Debout

Vague de décès autour de moi, un ancien condisciple de classe, un vieux confrère, une connaissance du tennis… Le Covid ? Non, l’âge. Bigre, à quelques années près, de plus ou de moins, le même que le mien !

Je n’irai pas à leurs funérailles, non que leur mort ne me touche pas mais j’ai décidé de ne plus me rendre, sauf pour la famille ou des amis, dans les églises drapées de noir, les funérariums ou les crématoriums. Je m’y fais du mal et je ne suis pas sûr que je fasse du bien à qui que ce soit en me fondant dans une assistance où personne ne me connaît et vice versa. Et puis surtout, devant le cercueil et les larmes des proches du défunt, je culpabilise de vivre encore en bonne santé alors que lui et moi sommes de la même génération.

Une (vieille) amie canadienne avec laquelle j’ai fait pas mal de ski de fond quand j’étais là-bas m’écrit dans sa lettre de vœux (j’entends son délicieux accent) : « J’ai appris lors d’un point de presse que le Premier Ministre a fait au début de la pandémie en mars 2020 que j’étais une personne âgée. À ce jour je ne m’étais jamais considérée comme une personne âgée. Ça m’a jetée par terre ».

J’aime cette expression que je n’avais jamais entendue et qui m’a fait sourire. Alors, je vais continuer, moi aussi, de ne pas me considérer comme tel le plus longtemps possible, j’ai envie de rester debout.

(Photo Dreamstime)

Théâtre

Il y a 400 ans naissait Molière. Cet anniversaire me fait évidemment penser à mon adolescence au Collège et la découverte du théâtre. J’aimais beaucoup et j’avais la secrète envie d’en faire un jour. Mais la vie en a décidé autrement. Ce qui ne m’a pas empêché de rencontrer, bien au contraire, dans le milieu de la pub où j’ai évolué toute ma vie professionnelle, les grands caractères de la comédie humaine : les tartuffes, les avares, les malades imaginaires, les femmes savantes, les imposteurs, les misanthropes… j’en passe et des meilleurs, ou des pires.

Mais Molière représente aussi pour moi mes débuts de ma carrière de copywriter indépendant il y a près de trente ans. J’avais eu l’idée, en effet, pour ma communication de lancement de me faire tirer le portrait par Paul Vercheval, excellent photographe et ami hélas décédé récemment, déguisé en Molière car j’ouvrais mon bureau dans la prestigieuse avenue bruxelloise du nom du célèbre auteur et comédien. Cette annonce a bien fait rigoler à l’époque.

Et moi d’abord ! Dans le grand théâtre de la réclame, j’ai toujours exercé mon « art » sans le prendre ni me prendre trop au sérieux. C’est probablement la leçon la plus importante à tirer de l’œuvre de Molière, savoir et oser rire de soi et de ses travers.

Sport

En tout égoïsme, je n’éprouve aucune frustration quand on ferme les centres de musculation et de fitness pour raisons sanitaires. Je m’en bats les… euh… l’œil car j’ai un centre sportif pour moi seul tout autour de la maison.

De quoi me faire du bien aux pectoraux en inspirant et expirant du bon air pur à fond les narines, de renforcer mes fessiers par des flexions successives debout-accroupi, debout-accroupi, quand je taille ou je plante, gonfler mes biceps en poussant ma brouette lourdement chargée de terre ou de bois et aujourd’hui, sous le soleil (mais oui, ça existe encore), en travaillant l’ensemble de mon corps d’athlète en répartissant une demi-tonne de graviers devant la maison dont le parking était rendu boueux et quasi impraticable par les généreuses draches de cet hiver.

500 kg, c’est 20 sacs de 25 kg qu’il faut soulever, déplacer, vider et répartir uniformément avec un râteau. Du rowing au shrug (les spécialistes apprécieront), rien de tel pour se développer les muscles du grand dorsal et du milieu du dos. Wikipedia précise que ces exercices sont également excellents pour travailler la partie postérieure des deltoïdes.

En rangeant ma brouette et mon râteau dans ma cabane, j’ai surtout senti que cela m’avait fait de l’effet dans le bas du dos. Et que demain, je pratiquerai la position assise et immobile 😉

Lumineux

Soleil en pleine tronche.

