Et après la mort ?

Pour éviter de devenir des cimetières d’annonces, les journaux doivent sans cesse innover. Par exemple, en multipliant les suppléments thématiques afin d’attirer les annonceurs dans un contexte favorable. Ainsi quand vient le printemps, les suppléments « jardinage » fleurissent dans nos quotidiens et ouvrent leurs pages aux horticulteurs et autres marchands de tondeuses.

Et quand vient la saison des morts, mon journal Le Soir publie un supplément de 52 pages baptisé «100% Toussaint » avec un titre sympathique à la Une : « Laissez un bon souvenir à ceux qui restent ». Cet encart est bourré d’articles et de conseils intéressants pour mourir – ou rester en vie -dans les meilleures conditions. On y parle de rites funéraires, de toutes les religions, même d’une des plus récentes et radicales : l’écologie ! On y trouve des livres pour aider les enfants à surmonter un deuil et des informations utiles en matière de testaments, donations et assurances.

Et puis, bien sûr, des pages et des pages de pub. La mort est un sujet en or pour le marketing, un business juteux quand on sait que le coût moyen de funérailles tourne autour des 3 à 4000 euros. Alors, bonjour les réclames en tous genres : des textes “obséquieux” et des images “larmoyantes” nous vendent des assurances obsèques ou des funérailles personnalisées en calèche voire en side-car pour les passionnés de moto ou encore des « funérailles écologiques et éthiques » (la mode, ah la mode !) avec cercueils en carton 100% dégradables ou linceuls pour inhumation sans pollution.

Et si vous souhaitez garder l’esprit du cher disparu près de vous – je dirais même plus « avec vous » – vous pouvez acquérir des bijoux cinéraires spécialement conçus pour contenir quelques cendres du défunt. Je connaissais vaguement l’existence de ce type d’accessoires mais n’y avais jamais porté attention. J’ai donc lu attentivement l’annonce et ai appris que ces beaux objets « apaisent un peu la douleur des personnes qui vivent un deuil », qu’ils sont de préférence créés en argent 925 car de tous les métaux, il est le meilleur conducteur et que «… son agréable chaleur invite à interagir avec le contenu émotionnel. Les gens aiment bien caresser le bijou quand ils pensent à la personne… » précise la littérature de la pub.

En me promenant en ville ce matin, je me suis arrêté devant une bijouterie et ai regardé les colliers, bagues et bracelets en vitrine, et y ai effectivement vu – et photographié – quelques pendentifs cinéraires. En argent 925, chauds peut-être, mais – ce n’est que mon avis – surtout très moches. De même que je ne m’imagine pas vivre après ma mort dans un grand paradis blanc et éternel assis entre deux Saints, je ne me rêve pas non plus réduit en une pincée de cendres à l’intérieur d’une boule en argent massif étouffée entre deux seins.

Non, si je souhaite une vraie vie après ma mort, je ne trouve qu’une solution, en page 10 du supplément « 100 % Toussaint », c’est le don d’organes. Je me verrais bien, pourquoi pas, en fournisseur de pièces détachées, si du moins elles ne sont pas trop rouillées ni déglinguées, aux corps accidentés ou aux vies encore trop jeunes pour s’arrêter. Mon coeur qui continuerait à battre dans une jeune poitrine, ce serait bien ou alors mon foie qui … euh … non pas mon foie, ce ne serait pas une bonne idée pour le receveur.  En tout cas, je vais me renseigner et télécharger les formulaires en cliquant sur aidons.be

Joyeux chrysanthèmes à tous 😉

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