Souffle

En 1993, un de mes plus chers amis, Robert Empain*, qui fut un de mes premiers partenaires de création en pub, peignait cette superbe toile de 110 cm sur 160 cm. Elle s’appelle Souffle et je la vois très bien chez toi, m’avait-il dit quand je l’ai découverte lors d’une expo dans son atelier du Boulevard du Midi à Bruxelles. Toi qui parles beaucoup, qui écris, tes mots soufflent la vie autour de toi. Euh… oui… peut-être, Robert a toujours eu la parole grandiloquente, le compliment me faisait certes plaisir mais je le trouvais légèrement (?) surfait. J’adorais le tableau et j’étais alors en phase de changement dans ma carrière, prêt pour un nouveau départ, la création de mon propre bureau dans les mois à venir. Devant cette toile, je me mis à rêver d’un grand mur blanc dans mes futurs bureaux où elle serait bien accrochée. Moi aussi, je pouvais avoir des idées de grandeur et d’immodestie et j’ai même osé penser que ce Souffle pourrait devenir l’emblème de ma nouvelle activité de copywriter en liberté.

Mais la réalité de mon premier bureau d’indépendant ne fut qu’un modeste espace sous les toits, certes d’une très belle demeure de l’avenue Molière, où j’avais juste assez de place pour punaiser une photocopie A4 de l’œuvre à côté du velux. Je te l’achèterai plus tard quand j’aurai un grand mur blanc et un portefeuille plus épais, avais-je promis à Robert. Mais je n’ai pas tenu ma promesse même quand l’un et l’autre sont venus.

On s’est perdus de vue, Robert a quitté la Belgique pour la Dordogne, les années, oups… trois décennies, ont passé. On se donnait bien parfois de nos nouvelles via les réseaux sociaux, on s’est même revu une fois lors d’une expo à Bruxelles.

Mais heureusement Robert est actif sur internet et donc souvent présent sur mon écran. Il a développé, entre autres multiples activités de « créatif et de créateur » comme il se définit, un blog lumineux où s’expriment différentes facettes de son talent : il est à la fois peintre, poète, penseur et, oserais-je dire, philosophe-théologien. Même si je ne partage pas toujours ses visions spirituelles, son blog est une source de beauté, de paix et de profonde sérénité. J’insiste, avec le sourire, sur le mot Source : quand il m’avait commenté son tableau lors de sa présentation en 1993, il m’avait dit regarde bien, si tu ne l’aimes pas en horizontal, tu peux le regarder en vertical et hop, d’un geste il tourna la toile d’un quart de tour et dans ce cas, tu ne l’appelles plus Souffle mais Source, jaillissement d’idées, de joie, d’imagination, cela te va bien aussi. J’avais bien rigolé car le poète était parfois baratineur.

Lors de récents échanges sur Facebook, je lui ai envoyé le lien d’un ancien billet, écrit en 2002 je pense, Blowin’ in the wind où j’évoquais ce tableau et ces souvenirs heureux. Et délicieuse surprise, le hasard c’est-à-dire Dieu qui se promène incognito (Einstein) a déposé dans ma boîte-mail en ce jour sans inspiration pour moi (voir mon billet-page blanche de ce matin) une reproduction haute définition de cette toile accompagnée de ces mots : « C’est l’Esprit ou le Verbe qui souffle, non pas seulement le vent, mais la vie, la vie qui prend forme humaine… Un mystère, celui de l’incarnation, qui fit écrire quelques milliers de pages et qui se produit à tout instant en chacun de nous ». C’est sûr, je vais l’imprimer, l’encadrer et lui trouver une très belle place dans ma maison. À l’horizontale ou à la verticale ? Je ne sais pas encore, cela dépendra des jours et de mes humeurs.

Merci Robert… et là maintenant, je ne l’appelle ni Souffle ni Source mais Bise comme celle que je te souffle.

* Robert Empain – Attention, l’art peut ressusciter la vie

Souflle – Robert Empain

Des mots pour sortir de l’ombre

Enfin du souffle, de l’espérance, de la poésie…

Une jeune poétesse invitée au micro pour célébrer l’investiture d’un président des USA est un événement rare. Cela ne s’est produit qu’à quatre reprises dans l’histoire américaine.

