Cuisine de voyages

“La cuisine de ma vie”, “Mon rêve, ma cuisine”… ou encore “Cuisine X, ma recette du bonheur” (slogan sorti de ma plume il y a quelques années), toutes les promesses publicitaires des marques-cuisinistes évoquent les mêmes émotions : c’est, en effet, dans la cuisine, autour de la table, que se concentrent les envies simples et essentielles de la vie, la quête du bien-être, la recherche du bonheur.

Et pourtant rien n’est plus triste que l’étage des cuisines équipées dans les grands magasins de meubles. Je sais de quoi je parle, j’en ai visités récemment quelques uns avec ma femme. Peu de chaleur dans ces laboratoires blancs, carrelés, plastifiés, chromés. Peu de sentiments dans ces ensembles “designé”, épurés, équipés de plaques thermo-tactiles, de commandes informatisées et de machines high-tech.

Peu de chaleur, peu de sentiments car ces cuisines d’exposition sont vides. Ce qui fait qu’une cuisine devient celle “de ma vie”, ce n’est pas son décor mais bien l’histoire – les histoires – qui s’y passent et les traces qu’elles y laissent. Le bouquet de fleurs des champs offert par la petite fille à sa mamie qui l’a déposé dans le vase ramené du dernier voyage en Tunisie et qui trône au milieu de la table recouverte de la nappe brodée achetée sur un marché de Sicile. La vie dans la cuisine, c’est aussi, bien sûr, les délicieux fumets qui s’échappent des casseroles, les chansons qui s’évaporent de la petite radio posée sur le frigidaire, la musique cristalline des verres qui s’entrechoquent, les douces couleurs d’une aquarelle de vacances caressée par les premiers rayons de soleil de la journée.

La vie dans MA cuisine, ce sont des dizaines et des dizaines de cartes postales coincées dans les croisillons du vieux buffet en bois. Des petits morceaux de bonheur venus d’ailleurs (ou en tout cas d’apparences de bonheur si je m’en réfère encore une fois au dernier roman de Grégoire Delacourt « On ne voyait que le bonheur »), des mots qui disent que quelque part sur une plage, dans un décor de rêve, un enfant, un parent, un ami pense à vous et vous envoie un “bonjour ensoleillé”, “une pensée bleue comme la Méditerranée” ou encore des baisers “épicés comme le couscous de là-bas”.

Ce lundi matin, en raison de grèves de trains et d’embouteillages sur la route, j’ai dû me lever très tôt pour être sûr d’arriver à l’heure à l’école. À 6h00, je tentais donc de sortir de ma léthargie en sirotant un café fort. Il faisait encore nuit et la lumière dans la cuisine était blafarde. Triste ambiance de lundi matin gris après un dimanche d’été indien exceptionnel. Dur retour à la réalité.

Et puis mes yeux se sont ouverts un peu plus et mon regard s’est baladé sur le “meuble des cartes postales”… et j’ai pris le volant pour aller de Bonifacio à Athènes, de Marrakech à Saint-Pétersbourg, de…

Allez, que votre semaine à tous soit un beau voyage !

photo[1]

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