Période moche

Ça m’a toujours choqué cette signature sur le cul d’une bagnole. Comment la griffe d’un des plus grands artistes de tous les temps est-elle devenue une sous-marque automobile ?

Tout au début de son existence, j’ai participé à la création de scripts publicitaires pour ce modèle de Citroën. Je me souviens d’une idée parmi d’autres qui évoquait la facette artistique de cette appellation : la voiture montait à vive allure la spirale d’un parking qui se révélait être en fait la célèbre rampe du musée Guggenheim de New-York. À la fin du spot, elle se rangeait sur l’emplacement qui lui était réservé parmi les œuvres du grand Pablo. Si j’ai bonne mémoire, le commentaire parlait de nouvelles périodes bleues, roses et vertes pour les heureux propriétaires de ce chef d’œuvre à quatre roues. Ce script ne fut jamais réalisé et je crois qu’il ne fut même pas présenté. Tant mieux finalement, car quelle vulgarité de galvauder l’univers génial du maître en le réduisant à un logo prétentieux sur de la tôle et un pare-brise.

En voyant cette voiture garée devant la librairie, je me demande si son propriétaire a seulement lu un livre ou un article sur le peintre et son œuvre ? Ou si Picasso n’est pour lui qu’un synonyme concurrent de Kangoo, Corsa ou Mondeo ?

Mais quelle est la « valeur » d’un nom ? Quand j’ai liquidé ma société, quelques amateurs ont proposé de racheter son – mon – nom MC Collart. Parce qu’il valait un petit quelque chose sur le marché de la pub, disaient-ils, quelques milliers d’euros. J’ai toujours refusé, me disant que mon nom, mon père me l’avait donné et qu’il me semblait dès lors indécent de le revendre. Surtout pour que d’autres en fassent n’importe quoi.

Je n’ai pas l’outrecuidance de me comparer ma situation à celle des héritiers de Picasso mais je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont manqué de respect pour leur père ou mari en vendant son nom à un fabricant de voitures. Mais celui-ci n’avait sans doute pour eux qu’une valeur lucrative, on a d’ailleurs vu leurs sordides bagarres pour l’héritage.

Dans ma mémoire, Picasso restera toujours associé, entre autres, à une magnifique vision d’un grand-père et de son petit fils se contorsionnant devant l’Acrobate Bleu au Centre Pompidou de Metz. Un souvenir qui avait fait l’objet de ce billet publié en décembre 2010 : Le-vieil-homme-lenfant-et-lacrobate-bleu

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