Fertilia

Pas évident de garder le moral cet été et de continuer à écrire des billets insouciants !

« Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent ». Hier en fin d’après-midi, alors que je « bucolisais » bé(a)tement en admirant la pluie qui tombait sur les champs de maïs de mon bled, des averses mêlées de boue et de larmes inondaient le village d’Ittre à deux dizaines de kilomètres de chez moi. Maisons noyées, souvenirs d’une vie dévastés, odeurs d’égoûts, pertes d’argent tragiques : la poésie champêtre était engloutie par la désolation. Des centaines d’habitants de ce village sont aujourd’hui dans le désarroi. Je pense à eux ce soir.

Ce matin, autour de mon village, les blés qui n’avaient pas encore été fauchés sont couchés et sans doute perdus pour la moisson. La foire agricole de Libramont vient à peine de fermer ses portes que le déluge s’abat sur les campagnes et plonge à nouveau de nombreux agriculteurs dans les difficultés et l’inquiétude. J’ai aussi envie de penser à eux ce soir.

Pendant mes vacances en Sardaigne, je n’ai pas fait que bronzer idiot, j’ai visité quelques versos de cartes postales. Notamment une petite ville appelée Fertilia, créée dans les années trente par Mussolini qui y déplaça – déporta ? – des paysans de Ferrara, ville du nord de l’Italie, pour y assainir les terres arides de la région de la Nurra. Disons-le tout net, Fertilia n’est pas une cité très séduisante. Son architecture fasciste est un mélange « rationaliste » de bâtiments carrés et de rares décorations néoclassiques pompeuses, de rues rectilignes et perpendiculaires. Mais on y ressent une âme profonde nourrie d’une histoire rude et d’un passé de souffrances. Face à la mer, une colonne surmontée d’un Lion de Venise (apportée par d’autres cultivateurs « expatriés » de Vénétie quelques années plus tard) remercie les « esuli » venus cultiver cette pauvre terre sarde, rugueuse et stérile au bord du sublime golfe d’Alghero. Un bas-relief en marbre de Carrare, à l’esthétique douteuse, musclée et virile, accroché à la façade de l’hôtel de ville, rend honneur à ces paysans « importés » et aux pêcheurs locaux, ces hommes qui malgré les déluges, les sécheresses et les tempêtes rendent la terre fertile et la mer généreuse.

Ce soir, j’ai une petite pensée, beaucoup moins kitsch, mais plus émue pour les fermiers de ma commune victimes des intempéries. Eux que j’ai l’habitude de voir passer devant la maison avec leurs tracteurs et leurs machines agricoles et que je remercie de nous dessiner, l’hiver avec leurs labours et l’été avec leurs cultures, une si belle campagne autour de notre village.

photo

 

 

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