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Manque d’inspiration

Il y a quelques mois, quelques amis lançaient Bulbme un nouveau site de partage fondé sur le concept de l’inspiration. Chacun était invité à y poster, partager et découvrir des contenus et des expériences inspirantes.

J’ai été emballé par cette idée et y ai contribué, modestement, par quelques textes mais très vite comme de nombreux autres membres de la communauté, j’ai lâché prise, tantôt par manque d’idées, tantôt par manque d’intérêt, tantôt encore par manque d’efforts. Surtout.

L’inspiration, je le répète inlassablement à mes étudiants, n’est pas l’art d’attraper une idée qui passe, ce n’est pas non plus un don de naissance ni un coup de chance, c’est un travail de l’esprit et de nos cinq sens (dirait Michel Serres), c’est un état de veille permanent. Bref c’est un effort. Mais l’on constate, malheureusement, que l’effort n’est plus très à la mode. Résultat, Bulbme s’arrête. J’en suis très triste (et je m’en sens un peu coupable).

Merci à toi et tes amis, Jean-Charles della Faille, d’avoir eu cette belle idée. Dommage qu’elle n’ait pas inspiré le succès qu’elle aurait mérité.

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Voleur d’amour

Une histoire m’a touché ce matin sur Facebook.

Une musicienne s’est fait voler ses trois guitares. Dont « ma vieille Fender Jazzbass 1965 série L 97723, ma compagne des bons et des mauvais jours depuis 35 ans! » écrit-elle.

Mais comment peut-on jouer de la musique sur un instrument volé ? Comment peut-on faire chanter, vibrer, rire, hurler des cordes « vocales » qui ne sont pas les vôtres, que vous avez arrachées sans états d’âme ?

Jacques Prévert disait que « l’amour de la musique mène toujours à la musique de l’amour… »

Alors, un musicien voleur d’amour… c’est inimaginable, non ?

31100273_10215895248519787_4744207049661874176_n.jpgJe ne connais pas cette musicienne, mais si vous pouvez l’aider à retrouver ses guitares, cliquez Isabelle Graff – Instruments volés : Fender Jazzbass 1965 “L-series” n° 97723 – Yamaha BB1000S Burgundy colour (Stanco label on the body) – Fender Stratocaster 60th birthday sunburst – Computer

 

Le dire

Le cancer a encore frappé. Malgré le soleil, malgré le ciel bleu, malgré la légèreté de l’air. Pas de relâche pour lui, même si depuis quelques jours la vie semblait belle.

La tristesse, la stupéfaction, le découragement explosent sur internet. Les mots d’amour et d’amitié, les regrets, les beaux souvenirs, les « j’aurais dû » fleurissent de partout. Et l’on dit à celui qui est parti combien on l’aimait.

Mais pourquoi, mon Dieu, ne le dit-on pas ou si peu de son vivant ?

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Comme avant

Levé tôt. Un café. Un dossier. Comme à l’époque où je travaillais. C’était un de mes moments préférés. Surtout quand il faisait beau comme ce matin.

J’ai ouvert la porte de la cuisine, l’annexe de mon living-bureau, l’air frais vient me chatouiller les oreilles. La machine à café gargouille. J’entends au loin les avions qui décollent de Gosselies pour Londres, Milan ou Barcelone. Parfois, alors, ils prenaient leur envol avec moi à bord, pour une réunion, un tournage, une task-force.

Comme il est tôt, 6 heures, il n’y a pas encore beaucoup de trafic dans le village. Quelques voitures, de temps à autre, rebondissent sur les pavés de la chaussée romaine. Mes filles dorment encore. Dans une heure, elles se lèveront pour se préparer à partir à l’école. C’est moi qui les conduirai car Marie-Thérèse sera déjà sur la route pour ses cours. Moi, ce matin, je dois rédiger quelques textes publicitaires pour la banque. J’ai réunion avec eux à 9 heures. Je serai prêt. Ah, mais non, je rêve. J’ai bien rendez-vous à la banque, mais ce n’est pas pour leur présenter des projets. Ça c’était avant.

Aujourd’hui, c’est pour leur demander de l’argent. Un petit transfert de mes comptes d’épargne qui fondent à vue d’œil. Une somme rondelette pour notre cher (très cher) ami le fisc. L’état me reprend la moitié de ce qu’il m’a chichement donné pour mes cours à l’école en 2017. Ce n’est pas bien vu de continuer à travailler quand on a atteint la limite d’âge.

Mais bon, je ne vais pas aller me recoucher pour autant ni entamer la complainte de l’indépendant. J’ai du boulot dans mon jardin et là au moins on ne me prend rien.

