Pure et blanche

Deuxième dose inoculée. Bientôt, je serai immunisé contre le Covid, peut-être pas à 100% garanti, mais en tout cas contre ses graves complications pulmonaires. Dès mon retour à la maison, j’ai plongé le nez dans le lilas en fleurs de mon jardin. Pour une longue, très longue respiration. Pure, blanche, anisée.

« Et je me suis retrouvé, petit garçon, dans la classe de Monsieur Pierre, porte et fenêtres ouvertes sur le jardin de l’école, j’ai senti le parfum de mon bouquet de fête des Mères trônant sur la grande table de la pièce de devant, j’ai revu la chapelle de Monstreux où l’on déposait dans des bocaux à cornichons des branches aux pieds de la Vierge quand, avec le Patro, on partait jouer dans le bois près du Pont du Lapin, … ».

Oui, j’ai plongé le nez dans le lilas devant chez moi. Et j’ai respiré la fraîcheur et l’insouciance des bonheurs simples de mon enfance.

Yes !

6h mon réveil vibre. Debout comme un ressort, je suis excité, c’est un grand jour pour moi même si ce qui va m’arriver dans moins de deux heures est déjà une grande banalité pour des millions d’individus mais encore un immense espoir pour des milliards d’autres.

Il y a un an à peine, on le demandait, on l’attendait, on suppliait le ciel pour qu’il arrive et nous sauve. Et le miracle a eu lieu. Pas grâce au ciel mais à des milliers de chercheurs qui ont bossé comme jamais. Résultat: depuis le début de cette année, une petite dizaine de technologies différentes l’ont créé. Bon, bien sûr, il y a eu, et il y a encore, quelques ratés. Mais tellement de soulagements !

Alors, moi j’y vais, pour la deuxième fois, l’esprit serein et plein de gratitude envers ceux qui l’ont rendu possible et ceux qui le diffusent.

Bon, j’arrête là, je pars, ce serait trop bête d’arriver en retard.

Là dessus, je vous souhaite à tous une bonne protéine S du SARS-Cov-2 au plus tôt. Et ensuite on se fera la bise !

8h35, c’est fait, carte vaccin en poche et maintenant un café sur une terrasse 😏

Serveuses, serveurs, merci !

C’est comme une première journée de vacances, quand on arrive à destination et que l’on s’assied fatigué pour se désaltérer d’une bière ou se requinquer d’un expresso. Souvent, il s’agit d’une table sur une place de village sous un parasol, au pied d’une église et au au milieu d’un marché.

Autour de nous, il y a des gens heureux qui marchent dans tous les sens portant des sacs de victuailles et des paquets. Et puis aussi, il y de la musique joyeuse dans l’air, qui jaillit des cafés et des terrasses où il y a du monde qui consomme, qui bavarde, qui rit, qui se sent bien.

Oui, c’est comme une première journée au soleil, sous un ciel bleu ou à l’ombre des platanes, une journée de bonheur traversée par des serveurs et des serveuses qui courent avec des plateaux chargés de verres et de bouteilles. Une journée pétillante, on va enfin changer la couleur de nos idées noires, retrouver nos amis, oublier cette vie nulle sans bulles qui dure depuis trop longtemps.

Pour le soleil et l’azur, on fera comme si. On s’en fiche, en fait, le bleu on l’a dans les yeux et le soleil qu’on n’a pas dehors, on l’a dans le cœur comme dans la chanson.

Joyeuses terrasses à tous et bises à celles et ceux qui nous servent avec le sourire 😉

¡Escandaloso!

Si vous suivez mon blog, vous savez que j’aime le foot. J’y ai joué dans ma jeunesse et je suis régulièrement, pas depuis un an pour les raisons qu’on sait, mes petits fils footeux, Awen et Cyril. J’y ai déjà consacré quelques billets. Idem pour le tennis et mon petit Max. J’aime le sport, le jeu d’équipe, l’ambiance, la compétition. En plus de mes jeunes amateurs, je regarde les « grands matches » à la télé et bien évidemment la reine des compéts de foot : la Ligue des Champions. Je supporte les équipes où jouent certains de nos Diables Rouges comme Kevin à Manchester City ou Thibaut et Eden au Real de Madrid.

Quand j’ai le bonheur de passer quelques moments avec mes petits fils, nous parlons de ces joueurs, de leurs gestes, de leurs exploits, de leurs ratés, de leurs résultats. Et j’insiste beaucoup là-dessus, de leurs attitudes. Que nous souhaitons exemplaires.

