Archives pour la catégorie Uncategorized

Porte-bonheur (3)

L’église de mon village était ouverte cet après-midi, j’en ai profité pour aller puiser deux petites branches dans le panier des Rameaux Bénits. Dimanche dernier, c’était, en effet, la fête qui rappelle l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, acclamé par une foule agitant des branches de palmier et d’olivier. Dans la tradition juive, ces branches – ces Rameaux – évoquent la fête des récoltes et sont symboles de paix et de prospérité. Des porte-bonheur, quoi.

Depuis ma petite enfance, j’associe ces branches à mon grand-père qui était menuisier-ébéniste et qui avait fabriqué quelques candélabres et autres accessoires religieux pour les églises de son coin, notamment à Seneffe où ils sont toujours dans le chœur. Chez lui, était accroché un grand Christ en bois qu’il avait sculpté et qui m’impressionnait beaucoup. Le Dimanche des Rameaux, il y attachait une branche sacrée qui apporterait la paix dans la maison.

Après sa mort, cette croix s’est retrouvée dans la « pièce de devant » de la maison de ma mère qui continua la tradition. Aujourd’hui, ce Christ est chez moi et j’essaie chaque année de ne pas oublier son brin de troène. Mais dimanche passé, j’ai loupé la messe. Heureusement, une amie du village (merci Jacqueline) m’a dit qu’il en restait « jusqu’à épuisement des stocks » dans le porche de l’église « qui est toujours ouverte ».

IMG_3573.jpgEn me photographiant avec ces branchettes en main, je réfléchissais au billet porte-bonheur que j’écrirais en rentrant mais une fois devant mon clavier, je me suis souvenu que j’avais déjà traité ce sujet il y a quelques années, en 2012 pour être précis. Voici ce texte – Porte-Bonheur (1) https://michelcollart.wordpress.com/2012/04/01/porte-bonheur/

IMG_3575.jpgSi je crois réellement au pouvoir magique des Rameaux du crucifix de mon grand-père, ce n’est pas que je sois devenu gâteux, superstitieux et bigot. Non, c’est que le geste d’accrocher ces branches me fait fortement penser à lui, à ma mère et à des moments que j’ai beaucoup aimés. Ou plus prosaïquement, comme me l’a dit une fois mon petit-fils Awen en m’offrant un coquillage-talisman à garder dans ma voiture: « … pour moi, un porte-bonheur… c’est pas un truc qui donne de la chance, c’est un truc qui fait penser à des choses agréables… » Je joins également ce billet de 2015 – Porte-Bonheur (2) https://michelcollart.wordpress.com/2015/03/04/porte-bonheur-2/

 

 

Mécénat

Depuis Mécène qui fut l’un des premiers soutiens des arts dans la Rome antique aux Médicis, méchants marchands et banquiers, protecteurs et financiers d’artistes et savants de la renaissance ou aux fainéants rentiers Stein et usuriers Rothschild du XXème siècle et aux actuels machiavéliques Bill Gates et Warren Buffet, créateurs de fondations soutenant les arts, les lettres ou d’autres projets philanthropiques, le mécénat est depuis des siècles un moteur indispensable au développement de la civilisation.

Et les mécènes – qu’aujourd’hui, l’on appelle joliment sponsors – sont rarement des enfants de chœur donateurs angéliques, offrant leur argent pour le plaisir et par amour, sans le moindre retour financier ou honorifique ou d’autres privilèges. Et qui ne donnent rien aux « Misérables ». Mais pourquoi le feraient-ils ? Vous et moi, donnons-nous nos sous, même nos petits cents, comme ça ? À fonds perdus ? Aux mendiants dans la rue ? Aux enfants affamés d’Afrique ? Ou alors à des projets artistiques ?

Sans ces mécènes, ces sponsors, sans leur sale fric, que serait la culture ? Les sciences ? L’archéologie ? Les musées ? L’architecture ? Les cathédrales ?

