Glandeur ?

Il m’a envoyé un sms pour me dire qu’il devait passer à l’école pour récupérer des papiers entre trois et quatre heures et que cela lui ferait plaisir de venir me serrer la main. Je ne l’ai plus vu depuis deux ans, j’ai le souvenir d’un étudiant sympa, talentueux et turbulent. J’ai laissé la porte de la classe ouverte, mes élèves « travaillent » sur des projets de spots radio dans la bonne humeur. L’ambiance est détendue.

J’entends des pas dans le couloir et soudain je le vois dans l’embrasure de la porte. Il n’a pas changé, toujours la même allure décontractée, le sourire franc, les mains dans les poches : « Bonjour M’sieur, comment allez-vous ? ». « Bonjour Ju, ça fait si longtemps, je suis heureux de te revoir, entre dans ta vieille classe et viens t’asseoir près de moi. » Et m’adressant aux élèves : « Voici Ju, un ancien sorti de l’école il y a deux ans, un très bon étudiant… ». Et Ju continue avec un sourire triste « … et aujourd’hui, chômeur depuis la fin de mon stage scolaire. Abandonnez ces études, les gars, elles ne mènent nulle part ! ».

Je suis un peu déstabilisé par son intervention mais reprends très vite la direction du cours en improvisant un petit débat sur l’après-école et la difficulté de trouver du travail et donc, l’importance de se préparer au parcours du combattant et la nécessité de se forger un mental de vainqueur, etc. etc.

Mais au fond de moi-même, je ne peux m’empêcher d’être amer et fâché : « C’est quoi, bordel de m….., cette époque qui ne donne pas assez de travail à ses jeunes, même s’ils sont doués, bosseurs et combatifs ? C’est quoi, ces entreprises égoïstes qui « n’offrent » que des stages gratuits aux étudiants sortis des universités et hautes écoles et les jettent dès qu’il faut les rémunérer ? C’est quoi cette perspective du chômage que l’on propose aux courageux qui se sont farci avec succès trois, quatre ou cinq ans d’études avec en plus, comme Ju qui est venu me dire bonjour, quelques solides formations complémentaires… tout en prestant de nombreuses heures de petits boulots dans des restaurants, des supermarchés ou des stations de lavage de voitures.

Les experts ont sans doute plein d’explications. Mais il y en a une que je ne supporte plus d’entendre sous peine de pétage de plomb, c’est que « tous les jeunes qui sont chômeurs, c’est parce qu’ils le veulent bien ».

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