Hier soir, Eden Hazard reprenait la compétition internationale avec le Real de Madrid après de long mois de blessures. Le hasard (ha ha) faisait qu’il affrontait Chelsea son ancien club où il a réalisé la plus belle partie de sa brillante carrière. Son interminable absence des terrains ces deux dernières saisons avec Madrid, pour cause de blessures à répétition (une douzaine au moins !) l’a rendu insupportable aux yeux de nombreux supporters espagnols qui ne voient en lui qu’un profiteur qui gagne des millions tout en ne foutant rien.

Hier, Eden était attendu au tournant. Il devait prouver son engagement pour le Real. Combattre comme un matador, jusqu’à la mort ou presque. La presse spécialisée (pas seulement des terrains mais aussi des caniveaux) l’avait mis au défi, faisant peser sur ses épaules une pression d’enfer. Il devait gagner la demi-finale quasi seul, il coûte assez cher au club !

Mais les Anglais étaient trop forts, Chelsea a mangé Madrid. Et Eden n’a pas pu faire mieux que le reste de son équipe. Les joueurs du Real, éliminés et déçus sont rentrés au vestiaire la tête basse mais fair-play, ont serré la main de leurs adversaires comme il se doit.

Eden qui retrouvait ses anciens coéquipiers, en félicitant deux d’entre eux, a osé rigoler. Les caméras l’ont surpris heureux de revoir des potes avec qui il avait passé de beaux moments quelques années auparavant. Cette séquence souriante n’a duré que quelques secondes à peine. Mais quelle horreur ! Quelle honte ! Quel scandale ! Moi, devant ma télé, ça m’a plu car j’y ai retrouvé ce que j’aime dans le foot et qui est si rare dans le sport de haut niveau gangréné par le fric : l’amitié entre partenaires et adversaires, le savoir-gagner comme le savoir-perdre, le plaisir du terrain. Ce que je ne cesse de répéter à mes gamins : évidemment qu’il faut jouer pour la gagne mais avant tout pour le fun.

Mais quelle andouille, je suis ! T’es complètement à côté de la plaque, Mich. Ce sourire spontané, cette joie des retrouvailles (certes un peu maladroite) a enflammé (enragé) les réseaux socios (nom des supporters madrilènes) ainsi que les médias sportifs estomaqués, choqués, traumatisés par ce traître d’Eden qui, je l’ai lu, « ne respecte pas son club » d’abord en ne jouant pas bien et ensuite en rigolant avec l’ennemi. Les commentaires haineux volent bas et des soupçons de tricherie sont carrément évoqués au point que certains journaleux et fans réclament sa mise sur le marché des prochains transferts. Tout ça pour un rire… bien compréhensible après un an de blessures, de privation de matches, de pénibles revalidations.

Pour ces « supporters et reporters » quand on perd, il est moins scandaleux de péter un câble voir une cheville, de cracher sa colère et de grommeler des « fils de p…. » destinés à l’arbitre et aux vainqueurs. Je n’invente rien, c’est ce qui s’est passé à l’autre demi-finale de la Ligue des Champions qui s’est jouée la veille, remportée par Manchester City face au Paris Saint Germain. Oui, aujourd’hui, être mauvais perdant est une belle valeur dans le foot de haut niveau, voilà la conséquence de ces coachings honteux qui misent sur la rage et le killer instinct.

Quitte à passer pour un romantique voire un loser, moi je préfère le « smiler-instinct ». Quant à loser, ça reste encore à voir sur le terrain ! 😉

Hommage à Marengo

On commémore aujourd’hui le bicentenaire de la mort de Napoléon. Les discours et les trémolos ne vont pas manquer : que seraient, en effet, l’Histoire, notre civilisation, la France et l’Europe s’il n’avait existé ? Mais mon billet ne lui sera pas consacré, que pourrais-je bien ajouter aux milliers de pages, d’hommages ou de critiques, qui lui furent dédiées depuis deux siècles ?

Moi, je préfère évoquer son cheval. Vous savez celui dont on demande la couleur en posant la question qui fait rire les enfants : « Quelle était la couleur du cheval blanc de Napoléon ? » Ouais, fastoche la réponse ! Et bien non, pas si facile, car il n’était  pas blanc mais plutôt gris. « Et quel était son nom ? ». Il s’appelait Marengo mais rien à voir avec la couleur brune de la sauce-poulet du même nom. Il fut, en effet, baptisé du nom de la première grande bataille (Marengo) qu’il remporta chevauché par l’Empereur. Il sera dès lors sa monture jusqu’à la boucherie de Waterloo où il sera blessé et capturé par les Anglais.

