Le grand Cerf

Ma première excursion dans les Ardennes date de mes premiers camps de Patro. Je devais avoir une douzaine d’années et le car que j’avais difficilement supporté sans vomir nous avait conduits dans la région de Saint Hubert. Durant le voyage, malgré mon mal d’auto, j’avais regardé par la fenêtre espérant apercevoir un cerf dans les forêts que nous traversions. En vain. Le seul cerf que j’ai vu était en plastique et vendu par dizaines dans une boutique de souvenirs. J’ai dépensé les vingt francs d’argent de poche que ma maman m’avait donnés (à ne pas dépenser qu’en cas de force majeure) pour le lui rapporter. Elle l’a gardé toute sa vie dans sa vitrine à potiches et cartes postales ramenées de voyages par ses gamins.

Depuis, à chaque fois que je roule sur les routes ardennaises, dès que je vois le panneau routier avec le cerf bondissant qui annonce de possibles traversées de gibier, je scrute les bois et sous-bois dans l’espoir de voir enfin un vrai grand cerf en liberté. Mais jamais je n’ai eu cette chance. J’ai déjà surpris des sangliers, des renards, des lapins – il y a deux ou trois ans, Awen m’a même assuré avoir vu un loup, enfin la queue d’un loup, caché derrière un arbre – mais un cerf jamais !

Jamais avant aujourd’hui ! Car dans une belle petite église dominant la Semois, en levant les yeux, j’en ai aperçu un superbe peint* sur la voûte. Une croix brillait entre ses bois. Ce qui, paraît-il, est bon signe car on raconte qu’au Moyen-Âge, un chasseur noceur et buveur du nom d’Hubert fut surpris par un cerf de ce genre tout auréolé de lumière, envoyé par le Seigneur, qui lui dit : « Fais pénitence, Hubert, tes péchés te seront pardonnés et tu ne seras pas damné pour l’éternité ».

Je dois être dans le bon car malgré le resto de ce midi, j’en suis toujours à l’eau, d’une sobriété à toute épreuve, je respecte la Tournée Minérale de février.

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*  Église Saint-Firmin de Rochehaut – Voûte peinte par Paul Hilt (Bertrix, 1918-1983), peintre-décorateur de sujets religieux, dessinateur, également sculpteur, élève de l’école Saint-Luc à Tournai (J. Speybroeck) et de l’institut supérieur de La Cambre à Bruxelles (C. Counhaye). Il réalise essentiellement des décorations d’intérieurs d’églises dans la province du Luxembourg : voûte de Saint-Firmin à Rochehaut (1950), plafond de Saint-Quirin à Buzenol (1953), peintures murales de Saint-Pierre à Daverdisse et Saint-Etienne à Noville (1955) etc. Il dessine également des cartons pour des vitraux, entre autres pour l’église de Saint-Hubert. Il participe, en 1946, à l’exposition d’art belge à New-York (BODSON, B., Hilt (Paul), dans Dictionnaire des peintres belges du xive siècle à nos jours, depuis les premiers maîtres des Pays-Bas méridionaux et de la Principauté de Liège jusqu’aux artistes contemporains, t. I., Bruxelles, 1995, p. 530).

 

 

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