Recyclage

Quelle chemise vais-je mettre aujourd’hui ?

La bleue à petites fleurs blanches est une de mes préférées et comme elle est au dessus du petit tas dans la garde-robe, c’est elle que je prends. Elle a déjà traversé quelques années et quelques modes mais elle est toujours là, elle survit, je la garde. Mais elle n’est plus ce qu’elle a été. Elle est fatiguée, usée au cou et aux poignets mais toujours robuste du dos. Un peu comme moi.

Si ma mère était encore là et me voyait la porter, je crois bien qu’elle se mettrait en colère. « Tu ne vas quand même pas t’habiller avec une vieillerie pareille, donne-moi ça tout de suite, je vais te l’arranger ». Et hop, elle aurait pris ses ciseaux, coupé le col, actionné le pédalier de sa vieille SINGER® et l’aurait recousu à l’envers.

Que de chemises n’a-t-elle pas ressuscitées, de chaussettes reprisées, de pantalons rapiécés. « Quand on a cinq garçons, Monsieur, on ne passe pas ses journées à se tourner les pouces, on entretient la garde-robe de la famille pour transmettre les vêtements des plus grands aux plus jeunes. Et on pique, on coud, on tricote, on crochette tous les soirs, weekends compris. D’ailleurs, « weekend » qu’est-ce que ça veut dire, c’est un mot que je ne connais pas ? ».

C’est comme « recyclage » qui n’existait pas à son époque, ma mère en était la reine mais en faisait, comme l’autre de la prose, sans le savoir.

IMG_5391.jpg

 

53e28-img_20141016_124934_023c 2.jpg

Pluie jardinière

Mais où ai-je donc rangé mon anorak de jardin ?

Depuis le temps qu’il ne pleut plus ou presque dans ce pays, je travaille dehors en chemise carreautée (souvenir québecois) et en short… et j’avais oublié combien la pluie mouille.

Cet après-midi, elle a tombé sans discontinuer, je trouvais ça agréable, enfin de l’eau en quantité suffisante pour mes plantes, mes fleurs, mes arbres… mon vieux chêne aux feuilles toutes racornies par la sécheresse et l’oïdium avait l’air de beaucoup apprécier. Je suis resté à l’abri quelques temps sous sa ramure et l’entendais presque respirer de plaisir. Sur son tronc, de nombreux petits insectes couraient exaltés par le chant des gouttes, l’araignée se balançait dans sa toile et les fourmis rouges joggaient joyeusement dans les nervures de l’écorce humide. Avec mon sécateur, j’ai coupé les gourmands, ces petites branches qui poussent au pied de l’arbre et le déforcent ainsi que les tiges trop abîmées.

Mais la pluie de plus en plus insistante m’a obligé à retourner dans mon garage et à le fouiller à la recherche de mon vieil anorak que j’ai retrouvé chiffonné au fond de  l’armoire à brol.

Dès que je l’ai eu sur le dos, j’ai repris le boulot de plus belle, il peut dracher toute l’eau du ciel, je m’en fiche, je me sens comme un poisson dans l’eau. J’ai coupé, taillé, désherbé, égalisé, éclairci, bêché, ramassé pour un résultat final impeccable et… invisible. C’est ainsi que j’aime mon jardin, quand on ne voit pas qu’il vient d’être remis en ordre, qu’il ne ressemble pas à quelqu’un sortant de chez le coiffeur rasé à la hache, taillé au carré : rien n’est plus laid, selon moi, qu’une haie coupée au cordeau, rectiligne comme un mur ou un gazon tondu comme un caniche après le toilettage.

La pluie a cet avantage d’obliger le jardinier à laisser ses outils électriques et brutaux dans la remise et à n’utiliser que son sécateurs manuel, ce qui permet un travail lent et une coupe en douceur. Elle l’invite aussi à regarder ses plantes de près tant elles sont belles et scintillantes sous ses perles d’eau.

La pluie donne également un sérieux coup de main au nettoyage des sentiers, les mauvaises herbes (pardon, les indésirables) s’arrachant beaucoup plus facilement car les racines s’accrochent moins dans un sol humide.

Bref, j’ai passé une belle après-midi de travail bien arrosée. J’étais fourbu et trempé comme un canard en fin d’après-midi, mon vieil anorak avait oublié que la pluie non seulement ça mouille mais ça perce, ça coule dans le cou , ça dégouline dans le dos, ça met de la bonne humeur dans le jardin.

Depuis le temps !

Capture d’écran 2019-08-17 à 19.20.56.jpg

IMG_5381.jpg

IMG_5383.jpg

IMG_5388.jpg

IMG_5382.jpg

IMG_5380.jpg

 

Mon aquarium bleu

Sur les étagères d’un ami est exposée, devant ses livres, une vaste collection de modèles-réduits. « Tu as gardé les Dinky Toys de ton enfance ? – Non, il s’agit de tous les véhicules que j’ai conduits dans ma vie. Tu vois celui-ci… » me répond-il en désignant un ancien camping-car VW bleu-ciel «… c’est notre camionnette du bonheur, c’est avec elle que nous sommes partis en voyage pour la première fois, Nathalie et moi, en 1970. Et depuis, je peux te dire que nous en avons parcouru des kilomètres ensemble » et il embrasse son épouse sur le front pour confirmer sa déclaration.

Je souris car il ne me viendrait jamais à l’idée de m’attacher ainsi à des objets. Moi, ce que je garde, ce sont mes livres, mes photos et mes carnets. Ce sont eux qui me replongent dans mon passé heureux quand je le souhaite.

