Drôle de temps pour la saison

Le mercure est monté jusqu’à 14° aujourd’hui, c’est bien trop chaud pour une veille de week-end de Noël. Et le vent a soufflé, et il a plu des cordes. Pour le début des vacances d’hiver, j’aurais préféré quelques flocons, une douce bise et une soirée étoilée. Je viens de ré-écouter, une fois encore, le beau concert de Noël de Luciano Pavarotti, José Carreras et Placido Domingo (Vienne 2000) et avant d’aller me coucher, je jette un coup d’œil par la fenêtre. Et jolie surprise, j’aperçois, posée sur la cime du grand sapin au bout du jardin, la pleine lune qui sera accompagnée demain d’une pluie d’étoiles filantes et de météores. Je me suis alors souvenu de ce petit conte de Noël que j’avais écrit en 2015.

——————-

Rien n’était normal cette année-là.

Un bon mois avant Noël, alors que des gens faisaient déjà la fête sur les terrasses des boulevards, que d’autres chantaient dans un stade, que d’autres encore se trémoussaient dans une salle de concert, des fous semaient la mort.

Rien ne tournait rond cette année-là.

Quelques semaines avant Noël, alors que des foules déambulaient sur les marchés qui sentent bon le vin chaud, les aiguilles de sapin et le parfum des bougies, on découvrait à tous les coins de rue des policiers et des militaires armés jusqu’aux dents. Les anges blonds patineurs, les barbus blancs rigolards ou les bergers marchands de fromages ne souriaient plus comme jadis. Il y avait désormais comme de l’angoisse dans l’air.

Rien de bon ne s’annonçait cette année-là.

Quelques jours avant Noël, le climat pétait les plombs, on transpirait sous les traditionnels « jumper pulls », le thermomètre batifolait aux alentours autour des 15°, les bourgeons éclataient sur les arbres fruitiers, les pâquerettes trouaient le gazon à la place des perce-neige. Les bûches qui crépitaient dans les feux ouverts, juste pour l’ambiance – c’était bientôt Noël quand même – créaient un climat lourd et malsain dans les chaumières. Et l’on mangeait des crèmes glacées à la place des pots-au feu, on allait s’asseoir dehors pour siroter des boissons rafraîchissantes.

Rien n’était plus comme avant, cette année-là.

L’hiver ne voulait pas venir. Comme s’il voulait nous épargner. Ne pas laisser le gel nous mordre les doigts, la bise piquer nos yeux, la neige gercer nos joues. En fait, cette année-là, il n’y avait plus assez de froid pour glacer l’extérieur. Non, toutes les réserves de froid avaient envahi les cœurs et il n’en restait plus pour givrer les jardins, les forêts et les paysages.

Juste avant Noël, un petit article dans le journal annonçait un phénomène particulièrement rare pour la Sainte Nuit. Elle serait, prédisaient les mages des instituts météorologiques, exceptionnellement éclairée par une pleine lune. Synonyme, selon les savants de toutes les époques, de changement de temps. Annonciatrice de froid intense, peut-être, qui savait ?

Cette nuit-là, au douzième coup de minuit, la lune s’illumina, le thermomètre chuta, la neige se mit à tomber à gros flocons et le vent à hurler dans les cheminées. Le froid glacial désertait enfin les cœurs et venait givrer, comme il se doit, la magie de Noël. D’un Noël blanc.

Et tout le monde dansa et chanta pour se réchauffer.

IMG_2275.jpgAquarelle de Marie-Thérèse Ganty

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s