Hier à Washington, Amanda Gorman, âgée de 22 ans et première lauréate du titre de National Youth Poet of the United States, a lu avec une sensibilité et une conviction infinies son poème The Hill We Climb (La colline que nous gravissons).

Un moment de grâce sur les marches du Capitole, là où deux semaines auparavant, la démocratie avait été brutalisée par des manifestants beuglant et aveuglés par la colère.

Des mots qui parlent de lumière, d’unité et d’espoir, mais aussi d’action et de courage : « We will rebuild, reconcile… when day comes, we step out of the shade… for there is always light, if only we’re brave enough to see it. If only we’re brave enough to be it » (Nous reconstruirons, réconcilierons… Le jour venu, nous sortirons de l’ombre… Car il y a toujours de la lumière, si seulement nous sommes assez courageux pour la voir et assez courageux pour l’incarner).

Non seulement l’Amérique mais le monde entier ont besoin de vos mots si lumineux, merci Mademoiselle.

Amanda Gorman lisant son poème lors de la cérémonie d’investiture de Jo Bidden – 20 janvier 2021

Worhty again

Je ne suis pas américain mais ce 20 janvier est et restera un jour important dans ma vie. Je suis loin de Washington, loin de tout ce qui se décide là-bas et pourtant je me sens si proche, si concerné par ce qui s’y passe aujourd’hui.

Je me sens, comment dire, plus léger, comme soulagé d’une migraine permanente, d’une nausée devenue quotidienne, d’une angoisse sourde, d’un climat toxique, d’un virus de haine.

Je ne suis pas américain et ce n’est pas à moi de décider ce qui est bon pour ce pays. Mais l’Amérique n’est pas une nation comme les autres. Elle est un leader. Un exemple. Un phare. Elle incarne des idéaux qui dépassent et de loin ses frontières, même si son histoire – comme la nôtre et celle de toutes les nations –  n’a pas toujours été à la hauteur. Les USA représentent la liberté, la réussite, le rêve, l’égalité, l’optimisme et le courage pour ne citer que les principales. Oui, je sais, il s’agit de valeurs pas forcément de réalités. Et surtout pas ces dernières années marquées par les discours ignominieux, haineux, méprisants et méprisables.

Make America Great Again, disait ce président sortant qui à la place d’un sourire n’avait qu’un rictus et qui s’en va, enfin, après l’avoir surtout déchirée et abîmée aux yeux de ses amis et alliés, notamment nous les Européens. Oui je ne suis pas américain mais j’aime l’Amérique, et j’ai tant d’amis là-bas. J’espère de tout cœur qu’à partir de ce 20 janvier, elle sera beautiful, friendly and worthy again.

Danger

Quand le vent souffle fort, les ardoises de la toiture vibrent et cela fait pas mal de bruit dans nos chambres situées sous les combles. Elles m’ont réveillé deux fois cette nuit et fait sourire car m’est revenu en mémoire une réflexion de mon petit-fils Awen quand il avait cinq ou six ans.

Il avait dormi à la maison et le chahut du vent et de la pluie l’avait sorti de son lit au milieu de la nuit. Venu dans notre chambre, il m’avait doucement tapoté l’épaule et chuchoté à l’oreille « Papi, viens, il y a un type qui court et qui saute sur le toit ». Mais non, n’aie pas peur, ce n’est pas grave. « Mais si, c’est dangereux, ça glisse là au-dessus ».

Serre-moi la pince

Mon petit-fils Cyril est venu hier avec son grand frère Awen et ses parents faire de la luge dans les « cratères » d’une prairie de mon village bien vallonnée par les bombardements de la guerre 40-45. La neige était abondante chez nous, c’était donc une belle occasion de s’échapper de Bruxelles pour venir prendre l’air et dépenser son trop plein d’énergie.

Ils sont repassés tous les quatre par la maison, nous dire bonjour, masqués et respectant la distance sanitaire. Après quelques lancers de boules dans le jardin, la noirceur tombante les a fait rentrer dans le garage où ils ont laissé leurs grosses chaussures avant d’investir la maison pour y consommer, vite fait bien fait, un cacao chaud, une tarte au riz et une aux pommes. Chacun dans son coin, of course, virus oblige. Au moment de repartir, Cyril toujours prêt pour les petites blagues m’a prié de lui « serrer la pince » pour nous dire au revoir.

