Sur une majeure partie de la Belgique aussi

Il y a des livres qui vous transpercent comme une forte pluie, vous donnent des frissons, imprègnent votre vie.

Sur une majeure partie de la France de Franck Courtès (éd. Lattès) m’a profondément marqué d’une douce et belle mélancolie. Par son histoire, bien sûr, âpre et douloureuse, mais je ne vous la raconterai pas, lisez-la, elle en vaut la peine. Ce qui me collera surtout à la mémoire, c’est la description toute en sensibilité, par succession d’impressions, de regards, de souvenirs et d’odeurs, de la déglingue du décor rural qui accompagne – précipite ? – celle de jeunes qui poussent comme des mauvaises herbes dans un environnement en voie de disparition.

La mélancolie s’insinue partout entre les lignes de ce roman, l’auteur décrit avec amour la beauté de la campagne de son enfance et se désole de la voir désormais bouffée par le béton, enlaidie par les lampadaires, rongée par les centres commerciaux, métastasée par l’extension des banlieues. Je me sens touché jusque dans mon âme quand avec les deux gamins, Franck et Quentin, je traverse des pages et des pages d’orties, de ronces et de noisetiers pour aller m’asseoir sur le muret en face des ruines du château de Gisvres derrière les marécages. Plein de souvenirs heureux me montent à la tête, avec des parfums de fougères, des effluves de talus trempés, des odeurs d’étangs vaseux. Mais me viennent aussi des bouffées de nostalgie quand je pense à ce que sont devenues les prairies de mon enfance, aujourd’hui lotissements de maisons-clones Blavier ou Thomas & Piron. Et je souris tristement au souvenir des crevaisons à vélo sur le chemin de pavés transformé depuis longtemps déjà en route de bitume défoncée par les camions du «zoning ».

Cet après-midi, alors que je roule sous la pluie battante, les paysages me semblent tristes à en pleurer. Les toits des trop nombreux hangars en tôle ondulée couinent et dégoulinent, les ruisseaux-égouts déversent en cascade leurs eaux putrides dans le canal, la puanteur d’hydrocarbure venant de la pétrochimie de Feluy se mêle à celle des fosses à purin des rares fermes encore en activité, les volets dans les lotissements-dortoirs claquent à tous vents. Il fait moche sur la majeure partie de ma campagne.

Mais pas seulement. Le livre de Franck Courtès n’est pas que mélancolique, il déborde de poésie et d’images éblouissantes (Franck est photographe de métier) et se termine même sur une note d’espoir. C’est finalement ce que je veux garder de cette lecture, une vision vibrante et sensible de ce qui m’entoure. Aujourd’hui comme hier.

Tiens, je passe devant le château d’Houtain pas loin de chez moi, t’as vu comme il est beau, même sous la drache ?

FullSizeRender (1).jpg

One thought on “Sur une majeure partie de la Belgique aussi

  1. Pingback: Rencontres marseillaises | Michel Collart

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s