Il y a longtemps, trop longtemps, que je me suis habitué à la pénombre. Alors dès que la lumière éclate, elle m’aveugle. Je baisse le pare-soleil, des étoiles et des étincelles dansent dans mes yeux. Et je ne sais pas pourquoi, je pense soudainement à la prestation de Stromae au 20H de TF1 ce dimanche.

Bon, je ne vais pas ajouter mon grain de sel aux milliers (millions ?) de bravos pour le coup de génie médiatique du Maestro. Non, je suis juste perplexe, solidaire et à la fois adversaire des commentaires indignés de journalistes de Libé, L’Obs ou encore la RTBF qui déplorent le mélange incestueux de l’information et de la promotion. Il y a du vrai là-dedans. Mais je n’ai encore jamais entendu de critiques effarouchées à l’égard de Laurent Delhaousse qui sur FR2, la chaîne d’en face, invite dans le magazine Dimanche, juste après le Journal de 20h00 qu’il vient de présenter, des chanteurs, des comédiens ou autres artistes venus faire la promotion de leur actualité. Info et promo vont de pair depuis belle lurette, bien avant le coup de Stromae sur TF1. Si c’est pour vendre de la m…, je partage l’indignation mais si c’est pour élever l’âme des téléspectateurs, où est le mal ? Et dans le cas qui nous occupe, moi ce qui me fascine Encore plus, c’est moins le coup marketing que la chanson elle-même, L’enfer, dont les paroles me remuent jusqu’aux tréfonds de mon âme.

Et sans doute j’suis pas tout seul. Comment en quelques mots d’une rare simplicité, ce garçon classieux, sans verbiage ni pleurnichage, parvient à cristalliser le mal de notre époque, cet individualisme outrancier qui nous conduit à la solitude et la désespérance? C’est cela le vrai génie de Stromae, l’art de fédérer autour de quelques strophes, les émotions profondes de millions d’individus différents mais tous accablés par ces pensées qui nous font vivre un enfer.

J’ai écouté cette chanson en boucle depuis dimanche et même si la musique m’ennuie plus qu’elle ne me séduit, même si les paroles sont sombres, il y a un tel talent éblouissant chez ce poète de la com que je me sens prendre un sacré coup de vieux dans ce domaine et suis totalement ébloui par sa lumineuse manière de parler vrai, de toucher et de réunir les cœurs dans un monde où tout pousse au contraire à les isoler.

Vobra Maestro !

Roger, reviens

« Mon fils a été crucifié » ! *

Paroles de Dieu ? Non, cri du cœur pathétique du père du dieu du tennis moderne dont le visa a été annulé par les autorités australiennes pour cause de non vaccin anti-Covid. Depuis le début de la pandémie, Novak Djokovic joue « au-dessus » de la pandémie. En juin 2020, il se moque des restrictions sanitaires et organise un tournoi d’exhibitions dans les Balkans, l’Adria Tour, alors que le circuit du tennis professionnel est à l’arrêt. Quelques joueurs seront contaminés par le virus dont lui-même.

Aujourd’hui, il souhaite s’inscrire à l’Open d’Australie bien qu’il snobe la vaccination anti-Covid alors qu’elle est obligatoire pour pénétrer sur le territoire et participer au tournoi de Melbourne. Djoko n’est pas n’importe qui, il a pu obtenir une exemption médicale sans complaisance… mouais. Ce certificat n’a cependant pas convaincu les autorités australiennes et a provoqué un tollé auprès de la population locale qui, elle, respecte scrupuleusement et courageusement les contraintes des confinements et de la vaccination. Le Ministre de la santé est monté au créneau: pas question de privilège, champion du monde ou pas, la règle est la même pour tous, Novax comme d’aucuns l’appellent est menacé d’expulsion et son sort sera décidé ce lundi. Son clan, ses fans hurlent à l’injustice. Son pays, la Serbie, parle d’incident diplomatique.

Non mais allo quoi ? On rêve ? Cela fait des mois que Djoko connaît les règles de son tournoi fétiche. Alors, c’est simple, il les respecte et il joue. Ou il s’obstine à refuser le vaccin, ce qui est parfaitement son droit, mais dans ce cas il reste à la maison. Pourquoi ferait-on exception pour lui ?