Alors, j’avoue ne pas comprendre cette nouvelle polémique, cette nouvelle colère (jaune ?) qui s’ajoute aux autres et enflamme à nouveau le peuple à propos des dons des Pinault et autres Arnault pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Même si je me doute bien que leurs intentions ne sont pas totalement désintéressées, moi je trouve qu’on devrait plutôt se réjouir de cet argent qui tombe, non pas du ciel, mais de leurs mains.

Selon les dernières informations, quelques grandes familles et entreprises françaises auraient déjà promis 800000000 euros. Soit 100000000 de plus que le seul montant du transfert du joueur de foot Neymar au club du Paris-Saint-Germain. Mais contre le mécénat du foot, on n’entend pas – ou si peu – le peuple gronder.

mecene.png

 

 

 

 

Mardi des cendres

Je pense très fort à tous mes amis français en ce triste mardi matin.

Je n’ai quasi pas dormi cette nuit, comme beaucoup d’entre vous sans doute dans l’espoir d’avoir des nouvelles rassurantes, dans l’attente infernale de la fin de cet incendie terrifiant mais interminablement les flammes continuaient leur terrible besogne. Enfin, en me levant ce matin après quelques heures de sommeil agité, j’apprends que le sinistre est maîtrisé, que la structure de Notre-Dame est sauvegardée. Mais les nombreuses photos et vidéos montrent combien elle est défigurée. Il faudra des décennies pour la reconstruire disent les experts, cela signifie que plus jamais je ne la reverrai comme elle était et je pense, modestement, à la Collégiale de chez moi, ravagée pendant les bombardements de la deuxième guerre mondiale sous les yeux de mon père qui la pleura tout le reste de sa vie. Moi, j’ai eu la chance de vivre de près sa reconstruction. Espérons que de nombreux jeunes Français revivront cet espoir.

Ce qui me frappe ce matin, au delà de l’immense perte patrimoniale et culturelle de la reine des cathédrales, c’est la symbolique de son effondrement. Je ne peux m’empêcher de mettre cet événement en relation avec l’effondrement général qui nous entoure. La colère qui gronde de partout et brûle les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et ravive les braises des haines, des divisions et des barbaries. L’extrême droite se rallume aux quatre coins de l’Europe, la direction du monde est dans des mains dangereuses, l’imbécillité enfume les relations humaines.

Mais sur ces cendres, fleurit aussi une espérance. Devant le petit écran jusqu’au bout hier soir, j’étais incapable de me détacher de la ferveur et de la tristesse de la foule réunie autour de Notre-Dame, des jeunes, des vieux, des couples tous ensemble, tous ensemble. Leurs larmes, leur émotion et surtout leurs paroles d’espoir, leur solidarité, toutes croyances et fois confondues, du moins c’était mon impression, donnaient un sens à ce terrible malheur : l’envie de reconstruire au plus vite non seulement cette cathédrale symbole millénaire d’accueil de tous mais aussi un avenir commun autour d’un projet grandiose, celui de retrouver l’âme de tout un peuple, je dirais même de tout un monde car Notre-Dame dépasse la France.

Le président Macron l’a dit merveilleusement bien : « Nous rebâtirons Notre-Dame, c’est notre destin ». Après les jours des cendres, il y a toujours des jours de renaissance. C’est l’histoire même des cathédrales.

Amis français et de partout ailleurs, je pense très fort à vous.

des-cendres-causent-un-incendie-dans-une-residence-de-la-rue-papineau-001-620x348.jpg

 

Monsieur (presque) Propre

7h45, coup de téléphone. Aïe, Daisy, notre gentille aide-ménagère, est malade, elle ne pourra pas venir nettoyer la maison ce lundi. Au lieu d’aller vadrouiller en ville, je peux me coltiner le boulot. Durant toute la matinée, je serai donc technicien de surface. Disons plus justement « technicien en surface » car je suis loin d’être aussi pointilleux et efficace que notre formidable Daisy.

