Marc-la-Tendresse

Mon ami Marc est un poète. Un vrai. Un de ceux qui peuvent arracher des larmes à un caillou. Un de ceux qui voient des pâquerettes pousser entre les pavés gras des rues à bordels. Un ardent défenseur des Macs et de leurs Putes. Ça nous change des Veuves et des Orphelins. Et ça nous fait du bien en cette période de Noël, je veux dire de Fin d’Année. Je vous encourage tous à aller lire ses écrits pleins d’émotion et de talent sur son profil Facebook : Marc HendrickxVoici sa dernière chronique, en amuse-bouche… euh…n’allez pas mal me comprendre, hein ! Merci Marc pour ton humour.

Love, love, love (Marc Hendrickx)

Voici 15 jours, un proxénète présumé comparaissait devant le tribunal correctionnel de Charleroi. On reproche à Krasimir S. d’avoir exploité la débauche de quatre filles et d’un travesti, tous originaires de Bulgarie. Et parmi ces jeunes femmes figure sa propre épouse. L’affaire a éclaté en août dernier lors de la disparition d’une jeune péripatéticienne et du travesti en question.

Une instruction a été ouverte et, rapidement, les soupçons se sont portés sur Krasimir. “Des recherches internationales ont été menées et le prévenu a pu être contacté, alors qu’il était en Italie. Il se trouvait dans un lieu connu pour la prostitution bulgare”, a expliqué la substitute Samain.

“Le travesti a expliqué que Krasimir S. lui avait volé l’argent de ses passes avant de l’obliger à travailler pour lui. On sait aussi qu’en juillet, il s’est vanté d’être le proxénète de deux filles lors d’une bagarre avec d’autres prostituées dans la rue du Rivage.”

Mais Krasimir a une toute autre version. “Je n’avais rien pour vivre. J’ai dû accepter que ma femme se prostitue volontairement”, a-t-il reconnu, en larmes. “Le travesti était sans doute épris de moi. Il voulait fuir sa maquerelle. Voilà pourquoi il m’a suivi jusqu’en Italie. On comptait rentrer en Bulgarie quand j’ai reçu l’appel de la police carolo. Et j’ai fait demi-tour. Si j’étais coupable, j’aurais pu m’enfuir facilement.”

Me Bruno, conseil du prévenu, avait d’ailleurs sollicité l’acquittement pour deux préventions, infondées selon lui, et le sursis pour le reste. Selon l’avocat, Krasimir n’est pas un proxénète qui s’est fait de l’argent sur le dos des filles. Juste un père de famille qui roule en Audi des années 90 et qui a accepté que sa femme se prostitue pour joindre les deux bouts.

Ce mardi, le tribunal a reconnu que les filles s’étaient prostituées de leur plein gré, sans que Krasimir ne fasse usage de violence. Ce dernier a toutefois profité de ce travail et a même assuré la protection des filles. Acquitté de la séquestration du travesti, il écope finalement de 15 mois de prison avec sursis.

Encore une belle histoire d’amour bafouée par ce que nous nous entêtons à appeler la justice (je pouffe)! Et voilà, une fois de plus, un homme fort mal jugé. Tant d’iniquité froidement affichée, moi, ça me met de travers et il ne faut pas me prendre pour une truite, non plus!

Krasimir n’est pas un proxénète, un vulgaire julot casse-croûte, c’est un sentimental, un homme blessé poursuivi par la haine d’un système engoncé dans sa petite morale étriquée. Essayons de regarder les choses de façon objective et sans apriori. On veut nous faire croire qu’on joue dans American gigolo alors que nous sommes au cœur des Feux de l’amour.

D’abord, lorsqu’il avoue, le rouge au front, qu’il a dû accepter que sa femme se prostitue volontairement, notre victime (je ne vois pas d’autre mot) a des larmes plein les yeux. Désolé, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Et on ne va tout de même pas reprocher à sa tendre moitié de préférer battre le pavé gras de la cité minière en bas à résille, jupette en stretch et top en panthère synthétique par tous les temps plutôt que de travailler comme caissière chez Match où son chef de service lui aurait, de toute façon, pincé les fesses pour un salaire de misère.

D’autant que les caissières bulgares n’ont pas une réputation en béton dans la grande distribution alors que sur le bitume… Je garde personnellement un souvenir ébloui et reconnaissant des prestations d’Ekaterina et Vasilika, deux stakhanovistes de la galanterie monnayée venues des bords de l’Isker et dont le talent et l’imagination dans le domaine des relations humaines feraient passer les Ukrainiennes pour des carmélites un peu coincées. Mais bon, on s’égare…

On ne va pas, non plus, jeter la pierre à notre sympathique père de famille sous prétexte que d’autres filles et un travesti travaillaient également pour lui. Il y a des gens comme ça qu’on a envie d’aider spontanément tout simplement parce qu’ils sont sympathiques et qu’on les sent fragiles et désarmés face à la rugosité de la vie. Ce n’est tout de même pas de sa faute si cet homme est attirant au point de séduire même les travestis ! Et, comme il a un cœur gros comme ça, en échange, il les protège.

Enfin, lorsqu’il quitte la noirceur visqueuse de Charleroi, est-ce qu’il se réfugie sous les néons criards et dégoulinants de vulgarité poisseuse de Las Vegas ? Est-ce qu’il rejoint les quartiers chauds et gorgés de stupre de Moscou ou de Vladivostok ? Est-ce qu’il se vautre dans la moiteur trouble des ruelles sordides du Bronx ou de Harlem ? Non, il choisit l’Italie, terre d’art et de beauté, de gastronomie et de paysages inoubliables, d’élégance et de bunga bunga…

Krasimir est un poète délicat bien plus proche de Marceline Desbordes-Valmore que de Pierre Louÿs. Et c’est pour ça qu’on l’aime. Sauf, bien sûr, si on est un petit juge mesquin plus prompt à plaire à sa hiérarchie plutôt que de reconnaître la valeur d’un homme. Trop la honte !

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