Come on Bill !

Bill arrive au club la tête basse. Il est triste et ashamed : « Ne me parlez pas du Grande-Bretagne this morning » nous crie-t-il alors qu’il n’est encore qu’à une dizaine de mètres de nous. « It’s an horrible semaine pour moi : d’abord le Brexit et puis ce ridicule défaite de mon pays hier soir face aux Islandais ».

Après quelques vannes sur le match de foot de la veille, nous papotons sur le chemin qui mène aux courts et nous nous rendons compte de la tristesse de Bill. Il vit chez nous depuis si longtemps, il se sent parfaitement chez lui dans sa ville de Waterloo, 100% Européen comme tous ses amis belges qui l’entourent. Sa femme, ses enfants et ses petits enfants sont bien installés dans notre pays, et Bill est très actif dans les cercles sociaux de sa localité. Mais il a toujours gardé sa nationalité britannique parce que, dit-il, c’est là-bas qu’il est né et qu’il a été éduqué, et que son identité profonde puise ses racines en Grande-Bretagne, dans le Nord même où le vote anti-européen a été le plus marqué. Mais malgré cela, précise-t-il, ma vie est ici et je suis très attaché aux gens de ce continent, au sein de l’Europe, et je suis consterné par le vote imbécile de mes compatriotes. « Ceux qui ont voté ont pourtant des enfants, ont-ils pensé à eux ? »

Bill est honteux et en colère. Le populisme, la xénophobie, l’ignorance et les mensonges qui ont poussé une majorité de Britanniques à dire non à l’Union Européenne – alors que beaucoup ne savent même pas de quoi il s’agit – le désespèrent. Il en tremble quand il nous en parle : « Farage a dit tant de bêtises et de menteries et voilà, maintenant c’est le catastrophe ». Il continue et s’interroge : « Vais-je redevenir un étranger ici, pourrais-je encore voter dans ma commune, et pour l’Europe n’aurais-je plus le droit de donner mon avis ? »

Ce ressenti d’un ami britannique me touche beaucoup, bien plus que tout ce qu’on peut lire dans les canards et les forums. Ce qui chagrine le plus notre ami Bill, je crois, c’est cette cassure émotionnelle, cette amitié brisée, cette sorte de trahison que ce vote a provoquée entre les insulaires et les continentaux. À nouveau, se dressent des falaises, pointe de l’arrogance, se creuse de la distance entre eux et nous alors que Bill se sent tellement bien chez nous, avec nous, et nous avec lui.

Don’t worry Bill, pas de Brexit entre nous, on s’en fout. On boira comme d’habitude une blanche ou deux, voire une Guiness, après notre tennis. Mais, sorry, on ne va pas pleurer avec toi parce que l’Angleterre a été battue par l’Islande.

IMG_1700.JPG

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s