Méchant

Avec mon petit-fils Cyril, nous regardons son grand frère Awen jouer au foot. Cyril grignote un paquet de chips et de temps en temps, il m’en donne, les moins grosses. Soudain, nous sentons une présence derrière nous. Un grand chien noir a posé son museau sur le sachet. Cyril ne dit rien, prend un bout de patate salée et le donne au molosse qui le bouffe.

Nous entendons alors un cri, celui de sa maman paniquée qui se trouve plus loin avec d’autres mamans de joueurs et qui s’adresse à moi : « Mais papa, fais attention, t’as pas vu l’énorme chien près de Cyril ? ».

Je comprends son stress, elle s’est fait attaquer par un chien dans la rue il y a quelques années et a failli perdre la moitié de son mollet. Je jette rapidement un œil autour de moi et aperçois parmi les supporters de l’équipe adverse, à quelques dizaines de mètres de nous, un gars avec une laisse en mains… sans chien au bout.  « Dites, c’est à vous, ce grand chien noir ? Vous ne voudriez pas le garder en laisse ? » – « Oh ! ne craignez rien, il n’est pas méchant, il ne mord pas ! ». Le propriétaire de celui qui a agressé ma fille disait la même chose.

Je lui réponds du tac au tac: « Votre chien n’est peut-être pas méchant mais gardez-le quand même en laisse… mon petit fils, lui, est agressif et il mord ». Cyril me jette alors un regard fâché: « Mais papi, je ne suis pas méchant et je ne mords pas ».

« Moi je le sais, Cyril, mais méfie toi du chien, lui, il ne le sait pas ! ».

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Drôle de temps

Cabrel chante dans ma voiture

Sale temps sur la planète

Oh le drôle, le drôle de temps

Je pense aux pluies acides

Et à la nuit qui suivit

D’éclairs et de flammes

Francis chante encore

Porter secours c’est défendu

Le monde autour est sourd, bien entendu

Alors je lève les yeux

Et je vois un peu de bleu

Du moins c’est ce que je veux

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a-phone

Oh m…., où est-il ? J’ai beau fouiller mes poches, je ne le trouve pas. Serait-il tombé sous la table ? Je me penche, je ne vois rien. Au secours, où est-il ? L’aurais-je oublié quelque part ?

Ah non, il sonne. Ouf. Dans la poche intérieure de ma veste ? Mais non, ce n’est pas mon smartphone qui sonne, c’est celui de la dame de la table voisine. Pourquoi a-t-elle la même sonnerie que moi celle-là ? Je me sens nu(l) là sans mon appareil à tout faire. Bon, qu’est-ce que je fais ?

Soit je vide cul sec l’Orval qu’Angelo vient de me servir et je cours jusqu’à ma voiture garée à dix minutes d’ici pour voir si je ne l’ai pas laissé sur mon siège. Ou alors, je m’en fiche. Va pour la deuxième option.

Je bois à l’aise, j’épluche le journal, je note dans mon carnet les idées qui passent, je fais comme si je n’avais pas besoin de ce truc. Je vis « sans », comme pendant soixante ans de ma vie. En fait, je n’en ai pas vraiment besoin de ce machin. Les tweets du dingue, ils sont quand même imprimés dans la gazette (et je pourrais très bien m’en passer). Les photos que je prends toutes les cinq minutes, je peux les remplacer par des croquis, merdiques d’accord mais suffisants comme aide-mémoire. Quant aux mails et textos que je vais voir toutes les cinq minutes… même s’il n’y en a pas, je ne peux effectivement pas les remplacer… mais est-ce que j’attends vraiment un message cet après-midi ? Non.

Alors cette absence d’iPhone, en fait, ça ne peut me faire que du bien, une petite cure sans écran. Je vais laisser courir (ou flâner) la mine de mon crayon sur le papier et ouvrir (ou fermer) les yeux sur mon bouquin que, ouf, je n’ai pas laissé dans la voiture.

Je prendrais bien un deuxième verre, tiens, et une assiette de petits cubes de fromage.

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Respiration

Elle roucoule là-haut dans les branches du saule pleureur. On dit également qu’elle caracoule. Bref, la tourterelle chante sans souci, comme la cigale, elle s’en fiche. Les autres oiseaux du jardin aussi.

