Colonel ou Commendatore ?

Ce matin, pendant ma balade hebdomadaire sur le marché du samedi, un clou a sauvagement attaqué le pneu de ma roue arrière droite. Il faut dire que le parking des Récollets où je l’avais laissée est un véritable dépotoir. Alors, quelle fut ma réaction ?Énervement ou zénitude ?

Zénitude, bien sûr. Depuis mon service militaire, remplacer un pneu crevé ne m’a jamais fait peur. C’est une des rares choses que m’a enseignée l’armée. J’ai été le chauffeur du Lieutenant-Colonel Commandant en chef du 7ème groupement transport et j’ai appris à changer de roue dans des conditions difficiles. Comme ce jour d’automne, par exemple, alors qu’il pleuvait comme vache qui pisse sur l’avenue du Cinquantenaire, j’ai crevé avec l’Opel Reckord militaire sur la bande centrale en pleine heure de pointe. Avec à bord mon colonel en tenue d’apparat que je conduisais à une réception.

– Désolé mon Colonel, on a crevé, je dois vous demander de sortir de la voiture pendant que je vais remplacer la roue.

– Vous n’auriez pas pas pu faire attention ?

– Euh… comment, mon Colonel ?

– Et bien, regardez où vous roulez

– Oui mon Colonel

– Bon, faites vite, je vais être trempé

– Je vais faire de mon mieux, mon Colonel

Il sort donc sous la drache et après quelques minutes, ça dégouline fort sur son bel uniforme et ses quincailleries et cordons accrochés aux épaulettes et aux poches de poitrine.

Allez mon vieux, plus vite

– Oui, mon Colonel

L’opération m’a pris une demi-heure : placer le triangle pour la sécurité, sortir le bazar du coffre de la voiture, manipuler le cric ancestral (la voiture n’était pas neuve, j’étais son 13ème chauffeur milicien), déboulonner les écrous ultraserrés par un malade, remplacer la roue, charger à nouveau le bazar dans la bagnole.

Bref, mon Colonel était trempé jusqu’aux os et blême de colère : ses belles médailles n’étaient pas loin de rouiller et les automobilistes ralentis sur la bande que nous bloquions klaxonnaient à tue-tête et se marraient en nous voyant : un plouc et un officier dans la mouise, ça fait rigoler, n’est-ce-pas ?

J’ai ramené le Colonel chez lui, le temps qu’il se sèche et se change et remonte dans la voiture afin que je le conduise à sa cérémonie. Moi, bien sûr, je suis resté trempé jusque tard dans la soirée car j’ai dû l’attendre jusqu’à la fin de ses obligations. Sans un merci, ça va de soi.

Je repensais à cette anecdote pendant je remplaçais ma roue ce matin. Du gâteau car il ne pleuvait pas, j’avais un bel espace sécurisé pour opérer, et le matériel d’aujourd’hui est ultra-facile à utiliser. Résultat : roue réparée et matériel rangé en 17 minutes chrono. Bon, je ne serai pas engagé par le team F1 de Ferrari. Mais j’ai sur ma nouvelle roue le jaune et le noir du célèbre Cavallino Rampante, le blason d’Enzo Ferrari.

Et entre nous, un Commendatore c’est mieux qu’un Colonel.

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