Jours uniques

Je déambule au rayon « livres » de la FNAC alors que je devrais normalement être dans une boutique de fringues.

Marie-Thérèse m’a demandé de l’accompagner pour les soldes. Un vrai supplice. Avant d’aller repérer les achats qu’elle compte effectuer dans les prochains jours, elle m’a fixé rendez-vous dans une bonne heure à une cafèt en me conseillant avec le sourire d’aller me choisir une chemise et un pull, « car avec tes vieilleries, tu ressembles de plus en plus à un baraki ». Je suis entré chez Jules, le premier magasin pour hommes que j’ai vu dans cette galerie commerçante et y ai tenu au moins deux minutes. C’est un record, jamais encore je n’avais passé autant de temps dans une boutique de vêtements. Mais je n’y ai rien acheté, un coup d’œil dans le grand miroir d’une cabine d’essayage m’ayant démontré que mes vieilleries me vont encore très bien. Il me restait donc 58 minutes à savourer dans la FNAC voisine.

Que du bonheur. Je m’arrête à chaque nouveau bouquin, le palpe, lit les 4èmes de couverture et les premières lignes des premiers chapitres. Mais aucun ne m’emballe vraiment. Trop d’histoires sombres et compliquées. J’ai plutôt envie de lectures claires, joyeuses et surtout lumineuses. Et soudain, je tombe sur le dernier ouvrage de Gabriel Ringlet, le prêtre-philosophe-poète qui m’avait bouleversé il y a un an avec son Vous me coucherez nu sur la terre nue (éd. Albin Michel) « apportant un éclairage nouveau sur la fin de vie et son accompagnement », des pages qui m’aidèrent dans les jours qui précédèrent et suivirent le décès de mon frère Etienne. Mais le nouveau livre de Gabriel Ringlet, La grâce des jours uniques (éd. Albin Michel), célèbre non plus la mort mais la vie, celle de tous les jours aussi bien ceux du quotidien que les exceptionnels. L’auteur y fait « l’éloge de la célébration… ré-enchante les rites, célèbre le quotidien ». Non, n’ayez pas peur, ce n’est pas un livre religieux pour illuminés ou bobos chrétiens. Comme le dit Gabriel Ringlet, il ne s’agit pas « d’une affaire de prêtrise… pour moi célébrer dépasse la célébration liturgique, c’est presque une manière d’être au monde. Quand j’écris, je célèbre. Quand j’enseigne, je célèbre. Quand je réponds à un courrier, je célèbre… On peut vivre sans célébrer, bien entendu. Mais pour soulever la vie, pour l’alléger, pour la porter plus haut et plus loin, nous avons besoin du rite. Il ne supprimera pas la souffrance, mais il peut éloigner la désespérance… »

Ces quelques lignes m’ont donné envie d’acheter ce livre car elles me renvoient à la raison d’être de mon blog dont je publie aujourd’hui le 2877ème billet. Quand je m’interroge – à chaque fois que je patine devant une page blanche – sur l’utilité de ma modeste écriture quotidienne, elle se trouve peut-être dans ces mots: « Célébrer le quotidien », tenter de donner du sens aux riens de ma vie. Essayer humblement de m’inspirer de la magnifique phrase de Philippe Delerm, un de mes maîtres, mise en exergue par Gabriel Ringlet en première page de son essai : « Il faut dire les choses de tous les jours avec les mots du dimanche ».

Pour qu’ils deviennent des jours uniques.

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