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Classé X

Je savoure le dernier verre de rosé sur la terrasse, le premier barbecue de l’année s’achève. Le charbon de bois est encore rougeoyant, je jette dessus quelques poignées d’herbes de Provence pour parfumer l’air. Le ciel est bleu foncé, les cerisiers sont blancs, les oiseaux sont contents. Ils chantent à tue-tête. Les grenouilles de l’étang se sont mises à coasser en chœur pour les accompagner. C’est le printemps, il y a du romantisme dans l’air. Foutaises !

Romantisme, mon œil ! En réalité, c’est beaucoup moins fleur bleue. Ça baise, ça copule, ça tire, ça tringle, ça s’envoie en l’air partout autour de moi. Les grenouilles se sautent dessus comme des malades, c’est une grande partouze dans les nénuphars. Un peu plus loin, dans le ruisseau, c’est la nouba des crapauds. Les mâles, très peu délicats, se jettent en tas gluant sur une seule femelle. Et tire toi de là que je m’y mette, c’est à mon tour mon vieux de grimper, dégage. Non, le printemps des batraciens n’est pas très poétique. Venez écouter leurs cris et leurs râles et vous comprendrez.

Et les oiseaux ? C’est pas mieux. Les garçons jouent les pervers exhibitionnistes (et regarde mes belles couleurs ou ma jolie houppette) pour faire craquer les filles. Certains en deviennent fous et jouent les Pavarotti avec des vocalises absolument délirantes qui excitent les demoiselles à plumes et les invitent à passer à l’acte. Mais sait-on que pour être « opérationnelle » en saison de reproduction, une femelle doit voir ses organes sexuels – notamment son ovaire gauche, le seul fonctionnel – grossir énormément et dans certains cas augmenter son poids jusqu’à 1500 fois ? On comprend mieux dès lors les efforts vocaux du petit pinson ou les tirelis stridents du merle siffleur.

Je termine mon verre de rosé en pensant que je ne suis pas dans un jardin paisible mais dans un lieu de perdition, un grand lupanar. Il me suffit d’ailleurs de lever les yeux pour en avoir la confirmation : l’endroit est bel et bien classé X.

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Survivants

Ils doivent être une bonne vingtaine. Des blancs, des noirs, des noirs et blancs.

Depuis que le soleil a envahi notre ciel, ils sont sortis de leur cachette dans le grand hangar du voisin et ils gambadent dans la prairie. Ils chahutent aussi.

Il faut dire qu’ils sont contents, qu’ils l’ont échappé belle. Ce sont des survivants. Il y a à peine trois semaines, c’était Pâques et sur de nombreuses tables, on savourait l’agneau pascal. Le tendre, savoureux, goûteux petit bébé mouton que l’on déguste en gigot rôti ou en épaule grillée.

Pâques, fête de la joie, toute en cloches, petits lapins et chocolats, est en réalité une horreur pour de nombreux et mignons agnelets qui seront abattus avant même d’avoir pu goûter à l’herbe fraîche du printemps et jouer à saute-moutons sous les fleurs blanches des pommiers. Alors, quand par miracle certains échappent au couteau du boucher, c’est la foire dès qu’ils sortent au grand air. Ça court, ça s’agite, ça bondit, ça joue dans tous les coins. C’est curieux, rigolo et mimi comme tout. Mais ça bêle aussi. Et vingt agneaux qui chevrotent et béguètent en même temps, ça peut vous prendre la tête et vous donner des mauvaises pensées.

Comme par exemple, rêver à de délicieuses et juteuses mini-côtelettes dorées au barbecue, avec le temps qu’il fait !

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Jeune et belle

Quand elle était jeune et belle, c’était facile de l’aimer. De l’embrasser, de la caresser, de la déshabiller. Tu n’avais aucun mérite, seulement de la chance. Certains disaient même trop de chance.

Aujourd’hui, alors qu’elle est devenue vieille et toute ridée, qu’elle a un regard de folle, qu’elle ne parle plus mais broebbelle comme on dit chez toi à Bruxelles, alors qu’elle est méchante (tu dis énervée), alors qu’elle t’empêche de lire ou d’écouter ta chère musique classique, qu’elle ne te laisse pas une seconde à toi, qu’elle s’oublie plusieurs fois par jour, alors que tout ça… quand je te rencontre, tu lui donnes la main, tu caresses ses cheveux, tu écoutes ses cris incompréhensibles, tu lui parles doucement comme si elle comprenait encore tes paroles. Tu la prends avec toi partout, et au restaurant tu te fous du regard des autres quand tu lui coupes sa viande, qu’elle renverse son verre sur sa robe ou qu’elle fait mine de te frapper.

Et quand je regarde tes yeux, je les vois briller comme si elle était toujours jeune et belle et qu’il était si facile de l’aimer.

Capture d’écran 2018-04-18 à 08.39.19.jpg                                                                                                         (Photo de Didou – Désir d’écriture – Juin 2013)