Mais on ne peut pas, Cyril, les contacts physiques ne sont pas autorisés. « Mais si, papi, regarde » m’a-t-il répondu en me tendant avec la souplesse d’un Noureev son pied ganté de sa… moufle de ski.

Bûches de Proust

Certains ont leurs madeleines, moi j’ai mes bûches. Dès que tombe la neige impassible manège la la la la la, comme je l’écrivais déjà hier, j’aime m’activer à l’extérieur: cet après-midi, j’ai fendu quelques bûches et ont ressurgi alors de bons souvenirs québécois, pas de la nostalgie mais des « flashes » de moments heureux. Comme dans ce billet publié en 2017.

Dins l’bwè

Chaque année quand revient l’automne et que les odeurs de feuilles sèches et de bois mouillé me chatouillent les narines, mon esprit vagabonde dans mes deux années passées – de plus en plus lointaines – de l’autre côté de la grande mare.

C’était dans les eighties, quand je travaillais la semaine à Montréal et le week-end (pardon, là-bas on dit « la fin de semaine ») à Piedmont, près de Saint Sauveur, où j’avais la chance de jouer au coureur des bois dans l’immense propriété sauvage d’un ami. Je dis bien « travailler » le week-end ! Par tous les temps, sous la neige ou un ciel d’acier, avec le grand André – prononcez le grind Indré – qu’est-ce que j’en ai abattu, débité et brûlé des épinettes, ces conifères qui poussent comme des mauvaises herbes et qu’il fallait absolument dégager pour tracer un chemin dans la forêt vers la clairière où André allait construire sa magnifique maison-chalet.

Que de souvenirs, d’odeurs surtout : l’essence de la tronçonneuse, la sciure du bois résineux, la fumée âcre des branches et des aiguilles qui couvent sous la cendre, l’arôme mousseux de la Labatt fraîche après le travail et puis le fumet du barbecue dans la cheminée.

Chaque année, quand revient l’automne et ses couleurs de feu, je me revois fringant bûcheron de carte postale et je me remets à jouer dans mon petit coin de Québec au fond de mon jardin où je rentre mon bois de chauffage, cette année 6 stères soit une trentaine de brouettes. L’hiver ? Même pas peur.

Fais du feu dans la cheminée – Je rentre chez moi – Et si l´hiver est trop buté – On hibernera Je reviens chez nous (Jean-Pierre Ferland)

IMG_7587.jpg Obaix – Belgique (Automne 2017)

Capture d’écran 2017-10-04 à 16.37.25.png Piedmont- Québec (Hiver 1986)

Doigts d’hiver

Brrr… ça caille ce matin. La neige recouvre le jardin depuis hier. Paysage d’hiver, paix d’antan, parenthèse poétique. Mais brrr… on se les pèle. Dès le réveil, après deux cafés brûlants, en avant, je suis dehors. D’abord pour déneiger et dégeler le trottoir, je ne voudrais pas qu’un navetteur ou une lycéenne sur le chemin de la gare se casse la pipe et puis cela me rappelle mon  bon vieux temps canadien quand il me fallait « pelleter » dans la rue pour retrouver ma voiture. L’air vif dans la figure rougissait le bout de mon nez qui sortait de la cagoule et je ne souffrais pas de mains glacées même si je ne portais pas de gants. Mais ici avec l’humidité, après quelques minutes, je ne les sens plus. Ah que sont mes doigts québécois devenus ? Là-bas, même quand le thermomètre tombait si bas qu’il était impossible de le ramasser, ils ne gelaient pas, j’avais encore une circulation sanguine qui les irriguait d’une bienfaisante tiédeur quelles que soient les rigueurs de l’hiver. Mais ici, avec l’humidité ambiante et la rouille de l’âge, dès que le temps frissonne, j’ai les doigts paralysés. Je possède, bien sûr, une collection de gants de laine ou de cuir, mais comme mes chaussettes beaucoup sont troués. Et puis fendre des bûches, retirer des poireaux ou déneiger une terrasse avec les mains prisonnières, vous pensez que c’est facile ?

