Sympas mais pas trop

Réunion de vieux combattants hier midi. Un vrai moment de bonheur. De rires, de sollicitude les uns envers les autres, de gentillesse (même si c’est aujourd’hui son jour). Mais aussi de souvenirs piquants des années où nous étions jeunes, brillants et, disons-le, arrogants. En ce temps-là, nos relations étaient plus souvent nourries de vacheries que de sympathie.

La vie, l’âge, l’arthrose et pour certains la maladie nous ont ramollis à l’extérieur et adoucis à l’intérieur.

Il fallait voir hier avec quelle douceur et amitié, Dédé aidait  Georgio à se déplacer ou avec quelle émotion, Phil et moi parlions de nos petits-enfants … sans oublier quand même de parsemer nos conversations, comme avant, de quelques amabilités vitriolées destinées à d’ex-confrères honnis.

C’est vrai qu’avec l’âge, on aurait tendance à devenir plus sympa… mais faut pas exagérer, sinon qu’est-ce qu’on s’ennuierait 😉

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Mirage

Dans les vieux Tintin, certains dessins m’exaltaient particulièrement quand j’étais petit : les mirages. Mais mon grand frère Jean-Pierre me disait «… t’excite pas, ça n’existe pas ! ».

Et bien si, ça existe ! J’en ai vu un merveilleux ce matin au bout de mon jardin. Là où il y a quelques mois encore s’étendait un magnifique étang, il n’y a plus désormais que des débris et un triste trou, à peine rebouché, en attente de quelques centaines de camions de remblai, avant de devenir une zone à bâtir. Mais l’ensemble du quartier, je l’ai déjà écrit, se bat pour que ce projet n’aboutisse pas. Hélas, quoiqu’il arrive, l’étang ne reviendra plus. Ni ses canards, ses mouettes, ses oies bernaches, ses hérons…

Sauf que ce matin, après à peine deux ou trois jours de pluie, la zone est redevenue humide et j’ai vu quelques beaux oiseaux blancs rêver dans ses grandes flaques.

Et j’ai rêvé avec eux.

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Mémoire

Le hasard de l’internet me fait tomber ce matin sur un vieil extrait d’interview d’Anaïs Nin, écrivaine américaine qui se mit à écrire ses journaux intimes quand elle était jeune adolescente pendant la guerre 14-18, pour se détacher notamment de la triste réalité qui l’entoure. Elle y définit le rôle de l’écrivain comme ceci : « … c’est faire le portrait des choses que vous ne voulez pas perdre. Je ne crois pas beaucoup à la mémoire ».

Nous avons entendu de beaux discours hier dont celui d’Emmanuel Macron qui, honorant la mémoire des millions de combattants et de victimes, cita Guillaume Apollinaire « Nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » pour formuler ensuite le vœu que « Que sur les tombes où ils reposent, fleurisse la certitude qu’un monde meilleur est possible si nous le voulons, si nous le décidons, si nous le construisons, si nous l’exigeons de toute notre âme ».

J’aimerais croire à « ce portrait des choses » car la mémoire…

75f0917_lXOs6-7BV1PEoHh0Kavq_NOl.jpgLe clairon du poilu Pierre Sellier qui, officiellement, sonna le premier cessez-le-feu, à La Flamengrie, le 7 novembre 1918. EMILIE CAMBIER / MUSEE DE L’ARMEE (photo Le Monde 11/11/2018)

Donald et la météo *

La bise souffle. J’ai froid. Je voudrais relever mon capuchon, mais c’est interdit. La pluie tombe drue et me gifle les joues. Mes cheveux sont trempés, des rigoles me dégoulinent sur le visage. Mes jambes sont rouges à force d’être fouettées par la bourrasque. Je suis en culottes courtes, j’ai 13 ans, je grelotte.

Là-bas, sur une petite estrade dressée devant la grande porte de la maison Communale, un type parle dans un micro. La sono crachotte, je ne comprends rien. Autour de lui, droits comme des i, quelques vieillards portant des bérets, tendent fièrement des drapeaux vers le ciel. Les rafales de vent agitent du rouge, du jaune, du noir, du blanc, du bleu dans la triste grisaille. La Place Albert 1er, le Roi Chevalier, est envahie par une foule de jeunes, les élèves des écoles de la Ville. Les visages grimacent, les yeux implorent les montres, les pieds battent le sol.

