Tempêtes

Comme chaque samedi, j’ai fait mes courses. Au marché, j’ai acheté quelques charcuteries pour accompagner la baguette de midi. Et à la librairie (cette fois, pas chez vous à La Compagnie des Mots, Muriel Broken, me pardonnerez-vous ?) quelques pages sèches, brûlantes et venteuses pour affronter le retour de la pluie.

J’ai choisi deux livres écrits sur le sable du Sahara : l’un dans le grand sud algérien, l’autre dans le désert de Lybie. Le premier, La nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt, raconte la révélation que vivra l’auteur au cours d’une nuit magique dans le Hoggar qui le verra littéralement perdre la raison, tous ses raisonnements. Une faille déchire ses certitudes et les tempêtes du Doute s’y infiltrent. Le Doute avec un D comme Dieu ?

L’autre livre, La dernière nuit du Raïs du grand Yasmina Khadra (le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, formé des deux prénoms de son épouse pour la remercier de son soutien tout au long de sa vie et de son œuvre) évoque la vie et la fin terribles d’un des plus grands dictateurs et prédateurs de l’histoire contemporaine, Mouammar Kadhafi. Les premières lignes du livre sont douces et racontent la relation profonde entre un enfant et son oncle poète, tous deux Bédouins dans le désert. Près du feu de camp quand tombe la nuit, sous la pleine lune, le poète promet à l’enfant un destin grandiose, lui jurant qu’il est « l’enfant béni des Ghous, celui qui restituerait à la tribu des Khadafa ses épopées oubliées et son lustre d’antan ». Mais soixante-trois ans plus tard, terré dans un immeuble bombardé dans la ville de Syrte, l’enfant béni n’est plus qu’une bête fauve traquée s’interrogeant sur sa véritable nature. « Que l’on soit couvert de guenilles ou de soie, on n’est jamais que soi… ». Mais qui ? Un tyran sanguinaire et barbare mégalo ou un guide visionnaire et un Bédouin indomptable ? Que retiendra l’Histoire ? Ce récit extraordinaire d’une vie fabuleuse et monstrueuse est mené tambour battant dans un style envoûtant, lumineux, vif et poétique.

Et puis, j’ai aussi acheté des mots pour les oreilles, des textes forts délicatement posés dans l’air sur des musiques apparemment légères : In Extremis le dernier album de Francis Cabrel. Il faudra que je l’écoute à plusieurs reprises pour l’assimiler, l’intégrer et l’apprécier pleinement. Une chanson m’a cependant déjà fort marqué, Pas si bêtes et en particulier ce couplet : Depuis le bord des fossés – Loin, loin au dessus de nos têtes – Sur l’horizon bleu foncé – On voit venir la tempête

Ces quelques paroles rejoignent les thèmes des deux livres : rien n’est plus incertain que les certitudes, les « vraies vérités » sont dans le doute, fragiles et comme posées sur du sable, balayées par des tempêtes.

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