Flic bisou

– Bonsoir Monsieur, arrêtez-vous là sur le coté de la chaussée et préparez les papiers du véhicule pour un contrôle. Je veux voir votre permis de conduire, la carte d’immatriculation et la carte verte de l’assurance.

C’est branle-bas de combat à l’entrée de l’autoroute à Havré : une bonne dizaine de policiers invitent les automobilistes à immobiliser leurs voitures dans des chicanes qu’ils ont balisées avec des cônes et signalées par des gyrophares bleus. L’ambiance est glauque, le revêtement de la route brille grassement sous l’épaisse et froide bruine qui n’a presque pas cessé de tomber aujourd’hui. Je n’ai rien à me reprocher mais on stresse toujours un peu dans ces cas-là.

Je m’exécute sans moufter et pendant qu’un flic vérifie mes documents, un autre, super balèze dans son blouson bleu serré par un gros ceinturon auquel est accroché un flingue qui ne donne pas la moindre envie de discuter, prépare un instrument de contrôle sur lequel il fixe un embout de plastique :

Bonsoir Monsieur, avez-vous consommé des boissons alcoolisées ?

À cet, que j’ai la preuve que Dieu existe ! C’est la première fois de ma vie que je vais souffler dans un alcootest. Jamais, au grand jamais, je n’ai eu à subir cette épreuve. Et, merci mon Dieu, cela tombe un jour où je n’ai pas consommé la moindre goutte de vin ou de bière. J’ai donné cours toute la journée et ne me suis imbibé que d’un coca, un café et une soupe.

– Inspirez profondément et puis soufflez le plus longtemps possible dans le tube comme si vous gonfliez un ballon.

Pendant que j’obéis, je n’ose imaginer le nombre de fois où ce genre de plaisanterie aurait pu me coûter cher. Je dois avouer que j’ai, pauvre con, pris quelques fois le volant malgré une haleine qui aurait pu faire exploser le testeur… même sans souffler dedans. Mais ce soir aucune crainte, je suis aussi pur qu’un verre d’eau plate, aussi zen qu’une tasse de thé thibétain.

Et soudain, qu’est-ce que je vois ? Un grand gaillard de policier se diriger vers les deux qui me contrôlent, leur faire la bise (si, si !) et leur dire:

– Salut les gars, je prends mon service maintenant, tout se passe bien ? 

– Oui, chef, tout roule.

Je répète, j’ai bien vu, ils se sont fait la bise. Je sais qu’aujourd’hui, c’est normal, les hommes s’embrassent comme les femmes. Au tennis, par exemple, avant de s’envoyer des missiles ou des crasses, on se dit bonjour entre joueurs masculins en se déposant délicatement des smaks sur les joues. Je sais, c’est comme ça, il ne faut pas s’en étonner. Mais quand même, des flics, en plein travail ! Je suis un peu perturbé et me demande si je n’ai vraiment pas absorbé quelque élixir alcoolisé durant la journée. Mais non, rien du tout, le balèze bleu me montre l’écran de son appareil afficher un grand S.

– Ça veut dire négatif, Monsieur. Tout est en ordre. Vous pouvez repartir.

À ce moment, le chef me demande en souriant si ses hommes ont été «gentils » avec moi. Je lui réponds oui et un peu fayot, j’ajoute :

– Merci Messieurs pour tout ce que vous faites et bon courage par ce mauvais temps.

Je n’ai pas été jusqu’à leur donner des bisous quand même.

Capture d’écran 2015-12-11 à 18.36.21.png

 

 

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s