Voyage au bout d’un quart d’heure

Je viens de lire à tout berzingue le dernier écrit téléchargé aujourd’hui -que faut-il dire: nouvelle, témoignage, hommage, chronique ?- d’Éric Neirynck que j’ai eu le bonheur de rencontrer il y a deux ou trois ans et dont j’ai lu toutes les publications depuis. Enfin presque, j’avoue ne pas toujours suivre ses états d’âme sur Facebook. Ils me fichent parfois le bourdon.

Je viens de traverser, dis-je, ses dernières pages – ça y est je sais comment les qualifier, sa lettre d’amour – pour un auteur génialissime mais aussi triste individu: Louis-Ferdinand Céline.

J’avoue n’avoir lu de lui que Voyage au bout de la nuit illustré par Tardi, un livre certes somptueux mais qui avait en son temps inondé mon cœur de noirceur et de désespoir et fait renoncer à la lecture de ses autres œuvres. J’ai hélas lu, en plus, par curiosité vu sa sulfureuse réputation, quelques extraits de pamphlets antisémites parfaitement odieux. J’ai donc ensuite toujours laissé Céline et ses bouquins dans les librairies.

Avec Louis-Ferdinand Céline d’Éric Neirynck publié dans la collection Duetto des Éditions Nouvelles Lectures – Édition de Livres Numériques, je viens de m’envoler pour un voyage éclair d’une quinzaine de minutes à destination d’une passion, d’une folie quasi furieuse, d’une déclaration d’amour absolu d’un petit gars de Bruxelles qui rêvait de voyages, d’aventures, de succès, d’une brillante carrière théâtrale mais qui, comme la plupart d’entre nous, resta les pieds englués dans la gadoue du quotidien à se battre avec les obligations, les contraintes, les boulets de la vie.

Mais Dieu merci, le jeune – et puis moins jeune – Eric Neirynck s’évadera dans la littérature, lecture et écriture, pour des voyages littéraires, ma foi, peut-être plus intéressants que ceux dont il rêvait adolescent. Celui qui sera son Guide, son Pilote, son Idole n’est autre que Louis-Ferdinand Céline dont le style virevoltant, pointu, acerbe, extraordinairement créatif le fera « tomber en amour », comme il l’écrit « pour un style, une force, la vie dans chaque phrase, une forme d’humour aussi ».

Cette lettre d’amour, l’histoire de ce délire passionnel pour Céline, tu l’as écrite, Éric, dans une langue éblouissante de simplicité, de fluidité, de percussion. Moi qui scribouille, je suis jaloux de tes mots directs, crus, efficaces qui cognent à l’estomac ou mouillent sous les paupières. Je ne suis pas toujours, je te l’ai déjà dit, en symbiose avec ce que tu racontes, mais toujours épaté par la manière dont tu écris. Ici encore, tu ne me feras pas aimer d’amour cet homme dont je ne peux oublier les phrases monstrueuses que j’ai un jour lues, cet écrivain que tu qualifies néanmoins de plus grand – ou en tout cas un des plus grands de la langue française. Je n’arriverai jamais, que ce soit pour Céline ou n’importe quel autre artiste, à dissocier l’homme du créateur. L’art jaillit de l’âme et si celle-ci est sombre, il y a toujours, je crois, du gris, du noir, du moche dans l’œuvre aussi lumineuse soit-elle.

Mais tu m’as donné une terrible envie de relire ta lettre doucement et de découvrir les livres de Céline que je n’ai jamais ouverts.

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