Il vécut alors, enfin, une retraite heureuse, loin des champs de bataille et de son tyran à bicorne, en menant en Grande-Bretagne une carrière d’étalon destiné à la reproduction.

Certains disent qu’il aurait inspiré le célèbre slogan pacifiste : « Make love not war » ? 🤣

Descendant de Marengo dans un pré pas loin de chez moi

Seuls les idiots…

… ne changent pas d’avis.

Quand il y a quelques jours, j’ai entendu et lu qu’il était question de construire un musée à la gloire du Chat de Philippe Geluck, j’avoue avoir tiqué.

J’ai même pensé que l’on était proche de l’imposture. N’y-a-t-il pas d’autres priorités ? Ce Geluck, ne le voit-on pas un peu trop ? Et alors, quel bazar, quel foin pour ses grosses sculptures félines exposées sur les Champs Elysées !

De nombreuses oppositions à ce projet de musée fleurissant sur les réseaux sociaux et émanant parfois de certains de mes amis me confortaient dans mon point de vue. Mais je ne les ai pas suivies jusqu’à signer la pétition « contre ». Même si je n’éprouve pas une grande affection à l’égard du dessinateur que j’ai parfois croisé dans ma carrière publicitaire, je nourris beaucoup d’admiration pour son Chat que je trouve créatif, brillant et drôle, plus pour ses bons mots que pour son dessin qui, je le reconnais toutefois, ne manque pas de style.

Ce dimanche, j’ai suivi le débat sur RTL-TVi opposant Geluck aux deux artistes initiateurs de la pétition contre son musée. J’y ai appris que ce musée ne serait pas uniquement dédié à la gloire du Chat et de son maître mais à d’autres artistes de BD et dessin d’humour. J’ai constaté que Geluck investissait beaucoup de sa personne, de ses idées et aussi de sa poche dans ce projet. Je l’ai écouté attentivement, sans a priori même si sa façon de parler m’énerve, et il m’a touché, je l’ai trouvé sincère dans ses arguments. Il m’a même ému quand ébranlé par les attaques, il s’est dit prêt à abandonner ce projet si l’on trouvait un meilleur usage au bâtiment. Bon, bien sûr, il a une haute estime de lui-même et son ego est surdimensionné mais il n‘est pas le seul dans le milieu artistique, loin de là. J’en connais pas mal qui n’ont pas son talent et dont le cou est au moins aussi large sinon plus que le sien.

Ses opposants, pas des plus humbles non plus, surtout Sandrine Morgante, artiste et conférencière à La Cambre, m’ont paru agressifs, condescendants (!) et fermés à la moindre de ses explications. Peu curieux, en fait, bizarre pour des artistes et profs. Et alors, surtout, cette Sandrine m’a fait bondir quand elle a lâché : « La bande dessinée n’a pas sa place dans un musée, ce n’est pas de l’art ». M’enfin ! aurait réagi un autre célèbre héros de BD qui mériterait aussi son musée.

Du coup, j’ai changé d’avis et suis non pas devenu un supporter du Musée du Chat mais en tout cas plus un opposant. Je me suis même dit que ce ne serait pas mal que sous son toit se retrouvent aussi d’autres grands de cet « art » bien belge de la bande dessinée et du dessin d’humour. De Franquin à Goscinny, de Morris à Peyo, de De Moor à Vandersteen, de Jacobs à Schuiten… et je pourrais continuer ainsi encore longtemps… j’en vois beaucoup qui pourraient venir caresser le Chat. Ce serait tellement sympa ! Pardon pour ceux que je n’ai pas cités… dis Philippe Geluck, et si tu créais plusieurs musées  ?

Dessin de Philippe Geluck pour une carte de voeux de l’agence de pub Young & Rubicam, fin des années 80.

Bravo l’artis…an

« On fera ça quand on sera vieux ».

On construit rarement sa maison en quelques jours. Ça prend, en général, toute une vie. On avance selon ses moyens. Le strict nécessaire au début. Et puis on complète. Au fur et à mesure de l’évolution de la vie.