Je n’ai pas l’habitude de la raclette, du torchon et du seau… moi, mon expérience dans ce domaine se limite plutôt à la réclame des produits de nettoyage au siècle précédent.

J’ai donc ainsi eu l’occasion de croiser dans une réunion internationale le célèbre Monsieur Propre. C’était dans les années 80, je travaillais alors pour sa concurrente, la marque Ajax.

En trempant mon torchon dans l’eau savonneuse, je revois ce moment surréaliste : des hommes très sérieux, en cravate, expliquent les symboliques du look du célèbre chauve « qui rend tout si propre que l’on peut se voir dedans ». Ce sont des psychologues et sociologues d’une agence spécialisée en tests de messages publicitaires. Ce sont surtout des rigologues… à en croire certaines de leurs explications.

La boule à zéro brillante de notre héros, son t-shirt blanc immaculé, ses muscles, son sourire charmeur… tout cela peut se comprendre sans trop d’efforts : le mec est le roi du nettoyage, costaud avec la crasse et si gentil avec la ménagère. Mais je demande aux spécialistes, pourquoi ce vilain anneau-piercing dans son oreille ? « Parce qu’à l’origine, c’est un bon génie dont la puissance est quasi surnaturelle. Mais aujourd’hui, précise l’expert en communication, cet anneau lui confère un côté sex-symbol, un peu voyou, un peu rebelle… Monsieur Propre séduit la ménagère jusque dans ses phantasmes d’aventures… ». Ah bon ? On a l’air malin, nous les créatifs d’Ajax avec notre tornade blanche !

Je passe le torchon humide sur le carrelage, mon job est maintenant terminé, la maison sent bon le propre et la lavande et je ne sais même pas quelle marque de produit ma femme m’a demandé d’utiliser et je m’en fiche. Je range les ustensiles dans la salle de bains et je l’entends me crier du bas de l’escalier : « … bravo et merci tu as bien fait ça ».

Je me regarde dans le miroir : pour le crâne, je ressemble assez à Monsieur Propre, il ne me reste plus qu’à faire un peu de bodybuilding et accrocher un anneau à mon oreille.

IMG_3548.jpg

Salaud de papillon

Je suis allé me balader aujourd’hui à Saint-Trond où nous avons visité la belle Église Sainte-Agnès du Béguinage, renommée pour ses fresques médiévales dont celle représentant la martyre Sainte-Agathe de Sicile horriblement torturée ainsi que ses jardins ornés de buis plantés en croix.

Si les fresques ont survécu aux sévices du temps, on ne peut en dire autant des haies cruciformes. La sinistre pyrale, l’horrible papillon nocturne prédateur, en a martyrisées certaines jusqu’à la mort.

Dès que je suis rentré à la maison, je n’ai fait qu’un bond au bout de mon jardin pour aller caresser ma grosse boule de buis, la gardienne du potager, pas seulement pour le plaisir mais surtout pour vérifier si aucune chenille tueuse ne s’était accrochée au dos de ses feuilles et n’y avait tissé ses toiles iconoclastes.

Heureusement, pas de pyrale vandale détectée, il fait sans doute encore trop froid.

Mais attention, il faut rester vigilant. Si l’on voit une jolie chenille verte et jaune ou un mignon papillon triangulaire blanc aux ailes serties de noir, il ne faut pas les caresser.

Mais leur exploser la gueule, ce sont des tueurs ! *

IMG_3535.jpg

* https://www.horta.org/fr/pyrale-du-buis

Les nouveaux playboys

Ils sont venus avec leurs pièges à filles, leurs boîtes à joujoux extras, leurs caisses à outils qui retapent les appareils en panne et les remettent sur pied pour faire crac, boum, hue. Ils s’appellent Pierre, François ou Christian et les femmes ont pour eux les yeux de Chimène.

