Parce que

Ma femme vient de partir au marché, nous recevons de la famille ce dimanche, elle a de grosses courses à faire. J’irai sans doute boire un café avec elle au Pain Quotidien dans deux heures pour récupérer une partie de ses sacs. D’ici là, j’ai temps libre. Et comme par réflexe, je m’assieds devant mon clavier. Dès que j’ai un vide dans mon programme, tic tic, je tapote sur azerty. J’écris.

Mais là, je vais écrire quoi ? Et surtout pourquoi ? À quoi ça sert en fait « d’écrire » ? Pourquoi ressent-on le besoin d’aligner des phrases sur un papier ou un écran ? Un ami me disait récemment que mon blog commençait à « tourner en rond », que je devrais selon lui changer complètement mon clavier d’épaule, créer un personnage « fil rouge » et à travers lui poser un regard sur la vie, commenter l’actualité, donner des points de vue, philosopher. J’ai réfléchi à cette suggestion. Et je me suis dit, mais pourquoi ? Pourquoi, en effet, ajouterais-je mon avis aux milliers, aux millions de ceux qui circulent déjà dans les médias et sur les réseaux sociaux, et surtout pourquoi le ferais-je à travers un personnage de fiction ?

Je n’écris pas pour donner des points de vue, et moins encore pour inciter les autres à penser comme moi. En fait, j’écris pour fixer dans ma mémoire- et éventuellement partager – des instants qui ME touchent, des ressentis, des émotions, des souvenirs. J’écris comme d’autres prennent des photos. D’ailleurs, je prends des photos aussi. J’écris parce que toute ma vie, tous les jours, j’ai eu rendez-vous avec ma machine à écrire : d’abord la vieille Remington de ma maman, ensuite des petites Olivetti rouges, ensuite des Brother et puis toute la collection des portables Apple. Et cela pour écrire ce qu’on appelle communément de la réclame et moi ce que je qualifiais sans modestie de « textes ». Qu’il fallait parfois lire entre les lignes, car j’y mettais de moi-même, de mes tripes, de petits morceaux de mon vécu. J’y cachais parfois aussi des messages codés pour mes amis copywriters qui m’en envoyaient également des rigolos ou des salaces camouflés dans leurs bodycopies pour des marques de voitures ou de lessives. On ne fait pas de la pub toute sa vie uniquement pour l’amour de l’argent, mais aussi – surtout ? – parce qu’on veut créer, dessiner, photographier. Ou écrire. Alors quand on arrive au bout de sa carrière de copywriter et qu’on n’a plus de pages à noircir pour vendre du chocolat, de la bière ou de la sauce pour spaghetti, il est difficile de laisser son clavier dans son étui. Et il faut trouver d’autres raisons de faire courir ses doigts sur les a, les o, les i ou les u.

Et des raisons, en fait, il n’y en a pas. On n’écrit pas pour des pourquoi. On écrit parce qu’on est addict. En tout cas moi. J’écris parce que. Comme d’autres grillent des cigarettes.

Un point c’est tout.

Capture d’écran 2015-07-04 à 08.44.43

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