Mais pas question de gémir, quand faut y aller, on y va. Même si le docteur a dit pas d’effort, hein, avec votre tendinite au poignet. Moi quand il y a de la neige, faut que je sorte et que je m’active. Ce doit être un atavisme. Je ne sais pas. J’ai d’ailleurs dans mon garage des chaussures et des skis de fond toujours prêts. J’ai dû les utiliser sur les chemins autour de mon village une dizaine de fois à tout casser depuis mon retour du Québec en 1987 alors que là-bas, quasi chaque week-end, je partais dans les Laurentides pour de longues randonnées de ski sauvage et en semaine, il m’arrivait parfois d’aller glisser sur les sentiers du Mont Royal à Montréal. Petit bonjour au passage à mes amis ex-collègues de là-bas, Cedric et Roger, que je retrouve régulièrement sur Facebook (deux bonnes raisons pour ne pas quitter FB) et dont j’apprécie énormément les illustrations du premier et les courts métrage du second – allez vite les découvrir ci-dessous, vous ne serez pas déçus *

Mais revenons à mon jardin d’hiver. Malgré que mes doigts soient  complètement freezés en deux minutes, je dois sortir de leur réfrigérateur naturel une botte de poireaux que je préparerai tout à l’heure « à la crème » pour accompagner une truite saumonée.

Bonne journée enneigée à tous.

*Roger Gariépy (réalisateur)

*Cédric Loth (artiste BD)

Vol de vie

Ne lisez pas ce livre dans un avion.

L’Anomalie de Hervé Le Tellier (Collection Blanche – Gallimard) raconte l’histoire abracadantesque des passagers d’un Boeing 787 qui va traverser une tempête apocalyptique qui bouleversera leur vie d’une manière que l’on ne peut même pas imaginer. Ne comptez pas sur moi pour dévoiler l’intrigue de ce thriller haletant, de cette aventure dingue de science-fiction, de ce conte philosophique, de ce roman à l’eau de rose, de ce cours de mathématiques, de ce livre de poésie, de cet ouvrage psychanalytique, ce manuel d’introspection.

L’auteur nous tient en haleine du début à (presque) la fin de son récit grâce à un scénario d’une imagination délirante servi par un style virtuose truffé de références littéraires et cinématographiques (trop à mon goût car je m’y suis perdu).

J’ai été ému, j’ai été secoué, j’ai ri parfois et surtout j’ai eu très peur. À m’en recroqueviller sous mes couvertures et à en faire des cauchemars après la description terrifiante des turbulences traversées par le vol AF006 Paris-New York du 10 mars 2021. « Soudain, avant même d’atteindre l’extrémité du front chaud, le Boeing manque d’air pour le soutenir et plonge. Malgré l’isolation de la porte de la cabine, Markle et Favereau (NDLR les pilotes) croient bien entendre les passagers hurler »... et moi aussi malgré l’isolation de mon oreiller. Me revient, en effet, en mémoire des turbulences brèves mais effrayantes au dessus du lac Ontario lors d’un vol Toronto-Montréal que j’avais pris en 1987. Je revois, comme si c’était hier, les portes de des coffres à bagages s’ouvrir brutalement et des sacs en tomber sur la tête des passagers, les plateaux à café valser en l’air, des magazines et autres objets dévaler à fond la caisse le couloir central, notre avion a piqué du nez pendant quelques secondes… et ce n’était que des trous d’air de rien du tout comparés à la lessiveuse décrite dans le livre. Je me suis retrouvé en sueur sous mes draps, sans savoir si c’était le bouquin ou mon souvenir qui en était la cause.

Mais le plus interpellant était à venir. Après ce vol tourmenté, la vie des passagers ne sera plus comme avant, confrontés comme jamais à eux-mêmes, en prise avec leur moi profond. Entre acceptation et détestation. Mais stop, je n’en dirai pas plus. À vous de lire si vous ne craignez pas les secousses ni le surnaturel.

J’ai bien aimé ce livre, il laissera de fortes traces en moi, il n’a pas été sacré « Prix Goncourt 2020 » pour rien… Mais…

Mais, même si je ne dis jamais du mal d’un livre (si je n’aime pas, je n’en parle pas), celui-ci m’a semblé inégal, passionnant et addictif et pourtant, dans certains chapitres, prodigieusement ennuyeux et j’avoue m’être senti parfois largué et avoir dû m’accrocher pour le terminer, les dernières pages me semblant tirées en longueur et par les cheveux.