Et il y a des envies qu’on reporte systématiquement. Parce que pas indispensables. Comme une rampe d’escalier, par exemple. « Ça c’est pour quand on sera vieux. Quand nos jambes seront moins solides et qu’il faudra songer à sécuriser notre marche dans l’escalier d’entrée. Mais cette rampe, il faudra qu’elle soit plus qu’utile, elle devra être belle. Décorative. Je la veux en fer forgé, avec de jolies volutes pour adoucir les lignes droites et austères de la maison… »… mon artiste d’épouse a des exigences et compétences esthétiques, heureusement. Parce que moi ! ».

Ce moment est enfin venu. Après 40 ans dans cette maison, ce n’est pas trop tôt. Cet hiver, ma directrice artistique a donc pris contact avec un artisan-ferronnier de talent* (petite pub pour lui ci-dessous) qui a dessiné et forgé « l’œuvre ». Je l’ai découverte hier quand il est venu l’installer, j’avais certes déjà vu quelques croquis auparavant mais sans plus, j’ai laissé Marie-Thérèse et lui s’occuper de l’affaire, je n’ai jamais emmerdés les artistes que j’ai côtoyés dans ma vie professionnelle… du moins s’ils avaient ma confiance. Les autres, c’est simple, je ne travaillais pas avec eux.

Quand j’ai vu la rampe posée, je n’ai eu qu’un commentaire prononcé avec les mains : clap, clap.

Merci Monsieur Peeters !*

*http://www.ferronneriepeeters.be/

Infirmières, je vous aime

Hier, j’ai passé une partie de l’après-midi à l’hôpital pour des soins chirurgicaux sans gravité au poignet droit mais importants pour le joueur de tennis de haut niveau (?) surtout en ce début de saison à l’annonce de terrasses prochainement ouvertes où le poignet sera particulièrement sollicité après les matches.

Ce petit séjour à l’hôpital de jour m’a fait rencontrer trois infirmières aussi différentes qu’attachantes.

La première à l’accueil, un peu bourrue mais aux yeux pétillants de gentillesse m’explique en détail ce que l’on va me faire et me fait passer un petit contrôle « Covid » : testing, vaccin, symptômes, prise de température et recommandations. Mot d’ordre : prudence, prudence, prudence plus que jamais requise ! Vous savez, Monsieur, le soleil estival, le ras le bol de la population et les protestations bien compréhensibles venant d’un peu partout sont nos pires ennemis. La pandémie est de moins en moins prise au sérieux mais, je peux vous le garantir, elle est redoutable, si c’était autorisé j’irais vous le montrer, les dégâts du virus sont là et bien là me dit-elle d’un air contrit. Ce n’est pas le moment de baisser la garde même si nous aussi en milieu hospitalier, en avons super-marre, mais c’est notre mission et notre devoir de tenir le coup. « Et vous faites comment ? » demandé-je. Comme on peut, Monsieur. Avec courage, on est payé pour ça, pas beaucoup, mais on a notre salaire qui tombe chaque mois, ce n’est pas comme d’autres professions qui souffrent beaucoup en ce moment, l’horeca notamment, mais qui ne pourront reprendre une partie de leurs activités uniquement si la population respecte les consignes et les gestes barrières. Mais je me permets d’en douter quand je vois les comportements de nombreux patients et leurs accompagnants ici à l’hôpital. Le virus s’accroche et ceux qui pensent qu’on va l’éradiquer ou qu’il va s’évaporer se mettent le doigt dans l’œil. On n’en est pas encore débarrassés, loin de là. Le vaccin, il faut absolument qu’un maximum de monde y passe, Monsieur. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait seulement pour soi mais pour la collectivité. Ce que beaucoup ne comprennent pas, c’est que le vaccin n’est pas qu’un geste « personnel » mais une attitude d’équipe: plus le nombre de vaccinés sera important, plus la collectivité sera immunisée ou en tout cas mieux protégée car les variants qui débarquent et ceux qui vont débarquer dans les mois futurs, ne vont pas nous rendre la tâche facile. C’est un combat de tous, pas un caprice d’individus plus peureux que d’autres et de soignants plaintifs. Nous, on voit tous les jours le bazar et permettez-moi de vous dire que les plaintes de beaucoup nous paraissent déplacées. L’important, l’essentiel comme on dit de nos jours, est de se réjouir au réveil si l’on est en bonne santé. Bien sûr, il y a d’autres souffrances que la maladie et il faut les soulager mais je peux vous assurer que parfois, entendues d’ici au cœur de cette bataille qui n’en finit pas, certaines paroles, protestions ou balivernes du genre « je refuse le vaccin parce que je ne suis pas un cobaye » ont le don de nous foutre en rogne, excusez-moi de m’emporter, Monsieur. Je me dis alors intérieurement qu’heureusement je lui signalé tout de suite avec fierté que j’avais déjà reçu ma première dose de Pfizer et que la prochaine était pour dans deux semaines. Après son monologue engagé, mon infirmière speedée et généreuse me conduit à ma « chambre », quoi j’ai une chambre ?, je pensais que mon rendez-vous avec le chirurgien allait se passer dans son bureau, tranquillement pour une petite piqûre. Non, Monsieur, vous allez devoir vous déshabiller complètement et passer dans notre bloc opératoire flambant neuf. Oups ! Elle me laisse alors dans ma chambre, sa collègue de la chirurgie viendra me chercher.

