Critique d’art

Marie-Thérèse nous emmène, mes trois petits-fils et moi, dans un restaurant italien où une de ses amies a accroché quelques-unes de ses aquarelles, entre paysages et abstractions dans les gris et les jaunes.

« Qu’en pensez-vous ? » nous demande-t-elle. « Pas terrible » répondent les gamins. Et Cyril continue « Moi je préfère tes peintures, Mamie, je trouve que tu dessines mieux qu’elle. »

Entre nous, moi aussi.

IMG_8362.jpg    Esquisses et essais pour une nouvelle série d’aquarelles printanières.

Capture d’écran 2018-02-17 à 12.46.09.png                                    Le jeune critique

 

Rien à foutre

Pour mon anniversaire, un ami m’a suggéré de lire « The Life-Changing Magic of Not Giving a Fuck » de Sarah Knight, la méthode pour arrêter de passer le temps qu’on n’a pas avec des gens qu’on n’aime pas à faire des choses qu’on ne veut pas faire.

J’ai suivi son conseil, j’ai commandé le bouquin en français (plus facile) et ai entamé sa lecture ce soir pendant l’entraînement de foot de mon petit-fils en sirotant une Val Dieu, une bière d’abbaye, sélection du mois de la buvette du club. Un sacré bon moment pendant lequel je n’ai pas écouté une seule conversations autour de moi, n’ai pas râlé quand des enfants entraient et sortaient sans arrêt en laissant la porte grande ouverte, n’ai pas sorti une seule fois mon iPhone de ma poche pour vérifier si un message m’avait été envoyé, n’ai pas jeté le moindre coup d’œil à ma montre… En fait, je me suis concentré sur l’unique chose qui m’intéressait vraiment à ce moment-là, à savoir lire pendant que mon petit-fils se concentrait sur la seule activité qui le passionnait au même moment, jouer. Et le reste ? Rien à foutre comme le dit le titre de ce livre drôle et magique.

Ce fut mon premier exercice de cette méthode qui consiste à nous apprendre à cesser d’en avoir à foutre de tous ces gens et toutes choses qui nous pourrissent la vie pour nous concentrer, au contraire, sur tous ceux et celles qui nous mettent en joie. J’ai du boulot avec ce programme pour ma nouvelle décennie qui commence.

Vous n’en avez rien à foutre ? Vous avez raison 😉

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Vieilles branches

Après les pluies, le gel, la neige, les nuages gris, voici enfin le soleil et le ciel bleu, voici enfin le moment de reprendre le jardin en mains.

Nettoyage de la cabane à outils, brûlage des vieilles caissettes qui l’encombraient, ramassage des feuilles et branches dans les coins de la prairie des poules et surtout attaque des tailles de fin d’hiver. J’ai dans ma poche mon nouveau sécateur, j’ai sorti ma grande échelle qui pèse plus lourd que l’an passé, j’ai relu et mémorisé les instructions pour l’éclaircissement des fruitiers : d’abord supprimer les branches mortes, ensuite couper les branches qui poussent vers l’intérieur ainsi que celles qui se croisent et se touchent. Et enfin, toujours tailler au-dessus d’un bourgeon tourné vers l’extérieur. Je respire. Je suis bien. Vive mon retour à la terre.

J’ai bien choisi mon jour, c’est aujourd’hui le mercredi des cendres qui nous invite à nous souvenir que nous sommes de glaise et d’argile et que nous retournerons en poussière. Il y a quelques jours, j’ai vu sur Facebook un dessin humoristique représentant un tas de compost avec la légende suivante : voici la preuve qu’il y a une vie après la mort.

En fait, ce n’est pas si caricatural que ça : l’astrophysicien Hubert Reeves ne dit-il pas que l’homme est constitué de particules qui existent et se recyclent depuis 14 milliards d’années en s’assemblant pour créer, méli-mélo, une vie minérale, et puis végétale, et puis animale, et puis humaine, et puis… et puis… la vie ne s’arrête jamais. Cette pensée me rend plus supportables la mort récente d’amis chers et la maladie de proches.

