Faut pas prendre les types qui nettoient leurs bibliothèques pour des connards sauvages

Tous les dix ans, ma femme m’adresse la demande suivante :

– Quand tu auras un peu de temps, tu ne voudrais pas nettoyer tes bibliothèques, elles débordent de partout et sont remplies de poussières ?

– D’accord, je vais faire ça aujourd’hui, j’ai toute la journée devant moi.

Au début, j’ai horreur de ça. Déplacer les livres, tremper la loque dans l’eau savonneuse, le tordre, nettoyer, sécher…pfff quelle barbe ! Mais très rapidement cette corvée se transforme en plaisir. Je retrouve des dizaines et des dizaines de livres oubliés. J’ai envie de les relire tous. Entre deux coups de torchon, je joue à pile ou face, je lis deux pages ici, trois pages là.

Je me suis arrêté plus longuement sur ce bon vieux Audiard par Audiard de René Château publié en 2000 que j’avais déniché dans une bouquinerie à Uzès pendant mes vacances. Dans cet ouvrage, on trouve des centaines de répliques, d’extraits d’interviews, d’articles de presse… et aussi d’attaques dont Audiard fut l’objet. Notamment de la part de François Truffaut qui déclarait dans la revue Arts en 1957 que « les dialogues de Michel Audiard dépassent en vulgarité ce qu’on peut écrire de plus bas dans le genre » ou de la revue « Cinéma 60 » qui dans un article intitulé « Ce cinéma qui fait le trottoir » prétendait lutter contre la « véritable entreprise d’abrutissement et d’intoxication du public »… que sont les films dialogués par Michel Audiard.

Et bien moi, Michel Audiard, je l’adore, je le vénère, je le kiffe ! Il est avec Simenon, un de mes maîtres. Ces deux-là m’ont donné l’envie d’écrire et j’avoue avoir à de nombreuses reprises, pendant ma carrière de scribouillard pubard, tenté de calquer mes titres, mon phrasé, mon vocabulaire, mes tournures et mes formulations sur les leurs.

En feuilletant le bouquin, j’oublie la lavette et le seau et plonge avec délices dans les dialogues et réflexions d’un véritable amoureux de la langue française, pas seulement celle des bibliothèques et des salons, mais aussi celle de la rue et des comptoirs, la vivante, la libre, la gouailleuse, l’impertinente, celle qui a des parfums de pinard et de Ricard.

Assis par terre devant mes rayons de livres, je m’attarde évidemment sur le passage où Audiard parle de ses écrivains préférés – e.a. Aragon et Rimbaud – et donne son avis sur les titres des romans. Avec humour et dans son style personnel, il dit préférer les longs titres aux titres courts. Les titres-phrases, « je trouve cela chouette… si ‘À la recherche du temps perdu’ s’appelait simplement ‘Albertine’ ce serait moins bon ». Que de fois n’ai-je pas sorti cette citation à ceux qui me reprochaient la longueur des titres de mes affiches.

Un jour, à John, mon ami et directeur artistique préféré, qui me disait « T’écris trop long », j’ai répondu « Toi essaie de dessiner plus court». Il a rigolé et n’a rien voulu changer. Moi non plus, on a donc proposé deux projets : une affiche sans mots et une autre sans visuel. Et devinez laquelle fut vendue ?

Bon, c’est pas tout ça, faut que je me relève et que je rejoue du torchon car un intellectuel assis qui radote va moins loin qu’un con debout qui frotte.

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