Comme l’écrit Jean Teulé dans Cui-cui, la nouvelle qui inaugure son joyeux recueil Comme une respiration (éd. Julliard) en évoquant sa vieille maison en pierres où nichent mésanges, hirondelles et autres alouettes, « Ça tire là-dedans, turlute, carcaille. Ça siffle, pépie, zinzinule, dans toutes les langues d’oiseaux migrateurs ou endémiques (…) D’un footballeur aux allures de grande poule disant de la France que c’est un pays de merde, les oiseaux de la bâtisse s’en foutent (…) Des propos d’un ancien ministre sur le gouvernement actuel, ils n’ont rien à branler ». Bref, dans les haies de mon jardin, comme partout, les oiseaux s’en battent les c……. de nos histoires, de nos querelles, de nos missiles. Depuis des siècles et des siècles et pour des siècles encore.

Je viens de lire le dernier roman, terrible dans tous les sens du terme, de Jean Teulé Entrez dans la danse (éd. Julliard) inspiré de l’horrible épidémie de la danse de Saint Guy qui vit des centaines de malheureux mourir d’hystérie dansante dans la misère, la douleur et la crasse de Strasbourg en 1518, abandonnés par toutes les autorités, aussi bien religieuses que civiles. Une allégorie terrifiante aux échos contemporains.

J’ai eu besoin de légèreté après cette lecture dure et crue mais la plume de Jean Teulé (dont je n’avais encore jamais rien lu) m’avait tellement épaté que lors de ma promenade de ce matin au Furet du Nord à Lille, j’ai acheté son recueil Comme une respiration, le titre me semblant de circonstance et prometteur.

Dès mon retour à la maison, je me suis assis au jardin, le soleil du printemps ayant la bonne idée de me tenir compagnie, sur mon banc du « temps qui passe » (comme celui d’Hubert Reeves) et de savourer quelques pages de bonne humeur loin de la morosité du monde. Et comme tous les pioupious qui m’entourent, de bien m’en contrefoutre aussi.

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Gastéro-potes

Après les bulots, bigorneaux et autres caricoles de mer, j’ai retrouvé les petits escargots de mon jardin. Le printemps et ses douces températures les ont fait sortir de la terre où ils ont hiberné. Il y a mon copain – et copine aussi car il est hermaphrodite – le Cepaea hortensis qui bouffe les feuilles de mes fruitiers et le (ou la) Cepaea nemoralis qui grignote mes haies et les buissons de mes talus.

Même s’ils font un peu de dégâts, ils n’ont rien à craindre de moi, non seulement je tolère leur présence, je l’apprécie. Leurs coquilles joliment décorées et leur cool attitude m’invitent à la méditation entre ma brouette, mon sécateur et mon râteau.

C’est fini pour moi de flâner en bord de mer, j’ai repris mon travail de jardinier mais sans forcer : premiers nettoyages des pelouses, sentiers et parterres rien qu’à l’huile (douce) de coude. Sans la moindre goutte de phyto produits : faut pas faire de tort à mes petits gastéropotes.

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Huître(s) de Bretagne

– Alors, Cyril, c’était bien tes vacances en Bretagne ?

– Méga-bien, papi !

– T’as fait de la planche avec papa ?

– Oui même que je n’avais pas froid et j’ai aussi fait du cerf-volant avec mon frère !

– Et t’as mangé des huîtres pour la première fois ?

– Oui

– C’était bon ?

– Bof… pas trop…

– Ah ? Tu en as goûté beaucoup ?

– Euh… environ…une

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Diableries

Beau ciel ce matin mais toujours mal de mer au réveil. Mes otolithes ont à nouveau des envies d’escapades ce qui m’oblige, moi, à ne pas me déplacer sur le quai des bateaux trop près du bord sous peine de bonjour rapproché et éclaboussé aux dorades et plies.

Alors aujourd’hui, ce sera encore terrasse sur le petit port avec l’ami Jacques et ses sublimes Paroles. Tiens, là, il me fait déjà sourire avec son diable d’Épiphanie : « il devient tout à coup très joyeux – et il se couche sur le brasier – avec une grande flamme blanche – comme oreiller – et il ronronne tout doucement – comme le feu – comme le chats quand ils sont heureux – et il rêve aux bons tours – qu’il va jouer au bon Dieu. »

Bon lundi farceur à vous aussi.

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