Sauvetage à la tronçonneuse

Une lumière dorée et rasante accompagnée de quelques brumes caresse le vieux prunier aux longs bras perclus d’arthrose. Le vieillard est malade, des champignons gangrènent ses branches tandis que les pics épeiches martèlent sans pitié son écorce à la recherche des insectes qui pullulent dans le bois pourrissant. Et ça picasse, ça pleuleute, ça tambourine. Si les cris de ces percussionnistes semblent joyeux, leur travail est en réalité un véritable massacre. Si je n’interviens pas cet automne, le vieil arbre ne passera plus l’hiver.

Sébastien, un jeune voisin horticulteur qui a fait ses classes d’élagueur de fruitiers dans les magnifiques jardins du Château d’Enghien – attention, mes conseillers ne sont pas des ploucs – est venu diagnostiquer le vieux. « Tu dois y aller franco, m’a-t-il dit. Tu vois, toutes ces grandes branches sont attaquées par la maladie, tu dois les éradiquer. Et ne crains rien, l’arbre va survivre. Son tronc est solide, plein de sève et là, tu as de la chance, regarde le beau bouquet de jeunes rameaux. Tu ne gardes qu’eux, tu les dégages, tu les égalises et tu verras que d’ici deux ou trois ans, ils auront reformé une belle et forte ramure. »

Je suis donc descendu dans mon petit verger vers 9h00, bien que debout déjà depuis une bonne heure. Mais je n’allais quand même pas faire hurler ma tronçonneuse plus tôt, c’est congé aujourd’hui et dans le quartier, certains en profitent probablement pour se lever plus tard. Mais j’ai entendu l’appel d’une autre tronçonneuse dans le village et j’ai donc attaqué mon travail sans scrupules. Toute la matinée, j’ai scié des branches mortes, enduit des plaies de goudron végétal, coupé des bûches, ramassé des branchages et des feuilles. Et puis, quand tout était bien nettoyé, j’ai terminé par le meilleur : une petite fumette près de ma cabane. J’ai inhalé à fond, car c’est de la bonne. Odorante, âcre, piquante et qui fait tousser. Dans le tonneau-brûleur, il y avait des branchettes de prunier, des feuilles de noyer, de poirier et de mirabellier. Il y avait aussi, en musique de fond, une danse de canards qui sur l’étang se remuaient le bas des reins et faisaient coin-coin.

L’automne est décidément une saison que j’aime bien.

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