses comme Marie-Christine Horn, par exemple, dont j’ai partagé le billet sur mon mur, qui remettent les pendules à l’heure et rappellent qu’une grande majorité des hommes sont corrects et certains même héroïques ? Ça fait du bien à lire en cette période où il ne se passe pas un journal télé sans qu’on découvre (?) un nouveau salopard et qu’on étale une nouvelle affaire d’abus sexuel comme si on ne savait pas que cela existait auparavant. Ce grand déballage, qu’on le veuille ou non, a pour effet pervers de pourrir les relations normales entre hommes et femmes.

C’est comme si on revivait les sensations de l’après-Dutroux. Je me souviens d’une fête de famille à l’époque où je n’osais plus regarder les petits enfants et encore moins caresser leurs boucles blondes ou leur faire la bise. Je me souviens du regard des parents à l’égard des messieurs plus âgés, des tontons et des parrains, de leur méfiance quand leurs petits les approchaient. Plus jamais, me suis-je dit à ce moment, un ancien ne pourra regarder un petit avec innocence.

Aujourd’hui, avec cet après-Weinstein, je ressens une gêne dans les yeux des hommes et des femmes quand ils se croisent. Cet après-midi, par exemple quand je suis allé rechercher mon petit Max à l’école. Dans la cour, quelques papis et plein de jeunes mamans. D’habitude, on se dit bonjour, on se sourit, on se fait un signe de la main. Aujourd’hui, rien ou si peu. Comme on dit au tennis, j’ai retenu mes gestes. Et je n’étais pas le seul. La maman du petit Arthur ne m’a même pas dit merci quand j’ai tenu la porte ouverte pour elle. Jeudi, je passerai la journée avec une cinquantaine de jeunes étudiantes. Toutes plus jolies et charmantes les unes que les autres. Mais je ne pourrai pas (ou plus) les regarder sous cet angle. Je devrai les considérer avec la même indifférence et le même flegme que quand je suis devant des étudiants barbus avec une casquette vissée de travers sur le crâne. Les rapports sont désormais tronqués. Un vieux prof qui sourit à une jeune étudiante est-il tout à fait net ? N’a-t-il pas des pensées lubriques ? Un porc ne sommeille-t-il pas en lui, comme en tout homme en somme ?

Parano ? Peut-être mais tant que ça. Sans doute, j’exagère… mais avec le porc, le doute est balancé. Quoiqu’on dise, on y pense.

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Jour du Seigneur

Mon père, fervent pratiquant, n’aurait jamais sorti un outil de sa cabane de jardin un dimanche. Pas question de travailler le Jour du Seigneur, sauf si l’on y est obligé comme il le fut pendant des années par des gardes qu’il devait assurer le week-end à son usine.

Non, le dimanche, il se rendait à la messe et puis allait assister aux matches de foot de ses gamins quand leur équipe jouait à domicile. L’après-midi, il se reposait en regardant son potager par la fenêtre. Lui qui adorait le jardinage n’a jamais donné un coup de bêche, de râteau ou de sécateur le septième jour de la semaine. Moi, mécréant, il m’est arrivé souvent au contraire de ne pas faire grand-chose les six premiers jours et de rattraper mes retards le septième.

Aujourd’hui, le Jour du Seigneur est la plupart du temps pour moi le Jour du jardinage. Je n’ai pas d’obligations, j’ai donc le temps de sortir célébrer par mon travail Dame Nature – ou le Créateur quand il m’arrive d’encore y croire – et je vais profiter de la terre qu’Il créa le premier jour, du firmament le deuxième jour, de la verdure et des fruits le troisième jour, du soleil le quatrième jour, des oiseaux dans mes arbres, des limaces dans mes légumes, des vaches dans la prairie voisine, des grenouilles dans l’étang, des poules dans leur enclos bref des êtres vivants qu’il créa le cinquième et le sixième jour. Les dimanches, dans la mesure du possible, je les passe à l’extérieur dans mon jardin secret.

Quel bonheur quand il fait beau comme aujourd’hui ! Le soleil a brillé et chauffé comme jamais en cette saison, les mésanges, les pinsons, les grenouilles et le chien de la voisine ont chanté à tue-tête excités par l’atmosphère estivale. Dans les jardins et vergers voisins c’était la fête, les fumées des barbecue montaient comme des parfums d’encens vers le ciel, on entendait de la musique un peu partout et il ne m’étonnerait pas que l’on ait croqué la pomme et commis quelques péchés véniels sous les tonnelles et les parasols.