Celle-ci arrive après une demi-heure d’attente, superbe silhouette toute habillée de vert, les cheveux rassemblés sous une élégante charlotte-turban du plus bel effet. La mienne, de charlotte, est ridicule, une horrible casquette bleu pâle, je dois vraiment mettre ce truc sur ma tête ? Oui, Monsieur. M’enfin, c’est mon poignet qui souffre mais le regard de l’enturbannée ne me laisse pas le choix. Bien qu’autoritaire, je vois qu’elle se marre. Moi aussi, je me coiffe donc en riant du bonnet de clown. Et aussitôt, elle se met à me ré-expliquer ce que l’on va me faire, avec cette fois un vocabulaire plus scientifique, j’apprécie sa précision et son respect du patient, et tout ce « decorum » (c’est elle qui le dit) ne doit pas m’impressionner. C’est le protocole, Monsieur. Avec le Covid (tiens, encore lui), nous devons redoubler de prudence, éviter tout risque de contamination, d’où ces mesures de protection qui peuvent paraître exagérées. Une fois les informations techniques terminées, vu mon âge, elle change de ton et me demande avec douceur comment je vis les contraintes de cette pandémie: avez-vous des petits enfants ? comment vivez-vous vos relations avec eux en cette période ? Là elle me touche en plein dans le mille et notre conversation prend aussitôt un tour émouvant, presque familial. Elle me parle aussi de son cas personnel: Française, maman de trois garçons de l’âge de mes petits-fils, elle vit en Belgique et n’a revu ses parents « en vrai » qu’une fois cette dernière année tout récemment à Pâques, chez eux dans leur jardinet en banlieue de Paris, sans contacts physiques bien sûr et dans le respect strict – je suis soignante et donc à cheval sur les principes – des gestes- barrières. C’est pénible, mon papa vieillit et se languit de ses gamins, surtout de l’aîné de 16 ans, son complice de « technologies et consultant digital personnel ». Ils entretiennent bien sûr des contacts via internet mais ce n’est pas la même chose que dans la vie, n’est-ce pas Monsieur ? Elle parle, elle parle. Et j’ai l’impression par moments qu’elle me raconte MA vie. Tout en l’écoutant, je me suis installé sur la couchette d’intervention, le chirurgien arrive, oriente ses spots, m’éblouit, me rassure, me raconte des vannes: et donc vous jouez au tennis avec une arthrose pareille… de la main gauche, je suppose ? L’infirmière prépare des aiguilles, je ne regarde pas, la première pour une anesthésie locale, la seconde, j’ai le temps d’apercevoir qu’elle est très longue, pour une profonde infiltration de corticoïdes qui sera sans douleur. Pour l’instant. Puis comme chez le dentiste, j’entends quelques bruits de fraiseuse-disqueuse-gratteuse, je ne sais pas trop… durant quelques minutes à peine…voilà c’est fait. On va vous reconduire dans votre chambre et après une heure de repos, vous serez libre. Dans quelques jours, vous pourrez enlever ce petit bandage et tout devrait déjà être en ordre. Une collègue va venir vous chercher dans deux minutes.

