Journal

Je m’assieds devant l’ordinateur, je l’allume, je pose les doigts sur le clavier, je vais écrire mon billet du jour. Mais j’ignore encore quel en sera le sujet. C’est souvent comme ça, je n’ai pas d’idée avant d’écrire. Alors, me direz-vous, pourquoi te mettre en position d’écriture ?

Je crois que c’est d’abord par habitude, par addiction, comme un réflexe. J’ai commencé mes billets quotidiens, il y a déjà 7 ans, quand j’ai vu pointer à l’horizon l’âge de la retraite. Jusqu’alors, pendant toute ma vie, chaque jour, je pondais du matin au soir, et parfois du soir au matin, des textes publicitaires. J’ai écrit des centaines d’annonces, de brochures, de scripts TV et radio, de catalogues, de dépliants et aussi quelques petits livres. Mais jamais un mot pour moi ou à propos de moi. Le copywriter est un écrivain masqué qui dégaine sa plume pour des marques, des entreprises, des organisations et parfois même, je l’ai fait, des partis politiques. J’ai ainsi commis des milliers de phrases, noirci des milliers de pages. Mais pas une pour mes états d’âme.

J’adorais ce travail et quand est venu le temps d’y mettre fin, je n’ai pas pu me résoudre à détacher mes doigts du clavier. Mais je n’avais ni l’envie – ni surtout le talent – d’écrire  des livres : j’avais trop l’habitude des textes courts et sur commande.

Pour garder la main et le bonheur d’aligner quelques phrases chaque jour, je me suis contraint à m’adresser une commande personnelle chaque matin: décrire en peu de mots – format bodycopy (texte d’annonce de pub) – un moment, un regard, une humeur, un geste de ma journée. Pas pour l’immortaliser, pas pour l’éditer – cela n’en vaut pas la peine – mais simplement pour le plaisir de pianoter sur azerty et d’envoyer mes mots dans les nuages – le cloud – où ils seront, je l’espère bien sûr, lus et likés aujourd’hui et oubliés demain. Pas de stress d’édition, pas d’ambition pour la postérité. Simplement une sorte de journal léger et pétillant qui, comme le dit Redbull (décidément on ne se refait pas) me donne, et peut-être aussi à ceux qui me lisent, des ailes.

J’ai lu il y a quelques semaines Le journal d’un homme heureux de Philippe Delerm (éd. Seuil) qui, bien mieux que moi, a écrit d’où vient ce besoin d’un jour commencer l’écriture d’un journal : “Il y a dans une seule journée des moments, des images qui donnent envie d’écrire tout un livre. Mais d’autres viennent, et l’on oublie tous ces petits désirs d’éternité qui voyagent pour rien. Alors avec ces tableaux, ces bavardages, je peux au moins garder le sillage de quelques départs d’écriture, de quelques bateaux de papier. Il y a comme une mélancolie dans l’humilité de tenir un Journal où chaque chose n’est fixée que dans l’inachèvement. Des rêves en suspens, des signes épars, des humeurs sur les jours : un équilibre informulé, souvent contradictoire – fidèle reflet de la vie, pourtant.”

Des bateaux de papier, quelle belle formule. Même pas de papier en ce qui me concerne. Mais oui, un jour voguer, un jour caboter, un jour galérer. À la barre de mon clavier.

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