Brume, bruine et ruine

Un de mes amis me conseillait il y a quelques semaines de pratiquer plus souvent la méditation pour chasser mes anxiétés et retrouver la sérénité. J’ai donc lu L’art de la méditation de Mathieu Ricard (Poche) et ai commencé hier la lecture du Guide des égarés de Jean d’Ormesson (Gallimard). Mais comme je ne me sens ni moine Bénédictin ni Bonze, j’ai assez de difficultés à m’asseoir dans la position du tailleur recommandée (manque de souplesse) et à garder les mains immobiles sur les genoux (manque de patience) pour pratiquer l’introspection.

Cela dit, il me plaît de plus en plus de réfléchir à des sujets plus essentiels que ceux qui m’ont pris la tête durant toute ma vie de publicitaire (comme, par exemple, la lessive, la nourriture pour chiens et chats, le chocolat, l’eau minérale, la banque, j’en passe et des meilleurs ou des pires). Mais moi, pour réfléchir, j’ai besoin de bouger. De galoper, je l’ai écrit hier, sur un terrain de tennis. De tourner les pages d’un livre. De faire courir mon bic sur un papier ou mes doigts sur un clavier. Ou encore de marcher. C’est ce que j’ai fait cet après-midi, tout à fait par hasard, alors que le temps maussade et un mal de gorge m’encourageaient plutôt à m’affaler dans le canapé près des flammes dans la cheminée.

Je devais faire une course à Genappe pas loin de chez moi et je ne sais pas pourquoi, j’ai continué ma route jusqu’aux ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville où j’ai décidé, sans raison, de me balader pendant deux heures. Une promenade soudaine et sublime où je me suis laissé imprégner des pages de Jean d’Ormesson que j’avais lues la veille et qui tentent comme le dit la quatrième de couverture de son livre de répondre à la question « Qu’est-ce que je fais là ?» à nous qui sommes tous des égarés qui ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous deviendrons après la mort.

Quand j’ai refermé le livre hier avant de m’endormir, je venais de terminer le chapitre consacré au « temps », sujet-fétiche de quasi toute l’œuvre de d’Ormesson. À « ce temps si peu vraisemblable où le présent est toujours absent », lui qui n’est que la transition fugace entre un passé aussitôt disparu et un avenir inconnu. Et Jean d’Ormesson cite des poètes qui définissent si bien ce temps présent qui n’existe pas ou si peu, dont Boileau : « Le moment où je parle est déjà loin de moi ».

Je pensais à tout cela en me promenant au pied des ruines, respirant l’air humide et froid, en essayant de me concentrer intensément sur l’instant présent afin de le savourer pleinement. Et je me remémorais une autre citation de Jean d’Ormesson, une de ses plus belles et plus connues : « Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu ». Cet après midi, l’inattendu était cette promenade improvisée, cette beauté mystérieuse autour de moi, surnaturelle et quasi sacrée, d’une brume, d’une bruine et d’une ruine.

Et pour figer ce souvenir dans ma mémoire, j’ai pris le temps d’un long, très long café au Chalet de l’Abbaye, collé au radiateur, pour jeter ce billet dans mon carnet.

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