Et ils le savent. Et ils en abusent. Et vas-y que je t’éblouisse en t’expliquant que « le problème de ton aspirateur provient d’un court-circuit dans le moteur à commutation électronique mais pas de souci je vais te le réparer. Ou que la panne de ton fer à repasser est due à un encrassage du filtre anti-calcaire mais que je vais te le nettoyer. Ou que… etc ».

Les femmes sont en pamoison devant ces mecs aux mains magiques capables de ressusciter la machine à café ou la machine à coudre que l’on croyait mortes. «J’ai demandé à mon mari mais, il n’est pas comme vous, il a deux mains gauches, que voulez-vous, ce n’est pas un manuel … »

Je suis quasi le seul homme à avoir apporté un appareil à réparer. Je n’arrive pas à démonter notre robot ménager qui ne veut plus couper, râper, émincer… fainéant, va ! « Tu n’irais pas les voir, peut-être pourront-ils le réparer, eux ? » m’a suggéré Marie-Thérèse. Et je sens les regards condescendants des femmes convergeant vers moi, pauvre malheureux implorant l’aide de ces héros bénévoles du REPAIR CAFÉ qui avait lieu ce samedi dans mon village.

Merci les gars, vous êtes trop forts, vous me rendez jaloux, je vous hais !

p1030710.jpg

lidmaatschap.jpg

 

Écrire parlé

Il y a deux ou trois jours, j’ai publié un billet qui racontait que j’avais dû, hélas, refuser un travail pour la campagne électorale d’un ami politique. Un exercice que j’ai pratiqué à de nombreuses reprises pendant ma carrière de copywriter. Un exercice pas facile et souvent frustrant car ces messieurs de la politique ne sont pas toujours charmants avec leurs « nègres ».

Je me souviens d’une colère d’un certain Louis, père d’un certain Charles, lors de l’enregistrement d’un spot radio. Avec la maison de production, nous avions créé un canevas comprenant une intro, un jingle et 20 secondes de paroles. Ce canevas avait été approuvé par la direction du parti de Louis. Ce temps de paroles était réservé à chaque ténor qui était censé aborder un thème différent, défini à l’avance, selon la spécificité de chacun. J’avais reçu tous les pré-textes du parti et mon job consistait à les « traduire » en langage parlé simple tenant dans les 20 secondes. Essayez, vous verrez que 20 secondes, cela ne fait pas beaucoup de mots. Et sans me vanter, c’était le genre de boulot que je réussissais assez bien. Le jour de l’enregistrement, j’accompagnais chaque politicien en studio, lui donnais le texte, une phrase ou deux, que j’avais rédigé au format « radio » et le « coachais » pour qu’il le dise avec naturel.

Quand Louis est arrivé, le visage renfrogné, j’ai compris tout de suite que les choses ne seraient pas simples. Dès que je lui ai remis son texte, il est monté aussitôt dans les tours : « Mais qui êtes vous, qu’est-ce que vous croyez ? Personne ne m’a jamais dit ce que je dois dire… ». Je m’écrase, me tais et le laisse seul, sans papier, devant le micro. Arrive ce qui doit arriver évidemment: grosse bafouille, il ne parvient pas à condenser son blabla dans le timing serré. Énervement. Colère. Jusqu’au moment où il me demande – ou plutôt arrache de mes mains le papier avec le texte que j’avais rédigé. Il le lit une première fois, et hop, le texte « rentre » dans les 20 secondes. L’ingénieur du son lui demandera simplement de le redire une seconde fois, avec le sourire. Moi, je ne dis rien, je savoure… petit plaisir de « nègre ».

Pour écrire en style parlé, il n’y a pas de secret : il faut le faire et le refaire et le refaire encore, en parlant à voix haute et en s’écoutant.

Ceux qui me connaissent bien savent que j’aime ça : parler et m’écouter 😉

Capture d’écran 2019-04-12 à 21.27.03.png