Une lecture comme un vol long courrier traversant des montagnes russes et s’achevant entre songes et torpeur.

Papi-traiteur

My old friend Nigel m’a envoyé un mail ce matin pour m’annoncer qu’il a déposé sa dernière facture dans la boîte postale de son petit village perdu dans la belle campagne flamande. Il entre aujourd’hui dans le club des retraités. Je lui ai souhaité bienvenue et donné quelques conseils de pensionné déjà expérimenté.

Après quelques jours d’ivresse (surtout, lui, je le connais) suivis de vague-à-l’âme, que faire, en effet, de sa vie de désormais désœuvré ? Si tu t’es préparé, tout ira bien et je ne me fais pas de souci pour Nigel, homme cultivé et très bon joueur de golf. Mais cela ne suffit pas. Je crois que le secret d’une retraite heureuse est de se rendre utile d’une manière ou d’une autre afin de ne pas devenir – ni surtout se sentir – un vieux débris encombrant.

Moi, j’ai eu de la chance. Grâce à mes petits-fils, j’ai très vite, même à l’insu de mon plein gré, été chargé de missions : de chauffeur scolaire à coach-supporter, entre autres. Et cela m’a toujours comblé de joie.

Avec le confinement au début du printemps, comme beaucoup d’autres (la plupart d’entre eux dans des situations plus graves que la mienne), j’ai dû interrompre mes activités grand-paternelles. Mais je ne me suis pas laissé abattre. Je me suis lancé dans la cuisine domestique, cela a déjà fait l’objet d’un billet ou deux.

Mais chaque mercredi, ma cuisine entre dans dans une effervescence spéciale (et un sacré bordel de casseroles) car je prépare le repas du soir d’Awen, Cyril et leurs parents. Je l’ai proposé aussi à Maxime mais chez lui, il s’agit de la chasse gardée et de la respiration quotidienne de son papa dont le télétravail est très exigeant.

J’ai dû faire mes preuves au début : mon plus jeune client, Cyril, qui quand il ne rêve pas d’une carrière d’acteur de cinéma, se voit bien futur cuisinier ou pâtissier est assez exigeant. Ce n’est pas le genre à dire « c’est bon » pour me faire plaisir. Non, si mes préparations sont bof, j’ai droit à son petit pouce baissé. Je lui demande donc chaque semaine son appréciation et ses desiderata pour le mercredi suivant. « Je vais réfléchir et je te dis quoi plus tard  » est souvent sa réponse spontanée.

Son dernier coup de téléphone disait ceci « Tes boulets à la liégeoise étaient succulents, Papi-traiteur. Pour mercredi, je voudrais un rôti à la moutarde-cassonade comme tu faisais parfois quand on allait manger chez toi et pour dessert un tiramisu, c’est facile tu sais, j’en ai déjà fait avec maman, si tu ne sais comment le préparer, tu peux me demander ». Ok à votre service, cher client, lui répondis-je et on rigola bien tous les deux. J’ai tenu ma promesse, j’irai porter la commande cet après midi. J’ai convenu d’une heure de livraison avec sa maman (Covid oblige) par Whatsapp qui m’a répondu d’un laconique et enthousiaste « Oui ! Miam ».

Je pèle donc mes patates en sifflant avec la radio: Don’t worry, be happy ! « La cuisine est un acte d’amour (…) on part d’un produit brut que l’on va apprêter (…) avec cette seule idée en tête : donner du bonheur. » Guy Martin, chef cuisinier.

Je termine ce billet-bouffe par un coucou tout particulier à Fabienne et Benoit de la Toque Blanche, traiteurs et organisateurs d’événements, qui furent parmi mes derniers clients-bonheur et qui doivent s’armer de courage en ces temps de mesures sanitaires très difficiles pour eux et leurs confrères auxquels je pense aussi. Quand j’allais dans les cuisines de la Toque Blanche, au milieu des délicieuses odeurs, je leur ai dit quelquefois que je les enviais et que si je ne n’avais pas été pubeur, j’aurais été heureux de faire leur métier. Mais c’était beaucoup plus difficile !