Et zou, une troisième infirmière entre dans ce bloc aussi moderne moderne que la station spatiale, d’ailleurs pendant quelques secondes, je me suis pris pour Thomas Pesquet. Avec une casquette bizarre quand même. L’infirmière qui pousse maintenant mon fauteuil est toute jeune, elle effectue son dernier stage d’études, cinq semaines encore dans cet hôpital, avant ses examens et la vie professionnelle. Vous êtes student à la HELHa ? Oui, M’sieur, vous connaissez ? Bien sûr, j’ai été prof sur le même campus pendant dix ans, mais pas en soins de santé, moi c’était en maladie mentale… en section Pub ! Elle rigole, le contact est établi. Comme ses deux collègues, elle est très bavarde et m’avoue ne pas trop aimer ce stage. Et pourquoi, donc ? Parce que je préférerais travailler plus près des gens, en pédiatrie par exemple, ou alors dans un service social. Mais je comprends qu’en cette période de Covid (tiens le revoilà, celui-là), on attend d’abord de nous des prestations « efficaces, froides et techniques » mais moi ce que je veux faire plus tard, c’est être au service des patients avec plus d’implication dans leur vie, plus de chaleur humaine. Je la rassure, réflexe de vieil enseignant, lui affirmant que ses paroles me touchent car elles témoignent d’une belle vocation et que si elle s’accroche à ses motivations sociales et qu’elle a confiance en elle, elle trouvera le chemin qui lui permettra de les mettre en œuvre. Il se présente une ou plusieurs opportunités dans tout parcours, lui dis-je, il faut y croire et… les saisir, c’est tout. Elle sourit derrière son masque, je le vois à ses yeux qui clignent quand elle me dit merci. Mais non, dis-je, ce n’est pas aux infirmières à nous dire merci, mais à nous, ceux qu’elles soignent. Pas d’accord, M’sieur, nous aussi, nous avons besoin de vous. Surtout maintenant !

(J’ai écrit ce texte d’une traite, sans relecture, ni correction, billet du cœur)

Sale boulot

Il travaille dans un décor magnifique, un joli parc au centre duquel un des plus beaux jardins fleuris de la région. En ce printemps, les roses sépias des magnolias s’accordent délicatement avec les tulipes blanches, bordeaux et lilas des parterres et les camaïeux verts d’eaux et d’algues de l’étang.

Et pourtant son job est à vomir. Je l’ai constaté de loin. Et j’ai eu des haut-le-cœur avec et pour lui. Il a sauté de sa camionnette en sifflant, un sac vide à la main pour remplacer celui du tonneau. C’est son travail, changer les poubelles pour que les sentiers du parc soient toujours accueillants. Mais quand il soulevé le couvercle métallique, je l’ai vu bondir en arrière et être secoué par des hoquets de dégoût.

Pourtant il doit avoir l’habitude. C’est son job. Qu’y avait-il donc de si répugnant dans le tonneau ? Il a repris son souffle, puis son courage à deux mains, s’est pincé le nez et a sorti le sac rempli de puanteur, l’a traîné et jeté lourdement dans la benne de sa camionnette. Il a encore toussé plusieurs fois pour ne pas dégueuler en plaçant le sac vide et propre dans le tonneau.

Et puis, il a sauté dans son véhicule et démarré sur les chapeaux de roue. La vie ne sent pas toujours la rose derrière ses beaux décors.

Merci M’sieur pour l’entretien de notre bright side of life.

C È koi ?

Quand j’étais rédacteur de pub, il arrivait que des « graphistes » me prennent le chou. Ceux qui estimaient qu’il était indigne de leur talent de créer une affiche compréhensible de tous. Ceux qui pensaient que les mots étaient des taches sur leurs œuvres. Ceux qui systématiquement rendaient les messages illisibles. Si j’ai toujours été convaincu qu’une bonne image ou un bon symbole valaient mieux que tous les mots, je n’ai jamais compris pourquoi certains « artistes » du pinceau ou du stylo digital torturaient les textes et les typographies sous prétexte que c’était plus beau, plus chic, plus culturel.

« Une affiche percutante, simple et claire, tu comprends coco, c’est banal et même vulgaire. C’est peut-être bien dans tes réclames mais pas en graphisme ».

J’ai revécu quelques-unes de ces discussions stériles en découvrant ce matin dans mon village de nouvelles affiches pour… euh… pour quoi en fait ? J’ai bien décrypté après quelques efforts qu’il était écrit « CULTURE EST ESSENTIELLE ». Oui d’accord… et quoi ? Je suppose qu’il s’agit d’une protestation contre le traitement du monde de la culture pendant la pandémie. Je dis bien je suppose et si c’est le cas, j’approuve le message. Mais pourquoi le rendre illisible, difficile d’accès et en plus (ceci n’est qu’un avis personnel) peu esthétique. Vous ne trouvez pas qu’on lui fait déjà assez de mal à la culture ?

Non, ce n’est pas si simple de réussir une affiche simple et forte.