Gueules cassées

« Les « gueules cassées » en tête de cortège pour l’acte XII des gilets jaunes contre les violences policières. Voilà ce que je lis sur Konbini News à propos de la manifestation d’aujourd’hui à Paris en hommage aux « héros » des gilets jaunes.

Insupportables outrances langagières ! Ne volez pas aux véritables Braves, grands blessés, de la guerre 14-18 le peu qu’il leur reste : l’appellation pleine de noblesse et d’admiration de « Gueules cassées ». Eux à qui l’horreur du grand carnage du XXE siècle a arraché la mâchoire, le front, le nez et puis aussi les bras, les jambes et surtout la jeunesse, la joie, l’amour… la vie. Eux qui souvent ont survécu après l’armistice dans une misère crasse oubliés par leur pays et leurs contemporains alors que c’est pour leur liberté qu’ils se sont fait « casser la gueule » et bousiller le reste dans la boue des tranchées et le cynisme de leurs chefs.

Je lis, enfin, après avoir souvent hésité, commencé et arrêté, révulsé par l’effroi et le dégoût, le livre majeur de Pierre Lemaitre « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013 offert par ma fille à l’époque, qui retrace avec talent et cruauté la tragédie de la grande boucherie et de l’après-guerre de 1914. L’horreur totale. Des millions de vies fracassées. Des gueules brisées, éclatées, mutilées, ne laissant aux uns que deux narines au dessus d’une bouche arrachée pour fumer un peu de tabac, aux autres quelques dents pour manger dans un visage aux nez pulvérisé et aux orbites crevés.

À lire pour remettre les points sur les i des excès de vocabulaire et de colère actuels.

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4 réflexions au sujet de « Gueules cassées »

  1. Andre Clippe

    Bonjour, j’adore lire vos billets, et j’ai partagé l’indignation de cet emploi de « gueules cassées »… et j’aime aussi lire sur internet des billets rédigés avec grammaire et syntaxe, c’est plutôt rare
    Tiens dans ce billet la phrase « ils se sont fait « cassé la gueule » et bousillé » m’a étonné. J’aurais écrit « ils se sont fait(s)? casser la gueule et bousiller »… qu’en pensez-vous ?

    Répondre
    1. Michel Collart Auteur de l’article

      Merci André pour votre commentaire sympa… et juste (en partie). Vous avez raison sur « cassé » et « bousillé », deux grossières fautes que je corrige immédiatement. Quant à « fait », il reste invariable car les verbes pronominaux « se laisser » et « se faire » suivis d’un verbe à l’infinitif ne s’accordent pas avec le sujet. Ouf ! je n’ai pas tout faux mais c’est quand même 2-1 pour vous. Bonne journée, Michel 😉

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      1. Andre Clippe

        Haha, oui, j’ai hésité pour le « s »… mais les fautes d’orthographe dans vos billets sont si rares que je me suis demandé si on écrivait « cassé » ou « casser ».
        Cet été, pour le centenaire, mes vacances ont consisté à visiter les lieux de mémoire 14-18, la Somme, Verdun… on ne peut pas, après avoir vu cela, tolérer l’emploi de « gueules cassées » à tort et à travers… de même, les gilets jaunes qui se disent « gazés », « raflés »… ça me chiffonne…(PS : mon compte twitter est diogene2000, illustré par un dessin très ancien de Marie-Line)
        Merci pour vos billets food for thought

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