Charlie m’a tuer

Je ne suis pas un bigot. Je ne suis même pas un croyant. En tout cas, pas tous les jours. À Noël, à Pâques, ou pendant les vacances quand je visite les églises, il me revient certes des envies de sacré, de parfum d’encens, de grandes orgues. Des envies de sérénité d’enfance ou de messes de Collège, des envies de foi dans la paix, la solidarité, l’amour.

Bon, je sais qu’aujourd’hui ce genre de paroles prête à moqueries ou pire à mépris et haine. L’actualité intello est à la mise à la poubelle de tout ce qui touche de près ou de loin au religieux. Et par amalgame à Dieu.

Ainsi la Une du dernier Charlie Hebdo, L’assassin court toujours, célébrant l’épouvantable anniversaire de la tuerie d’il y a un an, illustre un Dieu barbu, les mains tachées de sang et armé d’une kalachnikov sous le titre “1 an après, l’assassin court toujours”. Alors que dans son éditorial, le dessinateur Riss reconnaît qu’il s’agit de cons qui ont perpétré le crime “Ce ne sont pas deux petits cons encagoulés qui vont foutre en l’air le travail de nos vies. Ce n’est pas eux qui verront crever Charlie. C’est Charlie qui les verra crever”.

Ce n’est donc pas Dieu, Allah, Yahvé, Boudha,… appelez-Le comme vous voulez qui a tué, mais bien des hommes. Des cons, des fous, des malades, des dérangés, des obscurantistes, appelez-les aussi comme vous voulez.

Alors oui, je le dis, même au risque de passer pour un crapaud de bénitier, cette couverture de Charlie Hebdo me dérange, me choque, me fait mal. Car elle blesse, ridiculise et, plus grave, accuse, tous ceux qui croient en Dieu sincèrement, magnifiquement, profondément. Comme feu mes parents, par exemple. Et aussi tous ceux qui comme moi croient en Lui de temps en temps.

Non, Dieu n’est pas un tueur. Au contraire, Il est consterné par l’imbécillité des hommes. Dans son livre bouleversant Vous me coucherez nu sur la terre nue (Ed. Albin Michel), Gabriel Ringlet écrit p.31 « Là-haut, raconte la Bible, devant la misère de son peuple, Dieu s’est mis à pleurer » et il cite le prophète Jérémie (14, 7) : « Tu leur diras cette parole : Mes yeux fondent en larmes, nuit et jour ».

Non, ce n’est pas Dieu qui assassine, c’est l’intolérance humaine la vraie crapule meurtrière. Qu’elle soit d’origine religieuse ou non.

En conclusion de son éditorial, Riss dit : “Les convictions des athées et des laïcs peuvent déplacer encore plus de montagnes que la foi des croyants”. Des laïcs, absolument. Car laïcs est synonyme de tolérants.

Mais des athées en croisade, non, pas plus que des croyants.

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2 thoughts on “Charlie m’a tuer

  1. orthopedie pour tous

    « La forme c’est le fond qui remonte à la surface ». Vous savez sûrement d’où vient cette phrase. Elle correspond tout autant à la critique honnête de l’honnête homme que vous êtes sûrement qu’à la nouvelle terrible erreur de CharlieHebdo qui mélange tout et attise le feu des ressentiments en détournant l’attention de tous. Car en dessinant le contraire de ce qu’ils disent (ou l’inverse), ils dévoilent leur inconscient à ciel ouvert et celui-ci n’a rien de libertaire-anarchiste (du moins comme l’entendait Brassens au niveau moral).
    Les « auteurs » de Charlie cèdent à la logique du marché (car cette couverture fera vendre) et aux lieux communs de l’époque (nous vivons une nouvelle guerre de religion).
    Eux qui se croient libres reprennent la phrase terrible de Hollande : « La France est en guerre »… comme si elle ne l’était pas avant !!! Et tout risque de recommencer comme après le 11 septembre et le « si vous n’êtes pas avec nous vous êtes contre nous » de Bush qui disait vouloir défendre nos libertés…
    Il est urgent de lire (de relire ?) le rêve de ML King de 63… Et de nous souvenir de nos enthousiasmes sincères de ces années-là… Comme tout cela est loin ! Comme sont loin aussi toutes les méditations des Buber, Lévinas, Ricœur, Hillesum à propos du Dieu qui se retire de sa puissance et qui n’existe que quand les hommes décident de l’aider.
    Dieu pleure sûrement pour l’instant et je ne sais pas si quelques hommes vont se lever pour le consoler.
    Comme vous, je ne suis pas bigot ni même un croyant (du moins comme on l’entend généralement), et la dissonance que vous soulignez très honnêtement m’effondre. Car un an après il semble qu’il ne soit pas possible de sortir de l’horreur par le haut, il semble qu’on oublie nos origines et de leurs crayons ne sort qu’une caricature d’un dieu infantile bardé d’une arme… Où est passée la méditation du nouveau Dieu sans nom qui était le commencement sans commencement et la fin sans fin ? Où est passée cette pensée qui invitait les hommes à étudier pour « modérer le mal », comme le disait souvent Lévinas ?
    Mais, aujourd’hui monsieur, on n’pense plus, monsieur…, on bêle, on griffonne, on éructe, on s’agglutine, on a peur… Et quand « on » cède à la peur, le pire peut toujours arriver… Même de l’intérieur de notre « groupe » !
    Yves

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  2. Michel Collart Post author

    Merci Yves pour votre réflexion, la mienne, plus modeste, ne vole pas aussi haut et se limite à regretter le manque de compréhension entre les hommes (laissons Dieu en dehors de cela). Aujourd’hui, en effet, on fait du bruit, du “buzz” (on éructe comme vous dites) pour ne pas entendre et devoir écouter ce que disent les autres. Bonne journée à vous, Michel 😉

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