Moi, pardon mon Dieu, je n’ai pas respecté le jour de repos, j’ai travaillé comme un forcené. Qu’est-ce que l’argile de mon potager est dure quand elle est sèche, c’est de la glaise à brique, pas de la terre douce et légère à creuser quand il faut retirer les carottes. Et puis qu’est-ce qu’elle est difficile à sarcler, nettoyer et ratisser avant de semer l’engrais vert. J’ai transpiré à grosses gouttes pour venir à bout de mon boulot, je sais ce n’est pas terrible comme eau bénite, je n’ai que mes courbatures à Vous offrir, je suis resté agenouillé presque tout le dimanche à arracher les plantes mortes et les mauvaises herbes. J’espère que Vous accepterez mes efforts en guise de prières… je crois que oui car j’ai vu que dans un coin de mon paradis terrestre Vous aviez accompli un petit miracle : un 15 octobre, j’ai encore pu cueillir une poignée de fraises. Merci à Vous.

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Bonnes nouvelles

Le soleil donne au marché des airs de Provence. Je vais prendre un verre à la nouvelle Brasserie Jules qui remplace l’ancien Café des Arts en face de l’entrée principale de la Collégiale. C’est Driss, serveur au Café des Arcades où j’avais mes habitudes avant qu’il ne tombe en faillite au printemps, qui m’accueille. Je suis heureux de le voir avec son petit gilet noir, sa cravate et son large sourire, heureux d’avoir retrouvé du travail et ses anciens clients.

J’ouvre mon journal mais comme j’ai peur de ternir ce beau samedi par de nouvelles « Bad News », je vais directement au cahier culturel. Et là, je ne suis pas déçu.

Tout d’abord, l’extraordinaire Safran Foer y présente son nouveau roman « Me Voici », 700 pages (gloups !) sûrement passionnantes mais que je ne lirai pas tout de suite (j’ai trop de retard avec ma pile à lire actuelle). J’ai relevé dans son interview ces mots qui résonnent particulièrement en moi : « Je n’ai jamais vraiment voulu être écrivain. Je pensais devenir docteur. Mener ma vie comme je le sentais… Je ne suis pas piégé dans un rôle. Je n’arrive juste pas à écrire sans arrêt… Parfois, je ne veux pas et je n’écris rien pendant des années. C’est compliqué. » En toute modestie et toutes proportions gardées, j’ai le même sentiment. Hier encore, j’avais l’impression de devoir me justifier à un ami qui me demandait « pourquoi avec la plume que tu as, tu n’écris pas un livre, pourquoi tu ne fais pas écrivain ? ». Et bien, parce que je ne sais pas le faire et surtout parce que je n’en ai pas envie. Pourquoi m’esquinter à vouloir me faire éditer ? Pourquoi m’emprisonner ? Souffler sur les soies légères de mes pissenlits quotidiens et les voir s’envoler sur la grande toile suffit à mon bonheur d’écriture. Près de trois mille pages flottent à ce jour dans les nuages. Pourquoi n’en retenir que deux ou trois cents et les enfermer dans un bouquin qui lui-même serait ensuite coincé entre quelques centaines d’autres sur les étagères des librairies… s’il a de la chance ?

Deuxième bonne nouvelle dans le cahier « Culture » du journal Le Soir : le reportage sur l’expo MoMA à Paris. C’est sûr, j’irai voir. Pour Klimt, Chirico, Matisse, Picabia, Calder, Duchamp, Mondrian, Man Ray, Magritte et bien d’autres. Mais aussi pour retrouver des souvenirs heureux, ceux entre autres d’un séjour à New-York pendant mes années canadiennes avec ma famille. Cet article m’a fait refeuilleter l’album de mes photos de l’année 1987 où j’ai retrouvé quelques clichés au MoMA avec mes filles Marie-Noëlle et Laurence.

Tiens, et si quand j’irai au MoMA à Paris à la fin de l’année, j’emmenais cette fois mes petits-fils ?

