Quand on n’a que…

Mais qu’ont-ils donc dans la tête pour commettre de telles horreurs ? Comment en arrive-t-on à devenir plus cruel qu’une bête sauvage ? Qu’est-ce qui pousse un individu à accumuler autant de haine ?

Ces questions, nous les avons tous posées ou entendues ces derniers jours. Et la réponse est bien plus simple et plus horrible qu’on le croit : la haine est en chacun de nous. Comme une braise dormante qu’un faible souffle, qu’un hasard malveillant, qu’une mauvaise rencontre peut attiser jusqu’à l’incendie criminel.

Je viens de terminer la lecture d’un formidable et effrayant roman traitant de la torture que pratiquaient de nombreux soldat français pendant la guerre d’Algérie : Le Mal d’Algérie de Jacques Duquesne (éd. Plon 2012). Ce livre raconte comment « … de braves types à qui ça répugnait d’abord… pensaient que c’était utile » (p. 204). Au fil des pages de ce récit, un jeune homme idéaliste va découvrir comment son père, un « brave type » cultivateur sans histoire, est devenu un tortionnaire pendant cette sale guerre et comment, une fois revenu en France, il oubliera cette période pour redevenir « normal ». Comme ces bourreaux nazis qui, après l’indicible, mèneront une petite vie bourgeoise et pépère dans un bungalow de banlieue quelque part en Argentine ou au Chili.

Quand j’ai refermé ce bouquin, hier soir passé minuit, je n’ai pas pu m’endormir, je me sentais mal. Pessimiste. L’homme, vous, moi, nous aurions donc tous enfouies derrière notre normalité des graines d’horreur que les aléas de la vie peuvent faire germer ? J’ai passé tout ce vendredi à ruminer cela.

Jusqu’à ce soir quand j’ai entendu à la télévision la superbe chanson de Jacques Brel (tiens un Belge, né pas loin de Molenbeek) « Quand on n’a que l’amour » sublimement interprétée par Camélia Jordana, Yael Naim et Nolwenn Leroy à la cérémonie aux Invalides en hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre. Et j’ai retrouvé un peu de cet indécrottable optimisme qui me caractérise, parfois – souvent ? – si naïvement. L’homme, vous comme moi, nous aurions donc aussi au fond de nous de l’amour à faire grandir, à partager comme le proclame la chanson :

Quand on n’a que l’amour 

Pour parler aux canons 

Et rien qu’une chanson 

Pour convaincre un tambour 

Alors sans avoir rien 

Que la force d’aimer 

Nous aurons dans nos mains 

Amis le monde entier

Et j’ai pensé à l’histoire des deux loups que racontait un vieil indien en fumant son calumet de la paix. Un combat a lieu tous les jours à l’intérieur de chacun de nous. Un loup mauvais, cruel, haineux affronte un loup gentil, paisible, généreux. À son petit-fils qui lui demande quel est le loup le plus fort, le papy Sioux répond « Celui que tu nourris ».

Quand on n’a que la haine ou quand on n’a que l’amour ?

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