La cabane du fumeur

Autrefois, dans une autre vie, quand je fumais encore, quand je voulais un moment de solitude hors du monde, je me réfugiais dans ma cabane à outils au fond de mon jardin.  Et j’allumais une cigarette. Le temps d’arrêter le temps.

Lentement, je décachetais un nouveau paquet, déchirais délicatement le papier aluminium qui protégeait les arômes du tabac et les humais profondément. J’allumais ensuite le Cricket que j’avais toujours en poche et, protégeant la flamme des deux mains contre les courants d’air, je penchais doucement la tête pour mettre la cigarette en contact avec le feu et aspirais une longue, très longue bouffée. Je toussais un peu mais le plaisir intense était plus fort que le désagrément d’une gorge qui gratte.

C’était un instant précieux, délicieux, un instant d’une grande sérénité.

Mais le tabac, me répétait inlassablement mon médecin quand j’allais le voir pour une angine ou une migraine déjà, est un poison sournois: « Si tu n’arrêtes pas de fumer après cinquante ans, attends-toi à avoir de sérieux problèmes avant tes soixante ans ».

Le plaisir de la cigarette dans la cabane a, effectivement, bientôt fait place aux hauts le cœur et au dégoût à chaque cigarette que je fumais névrotiquement ailleurs, dans mon salon, dans ma voiture ou au bureau si bien qu’un jour j’ai baissé la vitre de ma voiture et balancé dehors mon paquet encore à moitié plein ainsi que mon Cricket. Fini, basta, ras le bol, quand je suis rentré à la maison, j’ai jeté aussi tous mes cendriers dans la poubelle. Il y a de cela plus de quinze ans. Aujourd’hui la fumée me dérange, même en terrasse : je suis devenu un ex-fumeur qui ne supporte plus la présence de fumeurs à proximité.

Mais quand après avoir travaillé dans le jardin, je range mes outils dans la cabane et m’assieds sur l’établi pour me reposer, pendant quelques secondes, je redeviens un addict virtuel et sens à nouveau flotter malgré les odeurs fortes des vieilles planches de ma cahute des arômes de miel, de caramel, de pain grillé et autres douces senteurs boisées. Des arômes de tabac de rêve, quoi.

Comme disait un de mes amis ex-fumeur : « Moi, je suis fumeur et le resterai toujours, même si je n’ai pas allumé une cigarette depuis vingt ans ».

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