IMG_7637.jpg  Nivelles octobre 2017

IMG_7641.jpg MoMA, New-York, août 1987

 

Devise

Mon ami Jean me tire un peu à l’écart du cocktail et me parle de mon blog. Il suit attentivement mes billets. Il a lu celui d’aujourd’hui avant de venir au déjeuner des anciens de la rhéto du Collège et il est un peu inquiet : « Ça ne va pas, Michel ? Tu n’as pas le moral ? ». C’est vrai que mes mots de ce matin n’étaient pas très gais mais le récent décès de notre condisciple Luc en plus de l’actualité sinistre m’avait mis du gris dans la tête.

Jean veut me fait retrouver le sourire et me demande en me désignant du regard notre ami Michel qui discute à quelques mètres de nous si je savais que son grand-père avait fondé au début du siècle dernier la verrerie extraordinaire de Fauquez, près de Ronquières, à une poignée de kilomètres de Nivelles. Arthur Brancart, c’est son nom, était l’inventeur d’un verre opale particulier qui eut son heure de gloire dans les années folles, grâce à l’Art Déco. Et son usine compta jusqu’à 1000 ouvriers. Évidemment que je connaissais ces fameux ateliers, je les avais même visités enfant avec mon parrain dont un beau-frère y travaillait. Et ce qui m’avait impressionné alors c’était surtout la chapelle du village, entièrement tapissée de mosaïques colorées en Marbrite, le verre opale en question. Un lieu délirant complètement kitch.

« Mais connais-tu la devise de cette entreprise… ? » me demanda Jean en souriant « … elle aussi est spectaculaire et tu devrais lui consacrer un billet, ça te remettrait de bonne humeur. Va donc voir sur place, elle est toujours écrite sur le fronton d’un bâtiment en ruine, tu m’en diras des nouvelles ».

Dès que je fus rentré à la maison, j’ai cherché sur internet et je l’ai trouvée. Une devise formidable. Qui aurait pu – et qui pourrait encore – être celle de ma vie. Un slogan qui m’a fait retrouver le sourire et qui est une vraie recette du bonheur : « Bien travailler, bien s’amuser ». J’adore.

Merci Jean et à très bientôt, j’espère. Pour à nouveau bien s’amuser comme ce midi.

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Assez

Ce midi, on se retrouve entre anciens du Collège. Dorénavant, ce sera chaque année à la mi-octobre, puisque lors des retrouvailles des cinquante ans de fin de rhéto notre professeur de grec et de latin nous avait joliment dit « comme nous approchons tous dangereusement de l’éternité, il serait prudent de nous revoir plus souvent si nous voulons encore profiter ensemble des nourritures et plaisirs terrestres ».

Nous serons dix-sept à table tout à l’heure. Il y a quelques jours, nous pensions encore que nous serions peut-être dix-huit. Luc n’était pas dans son assiette mais il n’était pas impossible qu’il nous rejoigne pour quelques heures. Il ne viendra pas. Il a une bonne excuse, il est décédé ce lundi. Je ne l’ai appris que hier soir tard. Triste nouvelle.

Depuis quelques semaines, je ne regarde quasi plus la télé, je me fais rare sur Facebook, je n’ai pas écrit de billet depuis plusieurs jours. Une forme de lassitude. De mélancolie. J’en ai marre des mauvaises nouvelles. De ce climat ambiant pénible. Assez des rodomontades imbéciles qui peuvent faire boum du côté de la Corée. Assez des discours qui branlent les sales idées. Assez de ces fous de Dieu qui jouent du couteau devant des gares ou qui fauchent sur les trottoirs des avenues. J’en ai ras le bol des insultes, des éructations, de la vulgarité, de la stupidité qui mouchettent mon écran comme s’il s’agissait d’une surface émaillée de cuvette. J’en ai assez du papier journal qui tache les cerveaux plus que les doigts. Je ne peux quand même pas toujours limiter mon regard aux fleurettes (fanées d’ailleurs) de mon jardin et barbouiller mon blog de gentilles petites phrases. Oui, parfois, souvent, j’en ai assez d’ouvrir les machines à déverser les bad news et bad feelings et à y à jeter mes petites graines de bonne humeur.

