Il a plu tout le mardi

Il est à peine sept heures du matin et déjà il tombe des cordes.

Les gouttes rebondissent sur la terrasse et éclaboussent le bas de la porte-fenêtre de la cuisine. L’eau stagne sur la tonnelle et pendant que le café passe, je vais à l’aide d’un balai pousser sous la toile pour la faire couler. Ce qui me frappe d’emblée sous la pluie, ce sont toutes ces odeurs qui montent du jardin : la fraîcheur âcre du gazon, les arômes de distillerie que dégagent les cerises fermentées qui jonchent encore le sol et qui seront englouties plus tard dans la journée par les étourneaux de retour. La question qui me monte aussi à la tête, c’est « qu’est-ce qu’on va bien faire avec Maxime, le petit-fils, qui vient passer la journée chez nous ». Céramique avec Mamie, c’est bien mais pas jusqu’au soir quand même. Et puis, les dessins animés à la télé, c’est bon pendant une heure mais pas plus. Je décide vite : on ira se balader après-midi sous le parapluie ou en K-Way dans les allées du parc du plus beau château du monde, le mien, celui de mon enfance, le Château de Seneffe, comme je l’ai déjà écrit dans de nombreux billets précédents.

Vers deux heures et demie, nous déambulons donc sous les frondaisons dégoulinantes. Malgré les chapeaux et les capuchons, quelques gouttes s’insinuent entre le col et la nuque et descendent lentement et froidement le long de notre colonne vertébrale. Des chatouilles qui font bien rire et se tortiller Maxime. Dans les chemins de verdure trempée, les odeurs sont aussi fortes que celles du jardin ce matin. Des parfums forts de terre et de fougères sautent aux narines et s’entremêlent aux senteurs encore plus exubérantes des buis, des lavandes et des jasmins des parterres qui entourent l’Orangerie proche. L’été est beau et sent bon sous la pluie. Il ne ressemble pas aux cartes postales molles et stéréotypées, coloriées de ciel bleu et de sable bond. Mes pieds mouillés qui pataugent dans mes Docksides me font songer aux camps de patro de mon enfance sous la drache dans mes petites sandales « bains de mer ». Le flic-flac lancinant des gouttes me rappelle l’ennui et la mélancolie de mes grandes vacances d’adolescent dans ma chambre mansardée. Les odeurs vertes de sous-bois et le clapotis des chants d’oiseaux dans les grands arbres m’entourent d’une sensation de douceur et de sécurité.

Nous sommes seuls dans les sentiers de mon passé, tranquilles, ailleurs, trempés de bonheur. Nous ne croisons personne. L’homme, en général, est un animal qui ne sort que quand le temps est sec. Mais soudain, devant nous, au bout d’une allée, dans une lumière d’aquarelle constellée de gouttelettes apparaît Quelqu’un*.

Mardi de pluie, mardi magique.

photo[1]

* Quelqu’un Sculpture de Jean-Michel Folon réalisée en 1992 – Jardins du Château de Seneffe.

 

 

 

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