C’est dingue comme on gamberge sur une échelle quand on coupe des branches qui vont aller s’entasser et se décomposer sur un gros tas d’humus derrière une cabane.

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Papa chanteur

Mon père aimait chanter, le soir dans sa salle de bains et pendant ses congés quand il repeignait les plafonds ou travaillait dans son potager.

– Il chantait quoi ?

– Du Luis Mariano ou du Maurice Chevalier, des trucs qu’on n’aimait pas.

– Et il chantait bien ?

– Euh… j’sais pas, quand il commençait, je m’enfuyais.

Mon père, quand il est mort, on a pleuré parce qu’on n’allait plus jamais l’entendre pousser la chansonnette. Et que le silence, là, ça nous fichait le blues. On a quand même applaudi son départ, doucement en sourdine, car enfin il n’allait plus souffrir, ne plus devoir lutter contre cette maladie qui l’a paralysé jusqu’au bout des doigts et empêché d’écrire un testament. Impossible pour lui de tenir un stylo mais à quoi bon. Il n’avait quand même pas de patrimoine ni de droits à léguer.

– Quoi, il ne vous a rien donné ?

– Si, sa vie. Et parfois une chanson.

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Septantième printemps

Il y a des jours où ce n’est pas une bonne idée d’avoir des amis de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis minuit, la messagerie de mon iPhone sonne toutes les cinq minutes. Et ça n’arrête pas ce matin, au contraire. Je me suis donc levé fatigué mais heureux : j’entre aujourd’hui dans ma huitième décennie et vous êtes nombreux à me souhaiter un bon anniversaire. Je vous remercie de tout cœur et vous envoie septante bises à chacun.

Quel effet ça fait d’arriver à septante ans ? Pour moi, ce n’est que du bonheur. Déjà, en ouvrant les tentures de ma chambre, le soleil était là en pleine forme pour me dire hello. Mon radio-réveil vibrait et dansait sur la table de chevet au rythme des tambours. À Binche, les Gilles se sont levés tôt pas seulement pour fêter le mardi gras mais aussi mon anniversaire. Et quand je suis descendu dans la cuisine, une belle table de petit déjeuner était dressée et une magnifique carte de vœux de mes petits gars trônait dans mon assiette.

Je me suis alors tâté et pincé sous toutes les coutures, j’ai une chance de dingue. Mes premières pensées du jour se sont alors envolées vers mes (trop) nombreux amis qui n’ont pas eu la chance d’arriver à cet âge-là ou alors dans un piteux état. Et je fais mienne cette belle réflexion qui dit que vieillir est un privilège. C’est ce que je ressens vraiment ce matin.

Mon programme pour fêter ça ? Très simple et tourné vers le futur. D’abord, écrire comme chaque jour dans mes cahiers. Ensuite faire quelques courses pour préparer mon septantième printemps : notamment acheter un nouveau sécateur pour tailler les arbres et les buissons du jardin et traîner à la librairie pour cultiver mes neurones et les garder quelques années encore à peu d’après d’aplomb. Et puis, bien sûr, partager quelques bulles en vrai avec ceux que j’aime. Et virtuellement avec vous pour tous vos mots sympas.

Dont ceux-ci, lus tôt ce matin sur une belle carte: Tu ne vieillis pas, tu prends de la valeur.

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Liberté

6 heures du mat’ j’ai des frissons… pour un tas de raisons, je dois me lever très tôt ce lundi matin. Je n’ai plus l’habitude, je grelotte en entrant dans la salle de bains, j’ai la tête lourde, je ne serai pas complètement moi-même avant d’avoir bu un café.

Machinalement, je me rends vers mon vasistas-observatoire et là, mes yeux encore mi-clos s’ouvrent. Je me réveille vraiment. Le jardin est un tableau de Magritte. Magnifique.

Et je me rappelle cette formidable citation du peintre : Tout homme a droit à 24 heures de liberté par jour. Il est 9 heures au moment où j’écris ces lignes, il reste encore 15 heures aujourd’hui à en profiter.

Beau lundi libre à tous.

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