Vive les Verts !

La télé ronronne, je suis fatigué, la semaine a été chargée. J’ai regardé d’un œil l’agréable match des Diables Rouges contre les Bleus de Bosnie dans la gadoue de Sarajevo. Et maintenant, je somnole et ouvre l’autre œil de temps à autre pour le refermer aussi vite devant les Bleus de France face aux Blancs de Bulgarie. Match soporifique et déplaisant : trop de crampons traînent sur les mollets, trop d’agressivité sournoise, trop de phases de jeu qui n’aboutissent pas, seulement un but. Et surtout pas de joie de jouer, la partie est rude, seul le résultat compte.

Le match le plus emballant du jour est de loin celui auquel j’ai assisté ce matin. Entre Zuun et Linkebeek. Entre d’autres Bleus et des Verts, des petits footeux d’une dizaine d’années mais grands marqueurs. Score en fin de jeu : 9-6 pour les Bleus de Zuun. Awen, capitaine des Diablotins Verts s’est battu pour et avec ses copains et a inscrit quatre des six goals. Match perdu mais avec les honneurs et le sourire.

Et puis ici, quand un coup de pied se perd, quand un crampon accroche un mollet, ce n’est jamais volontaire, c’est juste maladroit et on entend aussitôt le coach crier: ” Va vite t’excuser près de l’autre joueur”.

Bref, c’est ce match frais et pétillant comme un jus de pomme que j’ai préféré. Allez les Verts !

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Age before beauty

C’est ce que m’a dit, pour rire,il y a quelques jours,  un « jeune » collègue et ami de l’école en m’ouvrant la porte de la salle de réunion et me laissant passer devant lui. J’ai souri évidemment mais quelque part au fond de moi, comme au combat naval, j’ai été «touché».

L’âge aujourd’hui, dans notre civilisation dédiée au jeunisme, ne serait plus compatible avec la « beauté » et la séduction. La dernière saison de la vie ne serait plus que rouille, rides, décrépitude, enlaidissement.

En cette fin d’été indien, j’ai descendu dans mon jardin pour y cueillir un rayon de soleil et y prendre quelques photos. Dans un petit coin de la prairie des poules, à l’abri du vent et de la pluie, vieillissent, rouillent et se ternissent quelques boutons de roses.

En toute tranquillité et splendeur. Age before beauty ? Really ?

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Journée pédagogique

En début d’année scolaire, les instituteurs prennent un jour ou deux de distance avec leurs classes pour réfléchir ensemble au nouveau cycle qui commence. Ce sont les «journées pédagogiques ». Les enfants, eux, sont en congé, les plus chanceux chez leurs grands-parents. C’est le cas de Max.

Mais « congé » chez Mamie, ça ne veut pas dire le derrière calé dans le fauteuil devant la télé ou la tablette toute la journée. Bon, un petit peu quand même. Non « congé » rime avec couleurs, pinceau et eau. Et aujourd’hui, avec bateau.

On peint des barques, on rêve de ports de pêche et d’îles en Méditerranée. On croirait entendre la brise légère sur une plage.

Et pendant ce temps-là, dans la cuisine, le ca(pa)pitaine fait des vagues dans l’eau de vaisselle. À chacun ses horizons.

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Dins l’bwè

Chaque année quand revient l’automne et que les odeurs de feuilles sèches et de bois mouillé me chatouillent les narines, mon esprit vagabonde dans mes deux années passées – de plus en plus lointaines – de l’autre côté de la grande mare.

C’était dans les eighties, quand je travaillais la semaine à Montréal et le week-end (pardon, là-bas on dit « la fin de semaine ») à Piedmont, près de Saint Sauveur, où j’avais la chance de jouer au coureur des bois dans l’immense propriété sauvage d’un ami. Je dis bien « travailler » le week-end ! Par tous les temps, sous la neige ou un ciel d’acier, avec le grand André – prononcez le grind Indré – qu’est-ce que j’en ai abattu, débité et brûlé des épinettes, ces conifères qui poussent comme des mauvaises herbes et qu’il fallait absolument dégager pour tracer un chemin dans la forêt vers la clairière où André allait construire sa magnifique maison-chalet.

Que de souvenirs, d’odeurs surtout : l’essence de la tronçonneuse, la sciure du bois résineux, la fumée âcre des branches et des aiguilles qui couvent sous la cendre, l’arôme mousseux de la Labatt fraîche après le travail et puis le fumet du barbecue dans la cheminée.

Chaque année, quand revient l’automne et ses couleurs de feu, je me revois fringant bûcheron de carte postale et je me remets à jouer dans mon petit coin de Québec au fond de mon jardin où je rentre mon bois de chauffage, cette année 6 stères soit une trentaine de brouettes. L’hiver ? Même pas peur.

