Speleo Rock

Je me suis surpris aujourd’hui. J’ai fait quelque chose que je ne fais jamais, j’ai joué au touriste tout seul, sans ma femme et sans mes petits-enfants, j’ai visité une grotte*. Un incroyable « aven », c’est-à-dire une caverne dont l’accès naturel est vertical et se fait par une descente en rappel. Comme je suis le seul client pour la visite de ce midi, mon guide me propose de me lancer avec lui, tous deux attachés à une corde, pour un plongeon de trente mètres. Comme j’arrive déjà à me péter la tête relativement gravement dans la douche d’un vestiaire de tennis, j’opte pour la prudence et lui demande d’entrer par le tunnel artificiel creusé pour les touristes lambda.

Quelques mètres de couloir suffisent à nous amener au coeur d’une salle immense, de plus d’un hectare de superficie et d’une hauteur moyenne de trente cinq mètres. Je me laisse entraîner sur un sentier relativement glissant serpentant entre d’incroyables concrétions, stalagmites et stalactites, majestueusement éclairées, vieilles de plus d’un million d’années. Le guide, un spéléologue professionnel, me raconte en détail l’histoire extraordinaire de cette cathédrale sous-terraine découverte il y a cinquante ans et aménagée pour le tourisme il y a à peine cinq ans.

Il me raconte aussi, avec un bel enthousiasme, comment lui et un ami sont devenus les «aménageurs », « éclairagistes » et « ingénieurs du son » de ce lieu prodigieux. Et, j’avoue que ces explications m’intéressent plus que les détails scientifiques et géologiques dont il m’a copieusement abreuvé auparavant.

Avec son pote, un fou d’électronique et d’informatique, cet amoureux des sous-sols a équipé l’endroit de spots de couleurs LED ne consommant que très peu d’énergie fournie par des panneaux photovoltaïques dissimulés dans la pinède environnante. En tâtonnant, en improvisant, en cherchant, ils ont créé une scénarisation lumineuse, un éclairage « rasant » comme il dit, dont l’objectif est de souligner les reliefs et perspectives étonnants de la grotte. Et aussi d’obtenir des «effets spéciaux » comme par exemple, l’impression que d’immenses colonnes fracassées par un violent tremblement de terre il y des milliers d’années, flottent dans l’air ou que des concrétions drapées s’agitent comme des ailes d’ange. Tout ça, évidemment, rythmé par une musique ambiante, que je trouve personnellement un peu trop classique alors que l’éclairage est comparable à celui d’un concert de Pink Floyd.

– Ben oui, me dit-il, les visiteurs préfèrent ce genre musical. Moi et mon copain, on aurait plutôt voulu du rock. D’ailleurs quand on travaillait à l’équipement et au câblage de cet endroit, on écoutait du Nirvana à fond.

– L’album In Utero, je suppose ?

photo

* Grotte La Salamandre http://www.grottedelasalamandre.com

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