Aujourd’hui, c’est l’Unesco, la gardienne du patrimoine culturel mondial qui se fait larguer par les Etats-Unis et Israël. L’organisation qui avait pour mission d’être un temple universel de savoir et de paix devient un lieu supplémentaire de conflits et de vérités contradictoires. Et j’apprends juste à l’instant que le paisible et serein Qatar viendrait d’acquérir à prix d’or (noir) la direction. Comme il l’avait déjà fait pour le Mondial du Foot, une certaine vision de la culture. Au secours.

Quelqu’un aurait-il une bonne nouvelle s’il vous plait ?

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Doucement

De nombreux navetteurs pestent ce matin, obligés de rouler au pas à cause de la fermeture du viaduc Hermann-Debroux à l’entrée de Bruxelles.

Moi, depuis que je suis retraité, ce qui me fait pester c’est plutôt les automobilistes pressés qui foncent sur nos petites routes de campagne. Je ne compte plus les limitations de vitesse pulvérisées, les lignes blanches coupées et les majeurs pointés dans ma direction.

Aujourd’hui, j’ai pris mes chemins de traverse, bien décidé à flâner en douceur dans la ouate matinale. Et bien m’en a pris, le paysage m’a récompensé.

Depuis des années, je passais sans le voir. En effet, si l’on roule trop vite – en trois secondes c’est loupé – on dépasse la haie et la grille métallique fermée par une solide chaîne et un gros cadenas qui le cachent. Mais aujourd’hui, par chance, le portail était ouvert et je roulais au ralenti. Je l’ai donc aperçu, ai pu m’arrêter et le photographier à l’aise.

Mais quoi donc ? Mais le vignoble de Baulers pardi, le Domaine du Chapitre, non pas quelque part en France mais bien à quelques kilomètres à peine de chez moi, une superbe propriété qui compte plus de 22000 pieds de vigne. J’en avais déjà entendu parler depuis les cinq ou six ans qu’il existe mais ne l’avais jamais vu. J’ignore si son vin est bon mais, en tout cas, sa beauté brumeuse est enivrante.

Il faut juste savoir lever le pied – un jour, j’essaierai aussi le coude – et prendre le temps de l’apercevoir.

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Cœurs

Les deux livres que j’ai lus cette semaine ont, par hasard, le même thème central : le cœur, siège de toutes nos passions.

Dans « Ce qui manque à Amédée » de Michel Goldblat paru aux éditions Mols, le cœur brille par son absence. Le héros, prénommé Amédée par ses parents fous de musique et du grand Amadeus, va apprendre à vivre sans cœur car il est né avec une anomalie rarissime : pas de tocante dans la poitrine. Je ne raconterai pas ses aventures, à vous de les découvrir, mais préparez-vous à sourire et à sortir les Kleenex.

Quant à « Frappe-toi le cœur » d’Amélie Nothomb paru chez Albin Michel, c’est au contraire un roman-conte aigre-doux où les cœurs sont bien présents et terriblement vivants même – surtout – s’ils sont écorchés par l’absence d’amour maternel et empoisonnés par la jalousie.

Deux histoires « cardiaques » qui feront battre vos ventricules et qui, moi, m’ont fait penser à adresser un petit coup de cœur à tous mes amis auxquels les aortes, les artères ou les oreillettes ont joué de mauvais tours.

Tout d’abord à des copains de tennis parmi lesquels Jacques qui s’est effondré sur le court et Jean dont l’horloge s’est arrêtée sans crier gare avant les douze coups de la nuit de Noël mais aussi à Pierre, Thibaut ou Olivier qui ne se sont pas laissé terrasser et que les opérations ont rendu plus forts que jamais.

Je pense aussi à tous ces amis qui ont dû se faire ponter de nouveaux conduits sanguins, rafistoler la pompe cardio-vasculaire ou encore se faire greffer une boîte à rythme : Georges, François, Phil, Gérard, Pierre, Michel …

Comme le dit Amélie Nothomb dans son bouquin en citant Musset « Frappez-vous le cœur » mes amis, « c’est là qu’est le génie ». Ce cœur, continue-t-elle en faisant parler une de ses héroïnes cardiologue, qui est « l’organe qui n’a rien à voir avec les autres ! Je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée, de l’âme et de ces sortes de choses. »

Oui, mes amis, prenez soin de votre cœur encore longtemps, très longtemps, car comme le dit encore Amélie Nothomb dans ce beau livre, en citant cette fois Flaubert : « La bêtise, c’est de conclure ».

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