Du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à ce matin. En prenant le café chez Philippe, mon frère cadet, je remarque dans un coin de son salon mon premier iMac, lui bleu-mer. Et aussitôt, me sautent à la mémoire mes débuts de copywriter indépendant, un tsunami de sensations plus que des souvenirs précis. Comme une madeleine de Proust, ce iMac me transporte instantanément trente ans plus tôt dans mon nouveau bureau, quelques mois après le décès de ma mère; je revis intérieurement ma tristesse d’alors mêlée à l’excitation de ma nouvelle liberté professionnelle. Cette fulgurance de mémoire « involontaire » est tellement plus authentique que mes souvenirs recréés et souvent déformés par l’écriture. Comme l’aurait dit Proust, je retrouve un peu de mon « essence ». Remontent en moi par bouffées les joies mais aussi les angoisses de mes débuts de créatif solitaire dans cette belle mansarde louée dans une maison art-déco de la prestigieuse Avenue Molière à Bruxelles.

Et tout à coup une image souriante occupe tout mon esprit, celle de l’annonce que j’avais publiée dans le magazine de la profession pour communiquer mes nouvelles activités. Après une longue fouille dans le bazar accumulé dans mon armoire secrète, je l’ai retrouvée et la partage avec vous ci-dessous.

Cet iMac que j’ai donné à mon jeune frère quand je suis passé à du matériel plus conséquent sert encore aujourd’hui à Hugo, le petit-fils de sa compagne: il tapote sur le vieux programme Word et apprend ainsi à écrire. C’est au fond la vocation de ce vieil « aquarium bleu-mer » : nager entre les mots et voguer vers la liberté. Vas-y Hugo !

IMG_5363.jpg

Molière.jpg

 

Putaclic

Définition Wikipedia : Un piège à clics (en anglais, clickbait : « appât à clics »), appelé vulgairement pute à clics, ou putaclic, est un contenu Web destiné exclusivement à attirer le maximum de passages d’internautes afin de générer des revenus publicitaires en ligne, au mépris de toute autre considération.

À chaque été, à peu près à la même période, je publie la photo d’une bande de vieux gredins, ex-complices de pub, se retrouvant autour d’une bonne bouffe de moins en moins copieuse et d’un verre de vin de moins en moins plein… goutte, foie, prostate ou autre bricole gériatrique obligent !

Et à chaque été, c’est le même engouement, le même tsunami de clics/likes, tous ces vieux loustics suscitant de bons souvenirs (enfin, laissons nous croire comme diraient nos amis du Nord).

Cette année manquaient à l’appel Phil Fouya cloué au pieu par un sale microbe en dernière minute mais on vous rassure ça va déjà beaucoup mieux et JPP bloqué par un technicien réparant un truc chez lui (chauffage, plomberie ou studio musique, j’ai pas trop compris quoi). On sera donc obligé de remettre le couvert et le(s) verre(s) au plus tôt pour compléter la photo sur laquelle manque aussi l’ami Paul Fastré masqué par Françoise. Dommage car son beau visage toujours jeune aurait certainement rapporté quelques émoticônes supplémentaires.

Alors, n’hésitez pas, lâchez-vous : les petits pouces levés, les cœurs, les rires, les wouah sont les bienvenus.

Maintenant, moi je dis Putaclic… mais rien ne vous empêche de penser Têtaclacs 😉

Capture d’écran 2019-08-14 à 18.54.06.png

 

Survie

Balade au bord d’une rivière ardennaise et déjeuner entre-hommes avec Maxime, mon petit fils:

– Elle était bonne ta truite, papi ?

– Délicieuse

– Pourquoi tu ne manges pas la tête alors ?

– La tête ?!?!!?

– Oui, la tête et les yeux !

– Mais c’est dégueu…

– Pas du tout, j’ai vu à la télé des gens égarés dans une forêt traversée par une rivière attraper un poisson à main nue et le dévorer tout entier… ils disaient même que le meilleur c’est les yeux… c’était un reportage sur une opération-survie…

– Beurk… mais je ne survivrais pas si j’étais obligé d’avaler ça !

IMG_5353.jpg

IMG_5319.jpg

 

Touche pas à ma terre

À chaque retour de vacances en France, on ressent un peu de déception.

De la frontière belge d’ Hensies jusqu’à la sortie de Gouy-lez-Piéton pour rejoindre mon village d’ Obaix, le paysage est nettement moins séduisant, l’autoroute en piteux état et l’architecture des villages hennuyers assez moche. Rien à voir avec l’élégance des villas Belle Époque de Cabourg, les châteaux et manoirs du Calvados et de l’Orne ou encore les belles étendues vertes et vallonnées de – je précise – la douce Basse Normandie à ne pas confondre avec la Haute Normandie (dixit Jean-Yves, un ami normand avec lequel j’ai passé deux jours au retour).

Chauvins ces Français ! Moi ça me fait rire car nous les Belges (pas tous mais la majorité quand même) ne sommes pas si fans de notre pays, notre terre, notre patrimoine… Quoique.

En retrouvant mon jardin ce matin, assoiffé depuis une trop longue absence de pluie comme un Belge privé de trappiste, j’ai extirpé du sol aride trois plans de pomme de terre réduits en tiges ultra-desséchées envahies par les liserons et les chardons. Juste pour constater l’improbable récolte. Et là, miracle : les lingots d’or à frites sont nombreux.

On se fiche peut-être de nos racines en Belgique. Mais on est tellement fiers de nos tubercules !

IMG_5266.jpg