C’est exaspérant à la fin, ce combat pour les droits mais pas les responsabilités, ces arguties pour la non-vaccination et le déni-mépris de ses conséquences, ça suffit les postures de martyrs.

Quand on est le leader mondial d’un sport dit de gentlemen, on a le devoir de l’élégance, je ne parle pas de celle de la tenue blanche exigée à Wimbledon, mais de celle de l’âme qui consiste à être un modèle de fair-play : respect des règles, considération pour le public, responsabilité morale envers les millions de jeunes qui vous admirent. Las, immense champion ne signifie pas forcément grand monsieur.

Roger, reviens !

(Dean Lewins/MaxPPP/Epa)

* Le Soir – 06 01 2022

Emm……

Un président se fâche et lâche un « gros » mot. Et tous les hypocrites montent au créneau ! Quoi ! C’est un scandaaale !

Le Président de la France, terre des Droits l’Homme et de la Culture, a osé dire ce mot horrible que tous, avouons-le, nous prononçons au moins une fois par jour. Moi, je vous l’avoue, c’est au moins vingt fois et je vous épargne les vraies horreurs que je me permets de penser ou de murmurer à voix basse. Ah quand je travaillais encore et que j’étais face à un client, un patron ou un collègue qui m’em…bêtaient, j’en ai pensé et même murmuré des gros mots, des vrais du genre cet exemple parmi mille.,  « va te faire fou… espèce de con…. ». Bon d’accord, je n’étais pas Président de la République et aujourd’hui, je ne suis même pas président chez moi. Alors…

M’enfin quand on est à la tête d’une grande nation, on ne dit pas des mots comme ça ! Cela aurait été plus classe quand même qu’il fronce les sourcils d’une colère contenue et lâche sur un ton contrarié : « J’ai très envie de chercher des noises aux non-vaccinés », vous ne trouvez pas ?

Je disperse, je ventile…

Un bon copain vient de quitter Facebook.

Ah zut alors ! Moi j’aimais bien te lire, tes vannes mais aussi tes réflexions et tes prises de position dans les conversations/débats houleuses où, hélas, personne ne convainc plus personne mais assène ses vérités, souvent peu ou pas du tout vérifiées. Ouvrons la parenthèse (Max mon petit-fils de 12 ans suit des stages d’utilisation des réseaux sociaux et la séance d’hier était justement dédiée à la détection des fake news. Pas toutes évidemment, certaines sont difficiles à identifier, mais ça nous ferait déjà des vacances si tout le monde en faisait autant). Fermons la parenthèse.

Tu n’en pouvais plus, dis-tu, des abrutis (sic) qui salissent ton mur et tu as donc décidé de te désinscrire. Mais pourquoi ? C’est toi que tu punis.  Il n’y a pas que des abrutis sur Facebook, tu as aussi quelques amis, non ? Oui mais ce sont les abrutis que tu attires, question d’algorithmes, tu ne sais pas te taire, me confies-tu, et tu t’exprimes sans filtre au premier, au deuxième et même au troisième degré. Alors, chez ceux qui ne comprennent pas ou n’apprécient pas, ça choque, ça dérange et boum, ça pète. Tu te fais couvrir d’insultes ou bannir du réseau, parce que tu ne respectes pas les règles de bonne conduite (?!?).

Mais voyons, il y a longtemps qu’il ne faut plus « débattre » sur Facebook. Les malfaisants, les toxiques et les bas de plafond ont pris possession des fils de conversation. Quelque soit le sujet, surtout s’il s’agit d’un thème controversé, ils débarquent avec leurs certitudes, leurs extrémismes ou leurs provocs, parfois aussi avec leurs fautes de raisonnement, de syntaxe et d’orthographe (ceux qui écrivent mal diront que je suis méprisant, m’en fous…) et te pourrissent ta balade sur le trombinoscope qui t’a retrouvé des potes perdus de vue et permis d’en gagner de nouveaux. Oui, c’est (c’était ?) une belle idée Facebook, tu ne trouves pas ? C’est grâce à ce réseau qu’on se parle encore aujourd’hui sinon je ne saurais même pas si tu es encore vivant. Oui, Facebook au départ, c’était comme le pré où il y a du bonheur mais c’est devenu un terrain comme on en trouve désormais beaucoup dans nos villages transformé en dépôts d’ordures clandestins.

