Mauvais perdant, mauvais gagnant

J’ai passé une mauvaise matinée au tennis hier.

Pourtant mon club est probablement un des endroits où je me sens le mieux. Avec de bons copains, sous un ciel traversé de temps en temps par les oies et les canards de l’étang du parc voisin, avec une légère brise qui me caresse le visage et fait chanter les feuilles des arbres de la grande allée. Mais hier, je n’ai pas aimé. Un joueur de l’équipe adverse a pourri l’ambiance. Tant qu’il gagnait, ça allait. Mais quand mon partenaire et moi avons repris du poil de la bête, il a râlé. Éructé. « Gueulé » contre cette « saloperie de soleil » qui l’éblouissait quand il voulait smasher, contre ce « maudit filet » dans la bande duquel il envoyait ses balles, contre cette « p… de chance » qui n’était que de notre côté, contre les cris de ces « sales gosses » qui couraient avec leur prof de gym autour de l’étang. Et puis aussi contre « cette maladie » que nous avions, mon partenaire et moi, de le viser : il avait pris une balle en pleine poitrine et une autre avait failli frapper son oreille. Cris, jurons, raquette jetée au sol, … nous avons assisté à toute la gamme du « pétage » de plombs. Jusqu’au moment où, fatigués de son cinéma, nous l’avons laissé seul sur le terrain.

Cette anecdote de mauvais perdant m’en rappelle une autre de mauvais gagnant. Il y a quelques années, lors d’un tournoi pour vétérans, je tombe contre un adversaire qui, je le vois dès les premières balles d’échauffement, va m’exploser. Il a du style, de la précision, un beau training blanc, une collection de raquettes dans son sac. Et effectivement, dès le début du match, je suis bombardé de missiles jaunes qui passent hors de ma portée. Je ne prends qu’un jeu au premier set et me retrouve rapidement mené au deuxième par cinq à zéro. Mais au moment de servir pour le gain du match, mon adversaire range sa raquette dans son sac et dit qu’il abandonne. « Mais… pourquoi ? Le match n’est pas fini » lui dis-je, un peu vexé, « … rien n’est fait, je peux encore revenir au score… » continué-je en rigolant. « Non… j’arrête, tu as gagné » me dit-il, lui, sans rire. « Et pourquoi donc ? ». « Parce que je ne veux pas prendre de points et monter de classement et me retrouver ensuite dans une catégorie de joueurs plus forts ». Bel esprit sportif ! Ce « compétiteur » n’aime le sport qu’à condition de rencontrer des adversaires plus faibles que lui. Il y a de drôles de mecs quand même !

Moi, j’aime le sport pour le plaisir de jouer, d’être avec des gens que j’aime bien, de courir après la petite balle jaune et de sourire quand je la remets de l’autre côté du filet. Ou pas. Devant la ligne de fond. Ou pas. Et je ne comprends pas qu’à plus de soixante ans, il y ait des gens qui ont l’indécence de ne pas être heureux sur la terre battue.

Alors qu’ils ont la chance d’avoir un cœur et deux jambes qui leur permettent d’être encore là.

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