Fais du feu dans la cheminée – Je rentre chez moi – Et si l´hiver est trop buté – On hibernera Je reviens chez nous (Jean-Pierre Ferland)

IMG_7587.jpg Obaix – Belgique (Automne 2017)

Capture d’écran 2017-10-04 à 16.37.25.png Piedmont- Québec (Hiver 1986)

 

 

 

 

 

 

 

Boum-Boum

Je balaie l’assemblée du regard, il y a Alain, Eddy, Eric, Bernard, François, Benoît… des vieilles connaissances de la pub. Tous ces types ont du cœur, ils sont venus soutenir Michel, un ancien de la réclame aussi, aujourd’hui écrivain, qui présente ce soir chez Filigranes son deuxième roman: « Ce qui manque à Amédée »* – Michel Goldblat (éd. Mols). Une histoire dont le formidable pitch, comme toute grande idée tient sur un post-it: «Comment vit-on quand on n’a pas de cœur ? »

Le mercredi seize juin mille neuf cent soixante-quinze est né Amédée, un bébé de trois kilos neuf cents grammes qui se portait bien. Enfin, on croit. Car, signe particulier, l’enfant n’a pas de cœur. Pendant près de 250 pages, nous allons suivre sa vie. Mais comment sera-t-elle ? D’ailleurs, pourra-t-on parler de vie ? Comment ça se passe, en effet, quand c’est le silence total à l’intérieur ?

Je n’ai lu que quelques pages à l’heure où j’écris ces lignes mais j’ai déjà envie de partager mes premières impressions et de donner un petit coup de pouce à ce livre. En moins d’une heure, j’ai déjà eu chaud et froid et quelques pincements au… cœur. J’ai déjà souri et j’ai déjà cligné de l’œil.

Sans doute ne suis-je pas totalement objectif, je connais Michel Goldblat depuis longtemps, et l’ai même côtoyé de près ces dernières années. Je suis donc sincèrement heureux qu’il ait mené à bien ce second projet littéraire, 20 ans après son premier bouquin qui m’avait bien « scotché » à l’époque. J’avais en effet lu d’une traite « D’amour et d’ordure » (éd. Plon), l’histoire abracadabrante et irrésistible d’un héros qui puait et qui m’avait tenu, comme je l’ai dit alors en riant à Michel, en mauvaise haleine jusqu’à quatre heures du matin.

Je crains que l’humour et les rebondissements de « Ce qui manque à Amédée »* ne m’empêchent aussi de dormir cette nuit, bref que cette histoire sans cœur ne fasse boum-boum dans le mien jusqu’aux petites heures.

* http://www.editions-mols.eu/publication.php?id_pub=177

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Services (si peu) publics

Nouvelles restrictions à la SNCB : 33 gares sont touchées dont celle de Luttre où l’on supprime désormais le seul guichet ouvert. Bon, d’accord, il y a des catastrophes bien pires au sommaire des infos de ce soir* à la télé.

Mais j’ai relevé celle-ci parce qu’elle frappe ma commune et surtout pour le commentaire surréaliste du porte-parole de la société des chemins de fer qui affirme sans rire au journaliste qui l’interviewe à propos des nouvelles mesures qui visent à déforcer les petites gares pour renforcer les services des plus grandes que « derrière ces choix, il y a tout un raisonnement, l’ADN de la SNCB c’est de travailler pour le plus grand nombre de nos concitoyens, de nos voyageurs mais aussi des personnes à mobilité réduite». Bon sang mais c’est bien sûr !

Lui, quand viendront ses cinq dernières minutes dans l’entreprise, quand on lui donnera son C4, je suggère qu’on lui dise sans rire que c’est pour son bien.

* JT 19.30 – 2 oct 2017 – min 24.50

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Désunion

Triste d’entendre, une fois de plus, une majorité de population voter pour se séparer d’une autre. Je ne connais pas vraiment les raisons, mais probablement sont-elles comme toujours fondamentalement irrationnelles. Le dégoût pour l’Espagne auquel est arrivé une grande partie de la Catalogne est pour beaucoup peu explicable et justifié. On ne s’aime plus tout simplement, ras le bol, on ne se supporte plus, on se sent spolié par l’autre, on veut “autre chose”. Comme la plupart des divorces entre couples, en somme.

En entendant ce matin la nouvelle du succès du vote indépendantiste, je n’ai pu m’empêcher de penser à deux amis très proches qui n’en peuvent plus – on se demande pourquoi – d’être ensemble et qui se déchirent au propre comme au figuré : dans le partage de leurs affaires, ils ont même coupé en deux des toiles et arraché des pages de livres qu’ils ne supportaient pas laisser à l’autre.

On en est là dans de nombreuses régions, régulièrement entre Nord et Sud, l’union ne fait plus la force, l’union c’est ringard, c’est désormais de plus en plus chacun pour soi. Certains élus de chez nous seraient même partis sur place pour « voir comment ça se passe ». Sans doute pour observer comment on s’invective et que l’on se jette des assiettes à la tête: on ne sait jamais, ça peut toujours servir.

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