Je te le répète ainsi qu’à moi-même, il ne faut plus « débattre » sur Facebook mais uniquement redonner à cet outil sa raison d’être : entretenir et développer de bonnes relations avec des amis (anciens ou nouveaux). Les discussions, les polémiques, les conflits, non merci.

Maintenant, si tu tiens absolument à débattre, c’est-à-dire échanger, écouter, t’exprimer, fais-le dans la vraie vie, autour d’une bonne bouffe ou d’un verre. Et pourquoi pas au Café du Commerce, si tu souhaites que ça chauffe. Là au moins, ça se passe les yeux dans les yeux et avec qui tu veux. Comme je l’ai suggéré ce matin, pourquoi te désinscrire et te punir ? Désinscris plutôt ceux qui polluent ta liste d’ « amis ».

Moi, c’est ce que je vais faire cet après-midi.

Normalitude

Ah ! le bonheur de retrouver mon vieux jeans et mon pull troué, de redescendre au jardin, botté contre la boue et anoraké contre la drache.

Passer à nouveau un peu de temps avec les poules, les pies, les mésanges et les choucas. Manger à nouveau normalement, sans bulles ni bougies, préparer et savourer une succulente bouffe de tous les jours, aujourd’hui paupiettes, patates et chou-rouge accompagnés non pas d’un grand cru mais d’une blonde de l’Abbaye d’Aulne. Et puis m’asseoir dans le fauteuil, pieds en chaussettes posés sur le rebord du feu ouvert, avec sur les genoux un nouveau bouquin ouvert à la page 1 que je vais prendre le temps de lire, doucement, c’est un gros volume de E-E Schmitt, le deuxième tome de la saga « La Traversée des temps » : La Porte du Ciel.

Après les feux d’artifices et les délices des fêtes, Noël en famille, Nouvel An avec des amis chers à la maison, quelques excursions à gauche et à droite, revoici la douceur quotidienne, le retour au day to day, expression que l’on haïssait dans mon milieu de travail où il fallait que ça bouge, que ça spitte, que ça brille tous les jours. Moi, aujourd’hui, j’aime quand quasi rien ne se passe, qu’on entend juste le roucoulement de deux tourterelles dans l’arbre ou le tambour des gouttes sur les ardoises du toit. Oui, j’aime quand les guirlandes de Noël ont cessé de clignoter, que les fêtes ont été réussies mais que maintenant elles sont finies. Oui, j’aime retrouver quelques habitudes, préparer le repas du vendredi pour mes loustics, retourner au foot le samedi si le Covid est d’accord, rejouer au tennis le mardi (et aussi le jeudi) si mon pied tient le coup. Yesss, je me sens d’attaque pour une nouvelle année de petits bonheurs et tant pis si on dit que je n’ai pas de grandes ambitions. Je sais ce que j’ai dans un coin de ma tête, en rêves et en mots, au bout des doigts sur mon clavier ou à la pointe de mon crayon sur le papier.

Mais cela, c’est ce que j’appelle mes contes ordinaires, ma bravitude du quotidien.

Ciel !

Je lève les yeux et me les frotte ce matin, enfin le ciel n’est plus gris et ne pleure plus sa bruine et son crachin. Il s’ouvre même sur quelques rayons de soleil et mers d’azur.

Oh ! regarde l’avion ! Il s’éloigne des nuages et file vers le bleu. Et si c’était un présage en ce dernier jour de 2021 ? Croisons les doigts et en route vers de nouvelles aventures en 2022.

Bonne année !

Vœux

Que vous souhaiter pour 2022 ? Un seul mot me vient à l’esprit.

Un mot que l’on prononce machinalement quand on lève son verre mais devenu tellement plus précieux en ces temps de pandémie que les habituels chance, succès, amour, prospérité qui brillent sur les cartes de vœux.

Oui, ce que je vous souhaite en levant ma coupe et en vous regardant droit dans les yeux, c’est ce mot magique et rien d’autre : « SANTÉ! »