Bonnes lectures

Je suis dans la queue devant le comptoir de ma librairie-papeterie. Ça n’avance pas, c’est le jour du Lotto. Alors que d’habitude, je m’impatiente rapidement, aujourd’hui j’ai tout mon temps, je suis même content de constater qu’il y ait encore des gens qui espèrent et qui croient en la chance. Je ne me presse pas non plus parce que j’ai la tête ailleurs, encore embrumée et les yeux embués par le magnifique roman dont j’ai terminé la lecture cette nuit : Charlotte de David Foenkinos. Un livre d’une beauté fulgurante qui retrace la vie de Charlotte Salomon, une artiste peintre juive fracassée par une malédiction familiale et massacrée par les nazis à l’âge de 26 ans, mais qui malgré le – ou grâce au – désastre de sa vie a produit une œuvre lumineuse. Je n’ai pas l’intention de raconter ce bouquin passé à deux doigts du Goncourt, mais ayant décroché le Renaudot, cela a déjà été fait des dizaines et des dizaines de fois, beaucoup mieux que je ne pourrais le faire.

Mais dans la longue file d’attente, je réfléchis à comment partager l’émotion qu’il a suscitée chez moi. Je cherche un titre à mon billet du jour et hésite entre différents oxymores du genre « Une sombre lumière » ou « Une horreur sublime » pour exprimer la beauté de la création de cette artiste surgie d’une vie marquée par le malheur absolu. Je ne connaissais rien des tableaux de Charlotte Salomon et je remercie David Foenkinos de m’avoir donné l’envie de les découvrir.

Tout en regardant autour de moi dans la libraire-papeterie, mes yeux s’arrêtent sur deux étagères amusantes présentant des ouvrages inhabituels, en tout cas au rayon « livres ». Et cette vision évoque une deuxième découverte provenant de ma lecture de Charlotte : la théorie du rangement des livres baptisée « le bon voisinage » et imaginée par l’historien Aby Warburg selon laquelle « Le livre que l’on cherche n’est pas forcément celui que l’on doit lire. Il faut regarder celui d’à côté » (Charlotte – Ed. Gallimard – page 68).

Je regarde donc attentivement. Les paysages brumeux des Highlands sont voisins du pays des loups de Géorgie, l’accent de Marseille se mêle à celui de Porto, les rythmes de Cuba secouent la torpeur des Bermudes. Ce soir, je vais entamer la lecture de « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » de Patrick Mondiano. Et selon le principe du « bon voisinage », je ne l’accompagnerai pas du classique Ricard que l’on boit sur le zinc du bar-tabac du quartier mais bien d’un petit Mojito torride, pourquoi pas ?

Mais attention, sans excès, car les « bons voisins » de mon libraire peuvent vite devenir de mauvais camarades.

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