Pendant mes 6 années de collège à Nivelles, comme des millions d’enfants d’autres écoles, à chaque 11 novembre, nous allions rendre hommage aux combattants et aux victimes de la guerre 14-18. Parmi mes copains de classe, je vous jure que c’est vrai, il y avait un petit blond, d’origine anglo-saxonne, qui s’appelait Donald.

Mais lui ne craignait pas la pluie et le vent.

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* « Le déplacement du président et de la Première dame au cimetière américain Aisne-Marne a été annulé pour des raisons de programme et de logistique liées au temps », a indiqué la Maison Blanche. (BFMTV 10/11/2018 à 13h23)

Papy Foot

Quelle sale histoire encore !

Envoyé Spécial nous apprend que le PSG a inclus pendant des années des critères d’origine ethnique et de couleur de peau dans ses recrutements de jeunes joueurs. Ce reportage nous informe aussi que ce même club offre des primes à ses joueurs pour qu’ils applaudissent le public après leurs matches. Oh, pas grand chose, des clopinettes du genre de 375.000 euros mensuels pour la star du club, le fameux Naymar, un des symboles du foot-star-system-business. Et aussi, alors qu’il est « pourri » de talent, du foot-simulacre.

Ce foot-là est abject, abscons, à bannir.

Il fait honte au foot que j’aime. Au foot bonheur. Au foot honneur. Au foot valeurs. Au foot que pratiquent mes petits-fils, leurs copains ainsi que des millions, des milliards de gamins dans le monde.

Il fait tache sur le foot qui me vaut mes meilleurs souvenirs de mon père qui venait me voir et parfois m’applaudir le dimanche matin quand je jouais en cadets et en scolaires. Il ternit le foot qui apporte des joies incroyables au grand-père-supporter de ses petits Awen et Cyril. Oui, ce foot pourri est indigne de celui qui leur apporte non seulement du plaisir mais aussi une belle approche de la vie, en leur apprenant l’abnégation pour un groupe et la mise sous éteignoir de tout égocentrisme. Depuis plusieurs week-ends, par exemple, Awen fait régulièrement « banquette » alors que l’année passée, il était de tous les bons coups de l’équipe. Évidemment, cela ne lui plaît pas : à ses yeux perlent parfois des petites gouttes de déception voire de colère. Mais il ne dit rien. Il serre les dents. Et se bat comme un diable quand il monte sur le terrain. Il ne se plaint jamais et ne critique pas ses partenaires. Au contraire, il dit que ses meilleurs copains sont justement ceux qui sont en concurrence avec lui et il faut voir, à l’entraînement ou en match, comme tous jouent ensemble, sans rivalité. J’aime ce foot-là.

J’aime aussi les entraîneurs de ce foot-là. Des jeunes bénévoles qui se dévouent, avec patience et bonne humeur, gratuitement (oh! parfois une petite dringuelle ou un cadeau) plusieurs soirs par semaine et plusieurs heures par week-end pour des enfants et des parents pas toujours évidents à gérer. Oui, j’aime ce foot-là autant que je déteste l’autre. Celui du fric, de la tricherie, de l’indécence.

Un jour, un gamin de l’équipe est venu à l’entraînement avec un maillot du PSG floqué au nom de Naymar. Tous ses copains se sont écroulés… de rire et se sont roulés par terre. Oui, j’aime ce foot-là. Spontané, rieur, heureux.

Allez, bon et joyeux match demain !

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Shut up !

Plus on avance en âge, plus on éprouve le besoin d’alléger son bagage. Lâcher prise, couper dans le superflu, faire le vide.

Ce matin, j’ai donc « nettoyé » l’étagère de mes cours. Allez, du passé faisons table rase, zou, au bac tous ces conseils et leçons destinés à ceux qui demain occuperont nos médias. Ils sont dépassés, obsolètes.

Mais quand  j’entends les nombreuses « petites phrases » des (ir)responsables politiques, je trouve que certains devraient faire mes poubelles.

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