Vos g……!

J’ai terminé en début de semaine le dernier roman de Pierre Lemaitre Trois jours et une vie, sorte de polar haletant démarrant par le meurtre d’un enfant par un autre enfant. Vous lirez la suite si vous n’avez pas peur de plonger dans des vies ternes et gâchées où l’espoir ne brille pas souvent, sauf peut-être à la dernière page. Quoique. C’est à vous de voir. Moi, j’ai trouvé ce bouquin passionnant mais terriblement sombre et pendant trois jours (aucune allusion au titre), je n’ai pas lu grand chose.

J’avais besoin de légèreté et de lumière. Dans ma pile à lire, un livre semblait répondre à cette envie. Mais il fait 756 pages et depuis que mon ami Georges G. me l’a offert en 2009, j’ai renoncé plusieurs fois à l’attaquer. Le titre est léger mais la brique est lourde. Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia, est « un grand roman populaire qui n’abandonne pas toute ambition littéraire et historique » selon la critique de l’Express à la sortie du livre en 2009. « Une épopée de notre époque », selon l’auteur, qui se déroule de 1959 à 2009. Une histoire parallèle à ma vie, en somme. Qui démarre dans les années rock-and-roll. Allez, hop, j’ai décidé de l’entamer ce matin. Mais il me fallait un endroit calme et silencieux. Pas possible à la maison, il y a des bulldozers dans les environs.

Comme je devais faire quelques courses à Nivelles, j’ai eu l’idée d’aller m’asseoir dans la douce lumière et le beau silence de notre sublime Collégiale Sainte-Gertrude. Je l’ai déjà écrit dans un billet précédent, j’aime me recueillir et lire dans les églises, et pas forcément un bréviaire ou les évangiles. Sous les voûtes romanes, à part moi, il n’y a pas âme qui vive ce matin. Je ne sais même pas si Dieu est là. En tout cas, Il ne fait pas de bruit et je n’entends pas son Souffle alors qu’Il regarde peut-être par dessus mon épaule et que, comme moi, Il trouve les premièrs chapitres passionnants.

Soudain, page 39, je suis arraché à la chouette « musique de sauvages » d’Elvis, Chuck Berry & Co pourtant bruyante par un brouhaha dans le porche d’entrée. On dirait des piaulements stridents, je me retourne, un car vient de lâcher une colonie de touristes criailleuses. Je referme mon livre, je sais qu’avec cette espèce de volatiles, le silence n’est pas près de revenir. C’est le genre de vieilles madames – je peux dire « vieilles » puisqu’elles ont mon âge – qui ont tous les droits. Celui de traverser la rue quand le feu est au rouge, de passer devant un enfant dans la file chez le boulanger ou de vous marcher sur les pieds sans s’excuser, bref c’est le genre d’emmerdeuses qui se croient tout permis parce « On a travaillé toute notre vie, on l’a bien mérité ». Pour ne pas passer (trop) pour un vieux grincheux mysogine, je précise qu’il y avait aussi dans la troupe deux ou trois mâles mais leurs cris étaient étouffés par ceux de leurs compagnes que le silence de ma lecture ne semblait pas troubler. En incorrigible râleur que je suis, j’ai eu envie de crier « Vos gueules, les mouettes ! ». Mais comme le film du même nom, ce n’aurait pas été drôle. Ni surtout charitable dans la maison du Seigneur.

Le titre du livre refermé sur mes genoux m’a rappelé à l’optimisme : j’ai donc souri, haussé les épaules et suis allé lire les pages suivantes devant un petit blanc dans le silence d’un bistrot de la Grand Place.

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